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En octobre 2024, mon ami Léo et moi avons entrepris l’ascension du volcan Cotopaxi, en Équateur, alors que nous n’avions aucune expérience en alpinisme ni même en randonnée en très haute altitude. À l’origine, le projet est né d’un désir commun de nous dépasser et de vivre une aventure.
Le récit de cette ascension a l’humble but de servir de compagnon de voyage à d’autres amoureux de la nature qui seraient tentés de s’initier à l’alpinisme.
Cotopaxi
Dès notre arrivée dans le parc national du Cotopaxi, la silhouette du volcan est omniprésente. Dissimulés derrière les nuages, son sommet et ses neiges éternelles nous appellent. L’effet est particulièrement saisissant au lever du jour, alors que son cratère presque symétrique se découpe contre l’horizon.
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Le jour du départ, notre guide Diego nous rejoint directement à notre auberge où nous avons également loué tout notre matériel. Après avoir enfilé nos bottes d’alpinisme, nos crampons, notre casque, notre piolet et des vêtements chauds, nous quittons l’hébergement en après-midi.
En route vers la montagne, nous croisons deux renards des Andes. Cet animal, que les habitants appellent culpeo, est rarement aperçu, encore moins en paire. Dans les traditions locales, il est considéré comme un protecteur des montagnes.
Étape 1 : Refuge Jose F. Rivas
La progression est difficile ; le sable volcanique est glissant et la pente, abrupte. La pluie glacée pénètre les couches de mes vêtements et me frigorifie.
Après un moment qui me paraît être une éternité, nous arrivons. Diego nous félicite : nous avons gravi la première section en une trentaine de minutes, une ascension qui dure habituellement une heure. Exténués et transis de froid, nous marchons péniblement vers le refuge, à la recherche d’un peu de chaleur et de répit.
L’mportance du sommeil et de l’alimentation avant la montée
À notre arrivée, les employés du refuge nous servent un repas à base de poulet et de riz. L’alimentation est essentielle en très haute altitude : chaque calorie compte. L’impossibilité d’accéder au refuge en voiture rend le travail des employés d’autant plus impressionnant. Ils transportent vivres et matériel à pied et se relaient toutes les une ou deux semaines. Une part de chaque ascension réussie leur revient.
Vers 17h, nous rejoignons notre dortoir, composé d’une vingtaine de lits superposés, pour tenter de récupérer quelques heures de sommeil. La fébrilité rend le repos difficile, mais je parviens à m’endormir en visualisant la blancheur du sommet.
Étape 2 : Sommet (6 km, 1013 m D +)
En raison du risque accru d’avalanches pendant la journée, les ascensions ont uniquement lieu la nuit. La montée débute donc vers 23h, signifiant que nous devrions atteindre le sommet aux premières lueurs du matin.
La première section de la montée s’apparente à une randonnée classique, mais le sol constitué de roche volcanique complique la progression. Harnachés de nos sacs à dos remplis de provisions pour la montée et la descente, chaque pas exige un effort supplémentaire.
Une heure et demie plus tard, nous atteignons la section glacée du volcan. Les crampons deviennent alors indispensables pour assurer une bonne traction afin de continuer l’ascension. À partir d’ici, nous devons nous attacher ; Diego, Léo et moi-même sommes liés par une seule corde pour éviter tout risque de chute. Cette disposition nous oblige à avancer au rythme de Diego, qui dicte dorénavant le tempo de l’ascension.
Ponctuellement, nous prenons des pauses pour nous alimenter. Le froid transforme progressivement nos boissons en glaçons, mais ces courts moments de repos nous permettent d’admirer, au loin, les lumières coruscantes de la capitale équatorienne.
Mur de glace
Avec chaque changement de terrain, le niveau de difficulté s’accentue. À cette altitude, la rareté de l’oxygène rend chaque geste laborieux et énergivore.
De nombreuses crevasses parsèment notre route ; la lumière de nos lampes frontales est indispensable pour distinguer chaque obstacle. Étant dernier de cordée, je me fie à mes compagnons d’ascension pour signaler les obstacles. À la sortie d’un virage, ils s’arrêtent : un mur de glace se dresse devant nous. Plus haut que nous, pas le choix de l’escalader pour poursuivre notre route.
Je suis le dernier à grimper la paroi. Je plante les crampons de mon pied droit, cherchant la stabilité pour enfoncer le piolet au-dessus du mur et m’en servir comme levier. Mes premiers essais échouent : la pointe du piolet ne s’enfonce pas suffisamment et je manque de force pour me soulever. Le stress monte ; mon cœur s’emballe, mon souffle s’accélère, et je sens mes forces diminuer dangereusement.
Avec l’aide de mes camarades qui tirent sur la corde qui nous lie, je parviens finalement à surmonter l’obstacle.
L’effort m’a toutefois coûté beaucoup d’énergie. Je suis alors saisi de vertiges et de maux de tête, signes précurseurs du mal aigu des montagnes. Mes collègues tentent de poursuivre, mais je les ralentis et réclame une pause pour reprendre mes esprits. Épuisé, je m’écroule et tente de reprendre mon souffle.
Prochain arrêt : le sommet
Retour difficile
Conclusion
Une année s’est écoulée depuis cette expédition, mais les souvenirs demeurent vifs. Cette expérience m’a forcé à sortir de ma zone de confort en plus de me permettre de mieux me connaître et de repousser mes limites.
La première étape consiste à rejoindre le refuge Jose F. Rivas, niché à 4 800 mètres d’altitude à partir du stationnement, situé 300 mètres plus bas. En route, une tempête s’abat sur le parc : des nuages d’un noir d’encre déversent une pluie glaciale sur les terres volcaniques. Une brève accalmie nous laisse juste assez de temps pour enfiler bottes et manteaux avant d’entreprendre la montée. La pluie reprend aussitôt et nous pressons le pas pour atteindre le refuge avant que la tempête ne redouble d’intensité.
Vers 22h, plusieurs alarmes retentissent. Désorienté, je mets quelques minutes à me rappeler où je me trouve. L’air glacé du dortoir me dissuade d’abandonner la chaleur de mon sac de couchage. Pendant quelques secondes, je me demande sérieusement si gravir un volcan d’une hauteur d’environ 6 000 mètres est une si bonne idée. D’une voix ferme, mais calme, Diego nous fait rapidement comprendre que nous avons déjà franchi le point de non-retour. Je croise le regard de Léo et malgré le voile de fatigue, je décèle sa motivation inébranlable d’atteindre le sommet. Lentement, presque à contrecœur, je m’extirpe du sac de couchage. Le froid me saisit immédiatement, mais l’adrénaline compense pour le choc. Une fois prêts, Diego nous donne ses dernières instructions : habillage, repas rapide et passage aux toilettes avant de prendre la route vers le sommet.
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Suite à cette pause bien méritée, nous reprenons l’ascension. Chaque pas est difficile, mais la perspective d’atteindre le sommet nous motive. Le terrain est accidenté et le dénivelé, conséquent : le piolet est indispensable pour maintenir son équilibre. Bientôt, des effluves de soufre, preuve que le volcan est toujours actif, indiquent que nous approchons du sommet. Nous entamons la dernière section, courte, mais abrupte, et un immense sentiment de fierté et de joie m’envahit en réalisant que nous nous rapprochons du but.
Nous atteignons enfin le cratère du Cotopaxi d’où s’échappent des fumerolles. Un souffle chaud nous enveloppe, le volcan semble respirer sous nos pieds. Nous sommes au sommet alors que le ciel s’embrase d’une lumière orangée. Perchés au-dessus des nuages, notre regard peut enfin saisir le panorama complet de l’avenue des volcans, colonne vertébrale du pays où se dressent plusieurs de ses plus hauts sommets. Épuisés, mais comblés, nous célébrons ce moment de triomphe avec des accolades vigoureuses. Les dernières heures de souffrance sont rapidement éclipsées par la beauté du paysage qui s’offre à nous.
Après l’euphorie du sommet, la réalité nous rattrape rapidement. La descente s’avère encore plus difficile que l’ascension, et nous devons faire vite pour limiter les risques d’être surpris par une avalanche provoquée par la fonte de la neige et de la glace sous le soleil. Le reflet intense de la neige expose également nos yeux à l’ophtalmie des neiges, rendant le port de lunettes de ski teintées indispensable. Chaque pas exige vigilance et équilibre. Malgré quelques chutes, nous rentrons au refuge sains et saufs. L’expédition aura duré en tout environ 8 h 30, laissant derrière nous un mélange de fatigue, de soulagement et de souvenirs inoubliables.
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Chaque foulée, chaque souffle, chaque vertige m’a rappelé ce que valent l’effort et la patience. Plus encore, ce périple m’a rappelé l’immense privilège de côtoyer des paysages naturels d’une telle majesté et la responsabilité qui nous incombe de les respecter. Et si le Cotopaxi demeure inoubliable, l’Équateur ne se résume pas qu’à lui : ses richesses culturelles, historiques, musicales, artistiques, culinaires et sportives méritent également d’être découvertes et célébrées.