Messieurs, n’ayez pas peur de la porno féministe

Il faut démocratiser le plaisir des femmes au lieu de se contenter de notre porno actuelle

Récemment, je visionnais un truc sur Netflix qui suivait une cinéaste spécialisée en porno féministe et le tout a soulevé des tas de questions chez moi. Je voulais en savoir plus.

C’est quoi la porno féministe? Grossièrement, c’est l’exploration d’une sexualité, via des films ou d’autres médiums associés à la porno, basée sur l’égalité des genres, des sexes et des désirs. C’est une réaction à la porno traditionnelle qui utilise encore des codes très réducteurs, pour les femmes plus particulièrement.

Pourquoi est-ce que la pornographie féministe effraie autant les hommes et, aussi, pourquoi est-elle aussi difficile à trouver sur le web, contrairement à toutes les autres formes de porno?

C’est important d’en parler parce qu’il y a une crainte que je m’explique bien mal à l’endroit de ce genre pornographique qui, pour une fois, n’abaisse pas la femme aux désirs de l’homme.

Avant de me pencher sur la question, je me suis prêté à l’exercice de trouver de la porno féministe et, surtout, d’en consommer tout en la comparant à ce qui se retrouve facilement ailleurs.

Ouvrez PornHub, par exemple, et en moins d’une minute vous trouverez une vidéo où la femme est l’équivalent d’un vide-gosses.

Mon premier constat : je suis en tout temps à quelques clics de trouver une vidéo d’une femme qui est contrainte à vomir sur le pénis de son partenaire durant le sexe oral. Donc, si je suis à quelques clics de ça, forcément, tout le monde est exposé à cette réalité. Jeunes et moins jeunes, bien intentionnés et mal intentionnés.

Il y a ici un danger qui me saute aux yeux. Si ces exemples réducteurs pour la femme sont si facilement accessibles, forcément, c’est parce qu’il y a une demande. Aussi, on crée des attentes, une normalisation que des jeunes filles tenteront de reproduire pour ne pas décevoir. Ainsi s’amorce un cercle vicieux où le plaisir de l’homme se fait aux dépens de la décence et du respect de la femme dès son plus jeune âge.

J’ai creusé un peu dans mes souvenirs, dans ma propre relation avec la porno et l’imagerie sexuelle, et j’ai réalisé que ça remonte à loin, ce rapport où la femme et ses désirs sont réduits, voire complètement évacués. Ce n’est pas forcément glorieux de comprendre qu’on a fait partie du problème avant de réaliser qu’il y en avait un.

J’aimerais vous dire que tout ça réside sur le dark web et des sites de partage anonyme, mais non.

Par exemple, on se bidonnait à l’époque devant American Pie, qui «webdiffusait» à la blague la nudité d’une jeune fille sans son consentement et qui nous offrait un exemple banalisé d’agression. Ça, ce n’est qu’un film avec une blague qui, à l’époque, avait un très grand succès. Une agression doublée d’une bonne dose de slutshaming et d’intimidation à l’école – ça nous excitait et ça nous faisait rire.

Ce n’est pas joyeux.

Ajoutons à ceci les nombreuses catégories répréhensibles qui sont monnaie courante sur les gros sites de pornographie gratuite. Des vidéos flirtant avec l’inceste, le viol simulé, la domination humiliante et la catégorisation en fonction de la taille, de l’âge, de la virginité et de l’origine ethnique.

J’aimerais vous dire que tout ça réside sur le dark web et des sites de partage anonyme, mais non. Ouvrez PornHub, par exemple, et en moins d’une minute vous trouverez une vidéo où la femme est l’équivalent d’un vide-gosses pour les usagers de la plateforme.

C’est fâchant.

Lors de ma brève incursion dans la consommation de porno féministe, j’ai vu des femmes avoir du plaisir

Mon deuxième constat : la porno féministe n’enlève rien au plaisir masculin, au contraire, elle encourage le plaisir partagé.

Quand on s’arrête aux préjugés véhiculés, on croirait que la porno féministe est produite et consommée par une poignée de femmes qui détestent les hommes, des «man hating dykes», dans le langage vulgaire, qui veulent abattre le patriarcat en passant des zizis à la guillotine, à la Lorenna Bobbit.

Mais c’est tellement loin de la vérité.

Lors de ma brève incursion dans la consommation de porno féministe, j’ai vu des femmes avoir du plaisir, des hommes et, fou de même, des hommes et des femmes avoir du plaisir ensemble!

Pourquoi est-ce que c’est plus populaire de voir une femme pleurer avec un pénis entre les mains que de voir une femme sourire dans la même situation?

J’ai vu des orgasmes, des seins, des sexes, de la pénétration dans tous les orifices usuels et même des jeux plus osés, plus rudes ou plus spécifiques. J’ai vu tout ça, mais j’ai surtout vu des sourires complices, des situations enviables, et du plaisir qui me semblait moins simulé que lorsqu’une fausse gardienne, qui se fait des tresses pour avoir l’air de 18 ans, s’agenouille devant son employeur un peu insistant.

Et là-dessus, une question pour souligner mon incompréhension par rapport à cette réticence évidente face à la porno féministe: pourquoi est-ce que c’est plus populaire de voir une femme pleurer avec un pénis entre les mains que de voir une femme sourire dans la même situation?

Peut-être que je n’ai pas raison et que, dans le fond, une majorité d’hommes préfèrent voir leur partenaire heureuse et épanouie. Mais, la vaste quantité me prouvant le contraire sur le web m’envoie un discours complètement différent.

Des ados vivront leurs premiers orgasmes timides dans leur chambre devant les PornHub de ce monde qui glorifient l’humiliation féminine.

De l’autre côté du spectre, la porno féministe mise sur l’application du désir et de la sexualité dans un contexte où on ne baise plus avec nos instincts, comme des bêtes qui s’entretuent, mais plutôt comme des humains qui réfléchissent et vivent en société. L’érection, ici, n’est pas une carte blanche pour oublier qu’il y a des âmes derrière les organes sexuels.

Par contre, je suis loin d’être un expert. Je ne suis qu’un observateur curieux qui est un peu découragé de voir que la pornographie humiliante ne perd pas de terrain alors qu’il existe des options tellement plus satisfaisantes.

À défaut d’avoir des réponses, j’ai des questions pour vous faire réfléchir et, surtout, pour démystifier la porno féministe qui devrait être massivement encouragée. Une femme qui s’assoit sur votre sexe en riant, n’est-ce pas plus invitant qu’une femme à quatre pattes qui cache mal son inconfort quand on lui tire les cheveux trop forts?

Faut que ça change, messieurs, n’ayez plus peur de la porno féministe.

Ça vous semble peut-être absurde comme question parce que vous me lisez, ici sur URBANIA et vous êtes probablement sensibilisés à tout ça. Mais malheureusement, on semble encore très loin d’un consensus sur ces questions. La preuve, des ados vivront leurs premiers orgasmes timides dans leur chambre devant les PornHub de ce monde qui glorifient l’humiliation féminine, tandis que la porno féministe est encore réservée aux plus persévérants qui savent où regarder, car elle est encore trop loin d’être démocratisée.

Faut que ça change, messieurs, n’ayez plus peur de la porno féministe. Ayez plutôt peur des effets de la porno traditionnelle sur les femmes qui vous entourent et que vous aimez.

Chroniqueur télé - sportif. Trentaine, père, alimentation douteuse et mauvaise humeur.

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