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Dans mon quartier, les hommes se réunissent au parc l’après-midi pour jaser des vraies affaires. Les madames sortent sur leur balcon lorsque «quelque chose se passe». Il y a ce type, toujours après réparer son camion, qui fait un signe de croix lorsqu’il nous voit, et cette vieille dame qui promène son chien en carrosse. Il y a Lili. Deux ou trois fois durant la belle saison, une curieuse fanfare nous rappelle que nous sommes un peu ici au Portugal. Le restant de l’année, c’est l’odeur du poulet grillé qui s’en charge.
J’habite à deux pas du Roi du Plateau. Presque dans la cour arrière. Ce qui fait la richesse du coin, c’est aussi Monica, la patronne du restaurant. Récemment, je l’ai interviewée dans le cadre d’un projet sur les fans. Sur son mur des célébrités, beaucoup de photos de Roy Dupuis, de Marie-Chantal Perron, mais aussi d’artistes moins connus : Linda Malo, le gars qui a fait une seule saison de Virginie, Tinky Winky, Guy A Lepage… Je me demandais comment elle faisait pour reconnaître toutes ces personnes avant de découvrir qu’il s’agissait vraiment de la plus grande fan de télé qu’il m’ait été donné de rencontrer.
Allez lui parler un peu des filles de Denise Filiatrault, du look d’Éric Salvail, de la rivalité Canadiens-Nordiques (son mari prenait pour les Nordiques) ou demandez-lui n’importe quoi sur Moi et l’autre, pour la tester. Elle connaît tout.
Et elle aime tout le monde comme s’il s’agissait de ses propres enfants. Elle parle de Nelly Arcan comme si elle venait tout juste de la perdre, et a presque versé une larme lorsque je lui ai annoncé que Roy Dupuis et Céline Bonnier n’étaient plus ensemble.
Pour être honnête, je me sens mal outillée pour commenter le débat. J’ignore si le Roi du Plateau est pire ou moins pire pour l’environnement que quinze voitures sur l’autoroute ou qu’un barrage sur la Romaine, faudrait demander à Roy. J’ignore si les demandes de la ville ont été faites de façon cavalière ou dans les règles de l’art. Je ne sais pas qui a fait preuve de mauvaise volonté dans ce dossier. Le propriétaire de l’immeuble, la ville? Certainement pas Monica!
Mais il est une chose dont je suis certaine : le Roi du Plateau doit rester. Qu’on se cotise pour que nos voisins puissent se payer un filtre à air ou le machin qu’il faut, qu’on organise un lusothon ou qu’on demande des fonds à Patrimoine Canada! Les Portugais se sont installés sur le Plateau dans les années 50, bien avant qu’un appartement d’une pièce y coûte 250 000$, et font la couleur (et, hmm, l’odeur) de ce quartier.
Ceux qui se plaignent me font penser à ces filles qui sont avec le mauvais chum et dont toutes les actions semblent être concertées pour le changer. Si j’avais voulu que ça sente le condo neuf, je me serais installée au Dix30.
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PS. J’en profite pour saluer avec cet article l’arrivée de ma collègue et amie Émilie Dubreuil au Journal de Montréal. Sont chanceux de t’avoir, fille.
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