Pierre-Nicolas Riou

Misère sexuelle de la mono

Il faisait nuit noire et notre souper s’éternisait sur mon balcon, un restant de carbonara et trois bouteilles au centre de la table, quand Brigitte nous a raconté, l’œil espiègle, qu’elle en avait acheté un. Un vrai, là. Un qui coûte cher. Qui tourne et qui stimule aussi le clitoris…

Elle était arrêtée dans un sex-shop de région en revenant de randonnée et  elle était ressortie avec des porte-jarretelles (ses premiers), deux soutien-gorge sexys et ce nouvel « ami » vibrant. Dont elle était très satisfaite… orgasmes multiples à l’avenant. Fallait voir notre face, à Manue et à moi (bon, ok, surtout à moi).

Le lendemain, pas de niaisage, je me suis commandé un « ami » sur Internet. Je l’ai choisi de couleur orange. (Je sais, c’est weird, mais est-ce que mauve c’est mieux? Bon.) Il est arrivé après quelques jours d’attente. Fébrile, j’ai ouvert la boîte de carton. Je l’ai sorti de son élégant écrin orange. Je l’ai désinfecté et branché. Puis, en pensant à l’homme qui habitait mes fantasmes et qui m’avait fait jouir le dernier… je l’ai essayé.

« Pis? » m’a demandé Manue en me donnant un coup de coude  pendant qu’on attendait les enfants dans l’entrée de l’école… Mon visage s’est changé en grimace. « C’est vraiment surfait, cette affaire-là! C’est nul! Ça manque complètement de torse. Pis de bras. Pis de peau… Tant qu’à ça, j’aime mieux mes mains, au moins, elles sont en chair…. HÉ! Allo ma chérie, t’as passé une belle journée? » Ma fille arrivait, candide avec son petit sac à dos. On a changé de sujet.

Et moi, après deux ou trois autres essais déprimants, les jours suivants, j’ai remisé mon « ami » décevant dans le haut de la garde-robe. Et j’ai pris mon mal en patience.

Quelques semaines plus tard, je grattais les murs. Il FALLAIT que je me réenligne les chakras (selon l’expression de Manue). Mais comment? Je ne voyais qu’une solution. Rappeler Marco. Marco avec qui j’avais joliment mais brièvement rebondi (dans tous les sens du terme) après l’échec de ma relation avec le père de mes enfants… Et qui revoyait depuis peu la blonde de ses 17 ans – petit obstacle à mon réenlignement.

J’hésitais.  (Je suis une bonne fille, d’habitude.) J’en ai parlé à Brigitte après le yoga, elle a trouvé l’idée gé-niale! C’est tout ce que ça me prenait pour texter Marco. Qui, moins de deux heures plus tard, se pointait chez moi, souriant – cachant mal sa fierté d’être ainsi appelé à la rescousse… « J’ai une demi-heure, me dit-il en regardant sa montre, soudain sérieux. Ça me fait plaisir de te dépanner, Émilie ». (Il a vraiment dit dépanner.) Bon ben, on repassera pour le romantisme…

Sans attendre, il s’est penché vers moi pour m’embrasser. Ahhhh! Il frenchait toujours aussi bien. Puis, il m’a saisi la main pour m’entraîner vers ma chambre. Ohhh! Que j’aimais toujours ses manières directes et assumées! J’avais les jambes molles et les yeux pétillants de désir, jusqu’à ce que mon ex-amant… enlève ses vêtements. Alors là, le  choc. La débandade. L’horreur!!

Cet homme aux larges épaules que j’avais admiré pour son air de guerrier médiéval pendant l’amour (ben quoi!, chacun ses fantasmes…)… n’avait plus un poil sur le torse ni sur le pubis! En fait, je ne pouvais même plus vraiment parler d’homme. J’étais devant une sorte de … poulet déplumé géant. Toute virilité envolée! « Chloé n’aime pas le poil », a-t-il expliqué. « Ah… », ai-je bredouillé, sonnée.

J’ai fermé les yeux. On a baisé. Il s’est rhabillé après deux secondes (mes espoirs d’un cinq minutes en cuiller, annihilés). Et sur le bord de la porte, avant de partir, se trouvant très drôle, il m’a lancé : « Tu me dois 100 piastres! ».

Misère. Après un an de célibat, j’étais vraiment rendue là?

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up