MusiquePlus est déjà morte

L’Épée de Damoclès est tombée une fois de plus sur la tivi québécoise hier : MusiquePlus et MusiMax se verront amputées de 23 employés, dont les mythiques Rajotte, Gauthier et Réj Laplanche, avant la fin du mois de mars.

Groupe V Média se justifie en parlant de restructuration, de changement de modèle d’entreprise, blabla. Très triste nouvelle pour les artisans de ce culte canal ayant marqué le paysage médiatique québécois des 30 dernières années.

Nombreux sont ceux qui ont vu la fin prochaine de MusiquePlus avec cette annonce. J’ai plutôt l’impression que ça fait belle lurette qu’elle est morte, cette chaîne télévisuelle « musicale ».

D’abord, j’ai deux pré-mea-culpa à faire. D’un, je n’ai pas le câble à la maison et n’écoute plus vraiment la télé (à l’exception de quelques événements sportifs) depuis que j’ai quitté le domicile familial il y a plus de cinq ans. De deux, je me décris kind of comme un « enfant de l’internet », c’est-à-dire que ma consommation culturelle se concentre autour de mes bébelles électroniques ploguées au web. Concrètement, ça fait des années que j’ai abandonné MusiquePlus, MusiMax ou la radio pour les médias en ligne, les blogues, les listes construites par les utilisateurs sur Spotify et Deezer, etc.

Paradoxalement, je devrais pourtant être le public cible idéal d’une chaîne télé musicale. J’ai 25 ans. Selon iTunes, j’ai 47 jours consécutifs de musique sur mon disque dur (lol). J’achète fréquemment des vinyles et mon armoire à CD déborde. N’étant pas un grand amateur de la musique en live, j’ai toujours préféré écouter mes mélodies favorites dans le confort de mes écouteurs.

Conséquemment, MusiquePlus devrait me parler. M’allumer. Me faire découvrir des groupes, s’attaquer à ma culture musicale et reprendre son rôle de gatekeeper oeuvrant à faire diffuser la culture aux masses.

Mais ce n’est pas le cas. La dernière fois que j’ai regardé le canal 630 sur Illico, j’ai surtout remarqué les émissions américaines pour pré-ados remplies de mardes sexistes, de clichés pathétiques et, surtout, vides de contenu musical. Étrange pour une chaîne nommée MusiquePlus.

Vous me direz que ça fait des années que le vidéoclip est mort. Vous me direz que les blogues, les médias sociaux et les plateformes telles que MySpace, Bandcamp et Soundcloud ont rendu caduc le rôle de passeur d’information culturel qu’était le MusiquePlus d’antan. Vous aurez raison. Mais je m’explique encore mal la raison qui a poussé la direction d’une chaîne dont le rôle devait être la promotion de la culture et la diffusion de la musique vers des émissions à bullshit à propos de la famille Kardashian.

Pour survivre, un organe médiatique a besoin d’être viable. Je le comprends, certes. Mais, sur le long terme, sacrifier son âme pour faire des cotes d’écoute rapides est l’équivalent contemporain du clickbait avec des chatons et des décolletés chez les médias en ligne.

MusiquePlus se dira victime de son époque, là où les jeunes (j’en suis) n’écoutent plus la télévision pour se concentrer sur le web. Époque où les revenus publicitaires sont à la baisse. Époque où le public télévisuel offre de moins en moins de temps d’attention. MusiquePlus aura raison, d’ailleurs. Les circonstances encourageant l’existence d’une chaîne télévisuelle faisant la promotion de la culture musicale québécoise et internationale sont disparues depuis belle lurette. Bien avant la mise à pied de ces malheureux 23 employés, qui y travaillaient surement pour les bonnes raisons.

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