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Rares sont les familles qui envisagent l’école à la maison (elles étaient environ 1 800 au Québec, en 2022). Quel est le chemin pour arriver à bon port lorsqu’on marche hors des sentiers battus?
Question de sortir des mythes préconçus, Takwa Souissi – journaliste, YouTubeuse et mère de trois enfants –, Anne-Marie Casault – ancienne enseignante au primaire et mère d’un garçon de 5 ans – ainsi que Valérie – rédactrice et mère monoparentale d’une enfant– m’ont invitée dans leur quotidien pour dessiner un portrait plus concret de ce que ça mange en hiver, l’école à la maison!
D’abord, le terme « école à la maison » est très peu adapté aux motivations des parents qui choisissent cette option. « Apprentissage en famille » serait plus juste, car le but n’est pas de transposer l’école à la table de cuisine en remplissant des cahiers d’apprentissage semblables aux activités qui seraient réalisées en classe (mais avec plus de demandes incessantes pour des collations).
Pour Takwa, jusqu’aux 7 ans de ses enfants, l’apprentissage par le jeu était priorisé. Aujourd’hui, leur routine reste flexible : « Une journée par semaine, on rejoint d’autres familles pour faire des sorties ou des activités collectives. Les autres jours, à partir de midi, l’école, c’est fini ! », m’explique-t-elle.
Et même si elle utilise le mot « école », elle ne fait pas référence à un enseignement formel. Par exemple, ses enfants créent actuellement un jeu de société, participent chaque année à la grande journée des petits entrepreneurs, font des expériences scientifiques issues de leurs magazines, vont à la bibliothèque, regardent des documentaires… « L’école à la maison est un mode de vie où on voit les possibilités d’apprentissage partout! », poursuit-elle.
Du côté de Valérie, qui entame sa seconde année d’enseignement à la maison, le quotidien est plus structuré : « Après une période de lecture le matin, on complète une leçon de français. Ensuite, cours de danse ou de yoga suivi des mathématiques. Puis, les après-midi, on alterne science, univers social, anglais et histoire de l’art. Ah et le lundi, c’est toujours congé! »
Ça semble easy breezy, mais détrompez-vous, met en garde Anne-Marie.
« J’ai été enseignante au primaire, j’ai enseigné à 30 élèves en même temps et j’ai adoré ça! Mais je ne me suis jamais sentie aussi challengée que seule avec mon unique enfant devant moi! »
Effectivement, il y a un je ne sais quoi qui vient nous chercher plus viscéralement, avec nos enfants. Ils sont capables de shawshank leur chemin jusqu’à nos points les plus sensibles.
Évidemment, j’ai abordé ce qui est sur toutes les lèvres : Est-ce que vos enfants sont aussi socialement farouches qu’un bébé de neuf mois en pleine anxiété de séparation?
« Toutes les lectures que j’ai faites, toutes les études que j’ai consultées révèlent que les enfants scolarisé.e.s à la maison ont de meilleures capacités sociales, parce qu’iels ont une socialisation naturelle. »
« Iels vont autant jaser avec le vieux monsieur qui pêche au bout du quai qu’avec la maman et son bébé au parc. Iels sont capables de s’adapter facilement, socialement », m’explique Anne-Marie.
Les raisons derrière le choix de délaisser le système pédagogique traditionnel sont rationnelles, mais très humaines.
Le questionnement d’Anne-Marie a principalement été guidé par le développement de l’enfant. « Les enfants ont un très fort besoin d’attachement et de proximité avec leurs figures d’attachement. Je trouve ça exigeant pour des cocos de 5 et 6 ans de partir à l’école à temps plein. L’école commence trop tôt, ici, à mon avis. »
Effectivement, de nombreux pays scandinaves priorisent l’apprentissage par le jeu extérieur jusqu’à 7 ans, avant de débuter des leçons plus formelles.
Les enfants de Takwa ont déjà fréquenté une école publique alternative. « Ma fille a débuté la maternelle à une école alternative et, franchement, c’était super, mais l’idée de l’école à la maison m’habitait encore. Je voyais peu ma fille à cause des contraintes d’horaires de l’école et du temps nécessaire au trajet en autobus. Pouvoir profiter de temps passé en famille, c’est surtout ça qui a motivé notre décision », partage-t-elle.
Valérie – qui est confortable en contexte académique au point d’avoir complété un doctorat – a aussi toujours eu un penchant pour la scolarisation à la maison, mais elle ne pensait pas y parvenir dans une famille monoparentale. Puis, la pandémie lui a prouvé le contraire.
Les trois mères, sans le savoir, y vont des mêmes conseils ultimes. Être convaincu.e de son choix et se rappeler souvent de ce qui l’a motivé. Aussi, ne pas voir tout ça à long terme et y aller une année à la fois. Les besoins peuvent changer, les circonstances aussi. « Ce n’est pas un échec de réussir ou non », précise Takwa. « Même pour une seule année, les bénéfices sont grands, c’est une expérience éducative et familiale positive. »
Certaines personnes choisissent aussi la voie de l’apprentissage naturel (unschooling), une autre approche pédagogique alternative. Il s’agit de faire confiance entièrement à l’enfant, à « ses ambitions internes, sa curiosité naturelle, son désir d’apprendre et son rythme plutôt que sur des facteurs externes ». L’emphase est mise sur la relation entre le parent et l’enfant. Les apprentissages partent des intérêts qui émergent chez l’enfant et sont approfondis à son rythme, avec les ressources qu’il choisit. C’est donc de permettre d’apprendre sans enseigner!
La famille de Takwa fréquente un centre d’éducation à domicile où les enfants suivent des ateliers d’écriture, cuisinent, réalisent des projets de longue haleine et travaillent en équipe tout en passant du temps ensemble. Si Takwa reste sur place, certains centres d’apprentissages prennent en charge les enfants à temps plein ou partiel, ce qui peut être utile pour les parents qui travaillent ou qui ont besoin d’un répit. Elle me décrit la communauté comme étant riche et florissante. L’entraide est très présente, de nombreuses familles s’alternent même les journées où elles prennent en charge les enfants des autres, en fonction des aptitudes et des forces de chacun.e, question de favoriser l’équilibre et de faciliter l’enseignement.
« Ma fille n’aimait tout simplement pas l’école en institution. Elle trouvait l’environnement bruyant, anxiogène et aliénant. À la maison, elle peut étudier tranquille, à son rythme, avec des activités adaptées à ses besoins et ses intérêts. » Néanmoins, une formation universitaire n’est aucunement nécessaire pour choisir la voie de l’apprentissage en famille. Il est possible de confier l’explication du calcul de la racine carrée à des services de tutorats, par exemple, ou même, à une enseignante YouTubeuse. Les ressources sont plurielles et nombreuses.
Anne-Marie ajoute que l’apprentissage en famille, pour elle, est la continuité logique et cohérente d’une vie de famille connectée et douce qui célèbre l’unicité de chacun. « Ce n’est vraiment pas la faute des enseignant.es, mais je pense que le système éducatif, tel qu’il est, ne peut pas répondre adéquatement aux besoins de chaque enfant. Ainsi, l’école, malgré elle, finit par mouler les enfants pour faciliter la tâche, » me confie l’enseignante précocement retraitée.