Mon frère est enceinte

En été 2008, Thomas Beatie a donné naissance à une petite fille. Peut-être l’avez-vous vu à Oprah, « The World’s First Pregnant Man »? Beatie a justifié sa décision de rendre son histoire publique en disant que cacher un homme enceinte, c’était comme cacher un gorille de 800 livres. Ça en fait, du gorille. Quand la nouvelle est sortie, elle a fait le tour du monde en moins de 24 heures. Tout le monde en parlait. Mais ce qui est drôle dans tout ça, c’est que, deux ans avant que le monde ait entendu parler de Thomas Beatie, mon frère est devenu un homme enceinte, et la seule personne qui le savait, c’était moi.

Mon frère a eu un bébé. C’est-à-dire qu’il l’a porté.

Vous voyez, mon frère, avant, c’était ma soeur. Mais il y a une quinzaine d’années, il s’est fait enlever les seins et a commencé des traitements hormonaux. Il n’a pas subi l’opération complète, ce que les médecins appellent la « génitoplastie masculinisante », et ce, que mon frère appelle « la chirurgie de fond » : parce qu’elle coûte cher, parce qu’elle est dangereuse et parce qu’elle n’a pas connu beaucoup de succès à ce jour.

Semble-t-il que c’est plus facile de se faire enlever quelque chose que de se le faire poser. Et comme mon frère m’a expliqué, c’est plus une question de genre que de sexe.

Quand ma soeur était petite, elle a demandé à notre mère quelle était la différence entre un homme et une femme, et maman lui a répondu : « A woman is a man with a womb. »

Et apparemment, un homme avec un utérus, ça avait du sens pour mon frère.

Pas pour ma mère, en tout cas.

Je me souviens de ce Noël, 1997. Ma soeur avait 20 ans, j’habitais coin Clark et Saint-Viateur. Comme d’habitude, j’avais acheté des billets d’avion pour que ma soeur et ma mère viennent me voir de Colombie-Britannique pour Noël. C’était mon effort annuel pour rassembler toute ma petite famille.

J’ai décoré mon sapin, j’ai fait ma tourtière et j’ai pilé mes patates douces.

Elles ont pris un taxi de l’aéroport. Je les ai accueillies à la porte et elles n’avaient vraiment pas l’air de feeler.

« Qu’est-ce qui s’est passé? » ai-je demandé.

Ma soeur a haussé ses épaules en disant : « J’ai annoncé à maman que je me suis fait enlever mes seins, pis elle a piqué une crise. »

Ma mère a alors fait ce qu’elle fait de mieux quand elle est vraiment bouleversée : elle s’est refermée sur elle-même, comme une tortue.

– Well, à quoi tu t’attendais?! Quand tu m’as annoncé que tu étais lesbienne, c’était correct, je comprenais. Tu es jeune, tu expérimentes… Tout le monde expérimente quand il est jeune. Mais ça… cette mutilation… Vraiment, Johanna, parle à ta soeur, peut-être que, toi, tu vas pouvoir la convaincre qu’elle…

– Je ne suis pas ELLE, maman. Je suis LUI. Je suis un homme, lui a répondu mon frère.

Ma mère a sorti sa tête entière de son col et a fixé mon frère intensément : « Ah. Simple comme ça. Laisse-moi te dire que c’est pas si simple que ça. Je le sais pourquoi tu fais ça, je le sais! C’est parce que tu es fâchée contre moi, parce que je ne t’ai pas donné de bons modèles masculins dans ta vie. Je sais que c’est vrai et je suis désolée, vraiment désolée, mais là, tu es allée vraiment trop loin. »

Moi, je n’avais pas de problème avec ça.

Ce n’était pas mon corps. J’étais juste curieuse. Je les aimais, mes seins. Je n’avais jamais imaginé le monde sans eux. J’ai demandé à mon frère s’il était plus heureux en tant qu’homme et il m’a répondu que oui, il était plus heureux en homme.

Alors, j’ai fait le switch dans ma tête. Ce n’était pas plus compliqué que ça, vraiment.

Oui, il y a quand même eu une période de transition, où je ne savais pas vraiment comment l’appeler. Mon frère m’a suggéré un mot que je haïssais : sibling, qui signifie « enfant du même parent ». Pour éviter le piège des pronoms personnels, je répétais souvent ce mot : « This is my sibling. My sibling is visiting from Vancouver. My sibling is an artist. My sibling… »

C’était un peu comme quand j’ai commencé à apprendre le français et que je ne savais pas toujours si un mot était masculin ou féminin. J’avais trouvé un truc. Je mettais « un genre de… » ou « une espèce de… » devant le nom, et je m’en sortais comme ça.

Finalement, il est tout simplement devenu « mon frère ». Et ça m’a rendu la vie pas mal plus facile.

Ma soeur avait été une jolie petite fille, douce et timide, avec de longs cheveux blonds comme le foin et un petit sourire en coin. Parfois, je regardais de vieilles photos d’elle et c’était étrange, parce qu’elle n’était plus là. Pas morte; juste partie.

Mais mon frère était un beau gars, quand même.

Il ressemblait un peu à Leonardo Dicaprio. Il avait l’air… bien dans sa peau.

S’il était heureux, j’étais heureuse aussi.

Ça m’a pris du temps pour m’ajuster aux nouveaux pronoms. Au cours des premières années, j’avais toujours peur de me tromper. Surtout devant ses nouveaux chums de gars, une gang de rappers homophobes qui lui auraient sûrement cassé la gueule s’ils savaient que mon frère n’avait pas de… couilles.

Avec le temps, je me suis habituée à la nouvelle terminologie.

Pas ma mère.

Elle insistait sur les anciens pronoms. Et ils ne se parlaient plus beaucoup. Du tout, en fait. Je pense qu’elle avait surtout peur qu’il ne trouve pas l’amour. Mais il l’a trouvé. Une petite gitane, une poupée en porcelaine qui est restée avec lui pendant des années.

Un jour, ça s’est terminé. Les choses finissent par casser, même quand on a encore tous les morceaux que le Bon Dieu nous a donnés.

Puis, en 2005, mon frère est parti en tournée aux États-Unis. Il était à Portland, en Oregon, et il a rencontré un homme. Il est tombé amoureux, ce qui l’a précipité dans une espèce de crise, de remise en question. Il pensait avoir fait une erreur.

Il a arrêté de prendre ses hormones et a commencé à redevenir une femme. Sa voix a monté d’une coche, sa calvitie a diminué et des boucles d’oreilles en perle ont poussé comme par magie sur ses lobes.

Un jour, c’était fini. Il est revenu à Montréal, le coeur fendu et le corps confus.

Moi, à cette époque, je vivais dans un petit cottage tout près du carré Saint-Louis. Je venais de me faire la promesse solennelle que je n’allais plus être le pilier de la famille. J’avais commencé à travailler à l’âge de 12 ans : à 15 ans, j’étais rendue serveuse à temps plein, et je pouvais toujours dépanner ma famille quand elle avait besoin d’un billet d’avion, d’argent pour le loyer ou d’un abri tout court.

J’avais 35 ans et je réalisais que ça allait bientôt faire 20 ans que j’étais serveuse. J’ai décidé que c’était le temps de sortir de ma carapace.

Quand les gens me demandaient ce que je faisais dans la vie, je leur disais que je travaillais dans un bar pour payer ma « dépendance théâtrale ». Or, cette réponse n’était plus drôle. J’ai donc donné ma démission. Plus de billets d’avion, plus de fille responsable qui arrange tout, plus de martyre. Juste moi. Comédienne. Cassée, peut-être, mais courageuse.

Mon frère a donc rebondi chez moi, confus.

Je lui ai fait une place pour une couple de semaines, puis je lui ai réclamé mon deux et demi. Il n’est pas parti loin. Juste au coin de l’avenue des Pins et de Saint-Laurent. Il quêtait : « Du change pour un changement de sexe? »

Un jour, il est venu me saluer. Il était avec un gars, un jeune squeegee qui avait des yeux bleus, bleus, bleus comme l’océan. Je leur ai donné une grosse bouteille de bière. mais tsé, vraiment grosse : c’était encore plus gros qu’un magnum (je pense que ça s’appelle un balthazar – ça fait deux bons prénoms pour des p’tits gars, ça, Magnum et Balthazar!). C’était un cadeau de départ de la part du staff du pub La Fin du Monde.

Je n’ai pas revu mon frère pendant à peu près un mois, jusqu’au jour où il m’a appelée en panique. Il était sur le point de se pitcher par la fenêtre. Il se trouvait au quatrième étage d’un petit immeuble sur l’avenue des Pins. Je lui ai dit : « Reste là, bouge pas, j’arrive. »

Je suis arrivée devant l’édifice, un bloc devant lequel je suis passée des milliers de fois sans jamais avoir de bonnes raisons d’y entrer.

C’était déprimant. L’entrée sentait le vieux pot et j’entendais des gens se disputer en montant l’escalier.

Quand je suis arrivée à son étage, sa porte était ouverte. Je suis entrée, il capotait : « Faut que je sorte d’ici! Le proprio a changé la crisse de serrure. Je peux même plus barrer la porte. Il dit que je lui dois de l’argent, mais c’est pas vrai… Tabarnac! Je l’ai payé, son crisse de loyer!… »

Et il est parti comme une flèche, a descendu les marches deux par deux et il est sorti du bloc. Je l’ai rattrapé au coin de Saint-Laurent et des Pins.

En attendant que la lumière devienne verte, il m’a dit : « Si j’avais un peu d’argent, je pourrais… j’sais pas… acheter du jus… peut-être une guitare… »

C’est là que j’ai fait la chose la plus courageuse de ma vie. Ça a peut-être l’air de rien pour vous, mais pour moi, ça l’est. Je lui ai dit : « Je vais te nourrir, et je vais t’écouter, mais je ne te donnerai plus d’argent. »

« Whatever », qu’il m’a dit.

Et il est parti. Il a traversé la rue et il est disparu dans la foule.

Tout à coup, j’ai eu un flash. Moi, à trois ans, debout au même coin de rue, toute la journée, avec ma mère, qui ne savait pas si elle devrait aller chez Levine’s ou à la Boulangerie Saint-Laurent pour son pain.

Je regardais les gens qui circulaient autour et j’avais envie de leur crier : « Heille, vous avez pas senti le tremblement de terre?! Vous voyez pas la grosse craque qui vient de s’ouvrir en plein milieu de la rue?! »

Mais je l’ai pas fait. J’ai juste mis un pied devant l’autre, en direction de mon appart.

Mon cellulaire a sonné.

C’était mon frère.

– Allô.

– Ouin. Je ne veux pas que tu penses que je t’appelle juste parce que j’ai besoin d’argent, parce que c’est pas vrai. T’es ma soeur, et je t’aime… c’est juste que j’ai ben de la misère en ce moment et je sais pas comment te parler… Je ne sais pas par où commencer…

– Bon ben, viens donc me rejoindre dans le petit parc en face de chez moi. Je vais apporter des biscuits d’avoine et on va commencer.

Alors, on s’est rejoints dans le parc. Et il a mangé les biscuits. Et j’ai fait mon possible pour lui expliquer ma nouvelle vie. Et il m’a écoutée. Vraiment écoutée. Et puis là, il m’a annoncé qu’il était enceinte. Le squeegee aux yeux bleus.

La Fin du Monde.

Lorsque mon frère m’a dit qu’il était enceinte, c’est comme si un fantôme était sorti de moi et qu’il s’était mis à voler devant nous. C’était le fantôme de la Johanna du passé qui disait : « Oh! Quelle magnifique nouvelle! Je vais nous trouver un plus grand appart et on commencera à préparer la chambre du bébé. On va peindre des nuages au plafond et je retournerai travailler au pub, parce qu’on va avoir besoin de plus d’argent. »

Mais je ne l’ai pas laissé parler. J’ai tout simplement demandé à mon frère :

– Pis? Qu’est-ce que tu vas faire?

– Je veux pas me faire avorter… Et je ne peux pas être une femme… Alors, ça a d’l’air que je vais être un homme enceinte. Dans huit mois, si tout va bien… je vais être papa.

Les huit mois qui ont suivi ont été très étranges.

Mon frère se promenait entre des Pins et Saint-Laurent à Montréal et Hastings and Main, à Vancouver. Toujours à la recherche de quelqu’un pour prendre soin de lui, quelqu’un qui ne serait pas moi.

Il m’appelait de temps en temps.

Je disais « Allô! »

Et il me disait « Ouin ».

Je lui demandais : « Pis, qu’est-ce qui se passe de bon avec toi? »

Et il me répondait : « Chu enceinte. »

Et là, il y avait un vide…

Parfois, il me raccrochait le téléphone au nez. Ça ne me dérangeait pas. Nos conversations se terminaient souvent de cette façon.

Il y a eu deux mois vraiment épeurants, où il a complètement disparu de la planète, avalé par les rues d’enfer de Vancouver. Lorsqu’il est remonté à la surface, j’ai pris un vol pour l’Ouest. On était censés se rencontrer dans un café du centre-ville, mais quand je suis arrivée, il n’y avait personne.

Je me suis approchée du comptoir et j’ai demandé à la fille : « Excusez-moi. Y avait-il un… une personne enceinte ici? »

Elle m’a répondu que non, qu’il n’y avait pas eu de personne enceinte.

Lorsque mon frère est arrivé, il n’était clairement pas un homme enceinte, parce que ça n’existe pas, un homme enceinte. C’était juste un gars avec une bedaine de bière…

Nous sommes allés au musée, et pendant que mon frère regardait les toiles, moi, je regardais mon frère.

Casquette.

Barbe.

Manteau de cuir.

Jeans.

Bottes.

Bedaine.

Pas une bedaine de bière.

Il y a un bébé là-dedans.

Et puis, le jour est arrivé.

À six heures du matin, le 11 avril 2006, mon frère et moi avons marché les quelques coins de rue entre l’appart de son ami situé au centre-ville de Vancouver et l’hôpital, et on s’est installés dans sa chambre privée (la confusion des genres a parfois ses avantages).

Mon frère avait planifié une césarienne. Il ne voulait pas accoucher par le… vagin.

C’est bizarre, chaque fois que je parle du sexe de mon frère, c’est un peu vague : comme si ses parties génitales faisaient partie d’un programme de protection de témoins.

En tout cas.

Mon frère m’a demandé d’assister à l’accouchement. Il m’a dit : « T’es capable de garder ton sang-froid, toi? » Et je lui ai répondu : « Oui. Assez froid. »

L’infirmière est arrivée pour installer l’intraveineuse et elle nous a demandé si ce serait une fille ou un garçon. Mon frère m’a glissé un de ses sourires en coin. On en avait parlé et il m’avait dit qu’il espérait que le bébé puisse faire son propre choix, être un gars ou une fille, sans avoir une étiquette collée dans le front lorsqu’il ferait son entrée dans le monde.

Alors, il a dit à l’infirmière : « Ouin, ça va être une surprise. »

Elle m’a laissée écouter le coeur du bébé une dernière fois, à travers le ventre, pendant qu’elle traçait le petit « x » où ils feraient l’incision.

C’était incroyable. Les battements étaient tellement forts et clairs.

Ça sonnait comme un char qui traverse un pont : ba-boum, ba-boum, ba-boum…

Là, les choses ont commencé à se passer très vite. On m’a donné un sarrau, je l’ai enfilé, j’ai lavé mes mains et ils m’ont emmenée dans la salle d’accouchement. Mon frère était déjà installé sur la table d’opération.

Il y avait un tissu vert entre lui et l’incision. Autour de lui, des médecins et des infirmières s’activaient, des machines faisaient des bip bip et des flash, des bip bip et des flash. J’ai mis ma main sur son front et j’ai regardé l’incision.

Wow.

J’avais déjà vu des opérations à la télé et ça m’avait toujours dégoûtée, mais ça, c’était de toute beauté : rouge vif, avec de petites ficelles blanches… À un moment donné, on aurait dit que le docteur essayait de faire la chandelle sur la bedaine de mon frère et il y a eu une éclaboussure de sang. Mon frère s’est excusé et j’ai dit : « Ah non, t’inquiète pas. T’as des beaux organes. » Et il m’a dit : « C’est ça qui compte, hein? Être beau en dedans. »  Puis là, oh!, il y avait plein de cheveux foncés, et des épaules, des bras, des jambes. On s’est tous regardé et ensemble on a crié : « C’est une fille! »

Le docteur l’a amené à une petite table et il l’a nettoyée et elle a pleuré, Dieu merci. Il m’a donné une paire de ciseaux et il m’a dit : « Pis, matante, veux-tu couper le cordon? » J’ai répondu : « Euh… d’accord… »

Alors, j’ai coupé le cordon, elle a cessé de pleurer et elle m’a regardée avec des yeux sages et profonds. Ensuite, le docteur l’a emmaillotée et il a dit : « Bon, allons voir… » Je voyais qu’il cherchait : « Maman… papa… »

Ils ont mis une chaise à côté de mon frère et ils ont placé le bébé dans mes bras. J’avais un immense sourire étampé dans le visage, mais mon frère ne le voyait pas, parce que je portais encore mon masque. Il m’a regardée anxieusement :

– J’ai fait un bébé.

– Oui. C’est vrai. Tu as fait tout un bébé.

Ensuite, ils m’ont demandé de sortir pour qu’ils puissent recoudre l’incision. Ils m’ont emmenée à la pouponnière et m’ont laissée là, avec elle.

Et c’est là que je suis tombée amoureuse. La voix à la radio chantait doucement : « If you leave me now, you take away the biggest part of me, ooooh, baby, please don’t go…

J’étais complètement absorbée par elle. Pendant des jours, je n’ai pas eu besoin de manger, de dormir ou même de parler. Les gens venaient nous rendre visite, ils me parlaient, mais je ne leur faisais qu’un bref sourire et je retournais vers elle. « Allô, chérie… Tu sais, la journée après ta naissance, j’ai pris un autobus pour me rendre à un autre hôpital, où je t’ai acheté du lait maternel, parce que, des fois, les mamans ont des surplus, comme les vaches, alors elles l’embouteillent et le vendent. Et moi, je suis allée t’en chercher. J’étais assise dans l’autobus en revenant, avec un gros sac de papier plein de lait maternel congelé, et j’ai eu un de ces moments : Johanna Nutter, voici ta vie. »

Les médecins et les infirmières étaient vraiment sympathiques. Je m’amusais à observer leurs visages pendant qu’ils expliquaient ce dont il aurait besoin durant les prochains jours. Tous les efforts qu’ils faisaient pour rendre ce pronom naturel.

Des fois surgissait quelqu’un d’un autre département qui n’était pas au courant de la situation, comme le gars qui est venu pour une prise de sang. Il s’est approché de moi avec son aiguille. Je lui ai dit : « Non, c’est pas moi la maman. Tu vois le gars endormi dans le lit? C’est lui, la maman. »

Et je revenais à ma nièce. « Il est parti, maintenant, le monsieur avec la grosse aiguille… Hein, ma puce? Je me demande il me reste combien d’argent sur ma carte de crédit… Assez pour nous rendre jusqu’au Mexique? On pourrait quitter l’hôpital et monter à bord d’un autobus. Juste nous deux. On pourrait ne jamais revenir. Mais ça ne sera pas trop grave. On sera heureuses ensemble, n’est-ce pas? On trouvera une maison au bord de la mer, et je t’apprendrai à jouer dans les vagues, et on pourra ramasser des coquillages, faire des dessins, lire des histoires, manger de la soupe. Un bébé a besoin d’une maman. Pas d’un… point d’interrogation. »

Le pommier en face est en fleurs. Un jour, je vais te faire connaître Nikos Kazantzakis, le créateur de mon grand héros, Zorba le Grec. Il a écrit : « J’ai demandé à l’amandier: parle-moi d’amour, et l’amandier s’est mis à fleurir. »

Mon frère s’est réveillé. Je me suis approchée de lui et je lui ai donné le bébé.

« Salut… ça va? Veux-tu la prendre? Ça me rappelle quand t’étais de la même taille… et du même genre…»

Ce texte est un extrait de la pièce Mon frère est enceinte qui était présentée du 7 au 25 novembre 2011, à La Petite Licorne.

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