Mystère et féérie au village de Noël de la Place Versailles

Miracle près de la station de métro Radisson.

Les vrais le savent : le village de Noël où les choses se passent le plus dans l’Est de l’île, c’est à la Place Versailles. Désirant voir de mes yeux le phénomène le plus féérique avoisinant la station de métro Radisson, j’ai délibérément choisi de perdre un après-midi complet pour aller rencontrer l’un des pères Noël les plus sollicités au Québec. Contraignante, la route vers le succès a été parsemée d’embûches.

Avant toute chose, il faut s’assurer de rentrer à la bonne place, histoire de ne pas se perdre dans un Canadian Tire en partant. Avec ses numéros qui font référence directement à la nativité de notre bébé Jésus, cette porte nous apparaît comme la bonne affaire à ouvrir.

Alors que résonne dans les speakers la voix brossée de notre beau Éric Lapointe, qui reprend avec une intensité démesurée le Happy Xmas de Lennon, je suis subitement envahi par la magie des Fêtes. Cachée derrière le boisé versaillais, cette couronne bleutée m’indique que le village doit être par là-bas.

Pas facile, la vie de père Noël. En ce dimanche, notre beau bonhomme a un shift de six heures à faire, et il a seulement 20 minutes de lousse pour aller manger un bon biscuit, boire un grand verre de lait et, le cas échéant, faire ses besoins. À quand un syndicat des pères Noël pour critiquer ce surmenage?

À défaut de trouver Saint-Nicolas, j’arrive nez-à-nez avec ses rennes, bien regroupées dans un enclos qu’observent avec beaucoup d’attention des gens de moins de 11 ans.

La vraie question que tout le monde se pose : pourquoi le père Noël est-il séparé de ses rennes? Ont-ils un différend à régler? Trouvent-elles qu’il prend trop son temps entre chaque descente de cheminée?

Le mystère est prononcé, autant que le goût de ces graines.

Derrière l’enclos, l’arbre de Noël est l’endroit tout désigné pour s’asseoir quelques minutes pour checker son téléphone le temps que son enfant se tanne de donner de la moulée à des cervidés.

Exaspéré de chercher notre touriste du Pôle Nord, j’entreprends un virage au deuxième étage afin de poursuivre l’enquête. Difficile de résister à l’appel d’une flèche aussi convaincante.

En haut, le mystère commence à s’éclaircir. Est-ce que notre barbu païen serait en train de consulter un avocat après avoir reçu une contravention de vitesse? Si oui, cela expliquerait le fait qu’il soit en beau criss contre ses rennes.

À moins que ce soit une contravention de hauteur?

Saint-Nicolas-CAGE.

En regardant attentivement ce set-up de table qui ressemble à une fin de party de bénévoles pour Héma-Québec, j’entrevois ENFIN la lumière au bout du village.

Et voilà : le village de Noël de la Place Versailles dans toute sa splendeur!

Prise 2…

Pour ceux qui n’avaient pas remarqué, ce bonhomme enneigé regarde dans un télescope.

Un peu plus intrépide, celui-ci fait du surf. Décidément, le réchauffement climatique a de graves répercussions.

Bien accotée dans son lit baldaquin, cette bonne femme de neige qui pourrait très bien être une ourse polaire lit une histoire à ses bébés bonhommes de neige qui, eux aussi, ressemblent à des ours.

Difficile d’écrire un paragraphe aussi vide et ridicule, on en conviendra.

Pour une somme modique, vous pouvez avoir votre photo avec le père Noël ou Armand Vaillancourt.

Sans le sou, j’interpelle un lutin avec un orgelet pour lui demander s’il est possible de parler à notre Nicolas barbu pour des raisons purement journalistiques. «Non, je peux pas vous laisser faire ça. On l’a fait une fois et on s’est fait taper sur les doigts. Vous devez aller demander à l’administration», me dit-il avec des doigts pourtant bien alignés.

Prêts à tout pour ne pas avoir l’impression d’avoir complètement perdu ma journée, je me rends à l’îlot de sécurité pour jaser avec quelqu’un qui a une oreillette ou un walkie-talkie. Encore mieux si c’est les deux.

«Tu es la première personne à me demander ça», me lance-t-il, visiblement étonné. «Vous devez appeler l’administration en semaine, sur les heures de bureau. Je ne peux pas prendre cette décision.»

Exaspéré, je retourne dans le feu de l’action pour tester la rigueur du système. Au passage, j’intercepte quelques familles qui, elles, ont eu la chance inouïe d’aller parler au père Noël.

«C’est un des meilleurs pères Noël. Il a donné deux cannes au lieu d’une», me signale une maman fort enthousiaste, recueillant l’approbation de sa fille qui lui octroie une note honnête de 7/10.

«Ça va, il a été correct… Gentil, mais sans plus», soutient un père de famille qui a l’air exténué de sa journée.

«10/10», m’envoie à la va-vite une autre maman qui semble vouloir profiter des dernières 43 minutes d’ouverture du centre d’achats pour aller chez Dynamite.

Isolé du fun que tous semblent avoir à s’asseoir sur des cuisses rouges en velours, je regrette amèrement la finalité de l’existence.

De retour à l’avant du village, je starte une conversation avec la lutine qui ramasse le cash à l’entrée. «Comme chaque année, il est arrivé en hélicoptère le 10 novembre avec la fée des étoiles», m’apprend-elle, alimentant encore plus ma jalousie.

Devant la file qui rétrécit, elle finit par m’annoncer que…. finalement… il est possible… d’aller parler au père Noël et de prendre un selfie avec lui… GRATUITEMENT.

Les miracles existent.

Je prends donc mon courage à deux pieds et j’entreprends ma visite intérieure de ce mirobolant village. Arrivé à destination, je m’assieds sur les genoux très confortables de la légende versaillaise, qui me sert la main avec fermeté et adhérence.

– Bonjour mon père! Grosse journée?
– C’est une journée pas pire!
– Par curiosité, qu’est-ce qu’on vous a le plus demandé aujourd’hui?
– Ha! C’est dur à dire… Plusieurs choses…
– Ouais, j’imagine…
– …
– Et vous êtes là jusqu’à quand?
– Tous les jours jusqu’au 25 décembre!

Un échange légendaire qui se conclut avec un touchant égoportrait.

En bonus, ma liste de Noël :

Ces deux beaux chandails, parfaits pour tout bon souper de famille.

Ce livre inspirant.

Cet album voué à un succès populaire démesuré et inquiétant.

Ce restant de pâtes séchées de la Place Tevere.

Cette statue d’un homme qui crache de l’eau sur la tête d’un enfant.

Et, finalement, ce hoodie – idéal à donner dans un échange de cadeaux avec la famille de Sir Path.

De retour la semaine prochaine pour une deuxième expédition toute aussi majestueuse.

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