Martin Girard

Mylène Mackay : Yourte, féminisme et inbox louches

«Elle incarne Nelly Arcan, LE rôle qui va faire jaser en 2016.» C’est ce que Sébastien Diaz nous a dit quand il a soumis la candidature de Mylène Mackay. Après, il a ajouté les mots «féministe» et «grande gueule». Il n’en fallait pas plus pour qu’on développe un kick. Avec trois rôles au cinéma – Endorphines (André Turpin), Embrasse-moi comme tu m’aimes (André Forcier) et Nelly (Anne Émond) –, c’est cette année que la comédienne de 28 ans fait son entrée dans les ligues majeures. Entretien avec une étoile montante qui rêvait de macaroni au fromage.

TEXTE  ROSE-AIMÉE AUTOMNE T. MORIN     PHOTOS  MARTIN GIRARD

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Cet article est tiré du magazine Spécial Extraordinaire, disponible sur notre boutique en ligne.

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Tu viens de Saint-Didace, un petit coin de Lanaudière. Sur URBANIA.ca, on a une série qui s’appelle «La ville de la semaine»; qu’est-ce qu’on dirait sur ton village natal si on lui vouait un article?

Qu’il est magnifique et minuscule (on n’y compte que 500 habitants)! Mes parents y ont acheté une terre quand ils avaient 25 ans. C’est aujourd’hui un grand jardin public. On peut le visiter, un peu comme le Jardin botanique! Mes parents vivent dans la simplicité volontaire: ils ne mangent que les légumes qu’ils font pousser. J’ai été élevée dans cet esprit-là, hyper écologique. Tsé, il y a une yourte sur leur terrain…

Tu n’es mentionnée nulle part sur le site officiel de Saint-Didace. Le vois-tu comme une trahison?

C’est bizarre! Il faudrait que le journal municipal ou le club optimiste réagisse.

Ben oui, faudrait qu’ils se réveillent! En même temps, ça fait longtemps que tu as quitté le village…

Je suis partie pour Montréal à l’âge de 12 ans. À l’époque, j’avais deux passions: la danse et le théâtre. J’avais été acceptée en ballet classique à l’école Pierre-Laporte et finalement, le programme a été annulé cette année-là. J’ai donc étudié en théâtre à l’école Saint-Louis, dans le Mile-End. C’est vraiment grâce à un coup du destin que je me suis retrouvée là. Et ça a changé le cours de ma vie.

Tes parents vivaient bien avec le fait que tu veuilles étudier en art?

En fait, ce sont eux qui m’y ont poussée. Moi, je voulais juste être comme les autres enfants. On était quand même marginaux; mes parents font tout eux-mêmes, même leur mayonnaise! Quand tu arrives à l’école avec le pain brun et dur que ton père vient de faire, tout ce que tu veux c’est manger du baloney et du Kraft Dinner! En même temps, j’avais de toute évidence un sens artistique à développer: je faisais tout le temps des spectacles et j’adorais danser. Mes parents m’ont incitée à explorer cette voie, même si j’avais super peur de perdre mes trois amis – à 12 ans, tes amis sont l’essence de ta vie. Aujourd’hui, je remercie mon père de m’avoir en quelque sorte déracinée.

Ta compagnie Bye Bye Princesse donne dans le théâtre féministe et provocant. Or, je lisais dans The Gazette que tu es souvent appelée dans des castings de «blonde avec poitrine voluptueuse». Être une comédienne féministe, est-ce plus difficile qu’être une poétesse féministe, mettons?

J’adore les poétesses féministes! J’écris beaucoup de poèmes, mais c’est une autre histoire… Pour ce qui est du jeu, si je vois que le personnage n’arrive dans une scène que pour montrer ses seins, qu’il n’est qu’accessoire, je n’irai pas en audition. Il y a des limites à ce qu’on accepte de faire pour manger. On a toujours le choix.

Tu mets de l’avant une certaine sexualité dans tes créations théâtrales, tu as joué une très séduisante étudiante dans Les beaux malaises et tu as manifesté avec les Femen. Tu dois recevoir beaucoup d’inbox étranges!

Après Les beaux malaises, j’ai reçu au moins 55 messages filtrés, dont plusieurs déclarations d’amour à ma poitrine voluptueuse. Je le prends en riant, mais cette façon d’être disponible à tout le monde devient inquiétante. Facebook, c’est rendu Tinder… Sauf que je ne veux pas être sur Tinder!

On pourra te voir dans trois films cette année, dont un inspiré par la vie de Nelly Arcan. Tu incarneras l’artiste sous quatre de ses facettes. Tu t’intéressais à l’auteure bien avant qu’Anne Émond envisage d’en faire un film. Crois-tu que c’est encore l’œuvre du destin?

Je veux y croire parce que je suis fascinée par tous les liens qui unissent les évènements. On finit habituellement par comprendre pourquoi les choses se sont passées ainsi. C’est peut-être parce qu’on trouve toujours des solutions et des explications, mais reste que je crois aux synergies. J’ai ce côté-là un peu spirituel.

Marion Cotillard a avoué avoir eu de la difficulté à se départir de l’identité d’Édith Piaf après avoir interprété la Môme. Comment tu deal avec tes quatre Nelly Arcan?

Je ne voulais surtout pas que ça m’arrive, donc je me suis obligée à approcher Nelly avec une certaine légèreté. En tant que comédienne, on se met quand même dans des zones sombres et profondes; c’est sûr que ça nous affecte. Pour éviter de rester dans cet état, je suis partie en voyage dès la fin du tournage. Il fallait que j’aille me rééquilibrer. On se vide, même quand on sait que ce qu’on joue n’est pas vrai!

Tu incarneras un lapin dans le prochain film de Disney. Doubler une princesse, ça allait à l’encontre de tes valeurs?

Ha! Non! Doubler une princesse, ça me ferait rire. Ma compagnie Bye Bye Princesse est un clin d’œil à l’enfance «conte de fées» et à la désillusion inhérente au passage de «jeune fille» à «femme». On travaille avec ces thèmes-là et on en rit. Mais je ne suis pas rendue à un point de ma vie où je vais refuser de travailler avec Disney! En même temps, les princesses ont de plus en plus de caractère. Il y a un vent de changement, non?

Peut-être, mais il reste du chemin à faire. On a besoin de plus de toi. Go, Mylène, go!

Pour vous procurer le magazine URBANIA Spécial Extraordinaire, rendez-vous sur notre boutique en ligne.

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