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6-12 ans
Mon enfant veut arrêter le soccer. Est-ce que je dois le pousser à continuer ?
Votre enfant joue du piano comme un véritable petit Mozart, la moumoute frisée en moins, mais vous annonce soudainement qu’il veut arrêter ses cours. Que faites-vous? (Ce n’est pas un article dont vous êtes le héros, ne vous inquiétez pas.)
Vous l’encouragez à persévérer, convaincu que ce talent ne doit pas être gâché ou vous l’écoutez et pitchez ses partitions au feu? Bienvenue dans l’un des dilemmes parentaux les plus épineux : comment cultiver les talents de nos enfants sans les étouffer.
J’ai personnellement vécu ce dilemme cet été : ma fille voulait arrêter le soccer. Loin d’être une future Christine Sinclair (pour l’instant), elle semblait quand même s’amuser durant les « pratiques » (on s’entend qu’ils jouent à 1, 2, 3 Soleil avec un ballon), mais quand elle en sortait, elle me disait ne plus vouloir y retourner… Devais-je la pousser ou accepter son choix?
Les parents, carburant ou bulldozers?
90 % des jeunes prodiges ont été initiés à leur passion par leurs parents avant l’âge de cinq ans. C’est ce qu’ont prouvé les recherches de Kenneth A. Kiewra, professeur de psychologie de l’éducation à l’Université du Nebraska à Lincoln. Tiger Woods est un exemple notoire : son père asseyait bébé Tiger dans une chaise haute dans le garage pour qu’il le regarde frapper des balles de golf.
La légende veut qu’à l’âge de neuf mois, Tiger est descendu de sa chaise haute et a réussi à frapper une balle de golf directement dans un filet avec un mini-putter.
Les « graines de talent » se sèment tôt, mais semer ne veut pas nécessairement dire récolter. Si Tiger avait voulu arrêter le golf, est-ce que son père aurait dû le forcer à continuer? C’est peut-être arrivé, on ne le sait pas. Mais est-ce qu’un parent se doit de pousser son enfant quand il sait qu’il a le talent pour réussir de grandes choses?
Le piège du « finis ce que tu as commencé »
Dans un article du Coup de Pouce, la Dre Sophie Leroux, psychologue au CHU Sainte-Justine, met les parents en garde : avant de pousser un enfant, on doit se demander pourquoi on le fait. Pour lui ou pour notre égo? Est-ce que c’est la valeur du plaisir qui guide la décision ou juste notre peur qu’il ne gâche son talent?
Selon la Dre Leroux, même le fameux « il faut finir ce qu’on a commencé » ne tient pas la route si ça va à l’encontre des valeurs de la famille.
Il faut avant tout tenter de comprendre pourquoi l’enfant veut arrêter. Ennui? Découragement? Activité trop stimulante? Pas assez? Forcer un enfant à continuer à tout prix, c’est lui apprendre que ses émotions et ses limites ne comptent pas.
Continuer : oui, mais à quel prix?
Dans un article du Journal of Philosophy of Sport, un chercheur souligne que la maximisation des talents pour atteindre le succès professionnel a un coût énorme. L’entraînement intensif, les compétitions précoces, les sacrifices familiaux… Tout ça prend la place d’autres aspects fondamentaux de l’enfance : le jeu libre, le temps avec les amis, la spontanéité, le droit de se tromper.
« L’enfance n’est pas seulement une préparation à l’âge adulte. C’est une étape de vie à part entière qui mérite d’être vécue pleinement », écrit-il.
Transformer l’enfance en camp d’entraînement permanent risque de priver l’enfant de plusieurs moments importants, d’opportunités de développements et, qui sait, de la découverte d’autres passions.
Comment choisir un cours
Et si votre enfant ne manifeste pas de talent particulier? Premièrement : il n’y a rien d’alarmant. C’est même la norme. Comme le rappelle le site Naître et grandir, on peut très bien se développer adéquatement en grimpant dans les modules au parc ou en courant après ses amis.
Les activités parascolaires, c’est un bonus, pas un passage obligé.
Par contre, si l’enfant désire s’inscrire dans un cours, mais ne sait pas trop lequel, allez-y avec ses intérêts. Considérez aussi l’horaire : qu’est-ce qui s’imbrique bien dans votre quotidien et ne fatiguera pas trop l’enfant? Et si votre enfant veut changer après une seule session? Aucun problème. Qu’il s’inscrive à autre chose s’il le désire, ça lui fera découvrir plein de possibilités et peut-être qu’il accrochera à la 3e activité… ou pas. Ce n’est pas grave.
On ne veut pas trop de Tiger anyways
Pousser un enfant qui aurait une baisse de motivation en milieu de session n’est pas mauvais en soi, tant que cela respecte ses besoins, vos valeurs familiales et son bien-être. Comme dans toute chose, la clé réside dans l’écoute, la communication et l’équilibre. Le but n’est pas de former des petits génies à tout prix, mais d’élever des enfants heureux qui cultivent le plaisir d’apprendre.
Je crois avoir bien fait avec ma fille : je l’ai écoutée, jamais je ne l’ai forcée outre mesure. La seule soirée où elle m’a vraiment verbalisé ne pas vouloir y aller, il faisait 48 degrés, alors je lui ai accordé sa demande. Mais elle y est allée avec plaisir le rester de l’été… Quant aux inscriptions pour l’an prochain, c’est une autre histoire. Et peu importe ce qu’elle choisira, j’irai la voir avec mon thermos de café bien chaud.
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