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Nostalgie de nos bandes sonores d’Halloween sur cassette
Un battement de cœur s’accélère. Derrière, les hurlements de loups-garous s’entremêlent aux rires des sorcières. Un frisson s’étend sur le vieux cimetière plongé dans le brouillard.
Sur les rues de mon enfance où l’on chassait les friandises, nombreuses étaient les familles qui sortaient, au retour de l’école, un petit système de son caché sous un drap pour attirer et effrayer les gamin.e.s du 31 octobre. Les demeures les plus décorées offraient même une gradation de l’horreur auditive en fonction de l’obscurité. Seul.e.s les plus téméraires osaient s’y aventurer.
Quiconque a grandi dans les années 90 se souvient de ces bandes sonores macabres que l’on faisait jouer sur cassette dans les environs d’Halloween. Ces artéfacts n’étaient écoutés que pendant quelques semaines, voire lors d’une seule soirée, mais à leur façon, ils cristallisent l’envoûtement d’hier entourant cette célébration à l’odeur de feuilles mortes.
La technologie a connu quelques avancées depuis et les cassettes ne se retrouvent plus voisines des costumes sur les rayons des magasins. L’entièreté du corpus est néanmoins disponible en ligne, accessible au bout des doigts, mais l’opération me semble moins cérémonieuse que jadis, lorsqu’on ouvrait les boîtes de décorations automnales dans l’euphorie et que les bandes magnétiques y reposaient tout au fond comme une promesse d’effroi.
À leur manière, ces cassettes font partie de ces objets qui sauvent le passé de l’oubli.
Alors que les années 1970 ont offert une multitude de sons d’Halloween couchés sur vinyle, comme Sounds To Make You Shiver, la très réussie Haunted Horror : Terror on Tape est considérée comme la première cassette du genre à sa sortie en 1980. Il fallait attendre la période entre 1986 et 1993 pour atteindre le sommet de la popularité du médium.
Intitulés Halloween Howls, Horror Sounds of the Night ou Chamber of Horrors, ces classiques se vendaient quelques dollars dans les pharmacies, les brocantes et les grandes surfaces bon marché comme Zellers et compagnie, leur assurant une grande distribution.
S’inscrivant dans la tradition de l’habillage sonore destiné aux fêtes thématiques, ces cassettes offraient tout un éventail de captations : des murmures clownesques à glacer le sang, des grincements métalliques et des jeux panoramiques de distorsions diaboliques. La ligne directrice était souvent aussi imprévisible qu’exagérée.
La majorité des productions disponibles sur le marché québécois étaient d’origine américaine, réalisées par des étiquettes commerciales de compilations de Noël et de mix dansants assez navrants.
La majorité des cassettes remplissaient davantage un rôle de chair de poule théâtrale, chacune de celles-ci se vantait d’offrir l’environnement sonore le plus effrayant.
L’origine de l’échantillonnage semblait d’ailleurs peu questionnée et souvent le fruit de piratage des grands studios de l’époque. Nul ne s’offensait également des similarités évidentes entre les différentes sorties.
Si quelques offrandes étaient de nature plus musicale, comme l’apport funéraire d’un Toccata et fugue en ré mineur ou d’un disco-jazz burlesque ayant très mal vieilli, d’autres propositions étaient dédiées à une histoire d’épouvante avec une narration épaulée par un synthé spooky.
Mais la majorité des cassettes remplissaient davantage un rôle de chair de poule théâtrale, chacune de celles-ci se vantait d’offrir l’environnement sonore le plus effrayant. Ces dernières se rapprochent d’ailleurs étonnamment des sous-genres aujourd’hui nommés dark ambient ou dungeon synth.
Est-ce une momie sortant d’outre-tombe? Le chant d’un vampire sous la pleine lune? Les pleurs d’un enfant perdu dans l’écho d’une forêt interdite? Si plusieurs effets étaient évidents, d’autres étaient toutefois impossibles à identifier et permettaient à l’imagination de s’évader très loin.
La démocratisation du disque compact au début des années 90 a annoncé la mort de la cassette et celles vouées à Halloween n’ont pas échappé au couperet, quoique quelques titres ont vu leur vie prolongée en CD. Leur beauté résidait justement dans ce timbre analogique caverneux qui traduisait bien l’effet crépusculaire.
Avec un peu de chance, il est toujours possible de dénicher quelques exemplaires empoussiérés dans les friperies. Il y a bien sûr tout un marché sur eBay de copies encore emballées pour la communauté d’enthousiastes des années 80, où il faut débourser environ une vingtaine de dollars pour les œuvres les plus convoitées.
Certes, l’intérêt d’un tel retour en arrière réside dans sa charge nostalgique. L’expérience de redécouverte deux décennies plus tard permet de revisiter l’horizon du passé par la lumière du présent. Bien entendu, tous marqueurs qui aident à remémorer la douceur de l’enfance actionnent une grande fibre émotionnelle.
Sur YouTube, les commentaires sous les téléversements abondent de mélancolie et partagent les mémoires avec vulnérabilité. D’un temps où Halloween était encore synonyme de confiseries et d’horreur plutôt qu’une course aux partys sous MD.
Les diablotins autrefois terrifiés par les cassettes sont aujourd’hui des adultes et des parents. Et c’est maintenant nous qui ouvrons les portes plutôt que d’y cogner. Retrouver ces traces sonores permet de voir défiler à nouveau l’époque où notre imaginaire se décorait d’innocence, et ultimement, de mieux mesurer les briques nécessaires à l’architecture d’une enfance heureuse.
Car c’est maintenant à notre tour d’inculquer aux suivant.e.s la magie de la saison des citrouilles.