Microbrasserie du mois : Riverbend

Riverbend en trois bières.

La mixologie, c’est out. Ce qui est dans le vent, c’est la bière de microbrasserie (et clairement pas l’expression « dans le vent »). C’est pour ça qu’URBANIA a décidé de s’y intéresser en faisant des portraits de microbrasseries d’ici. Parce que de plus en plus de gens en parlent, mais aussi parce que c’est un bon prétexte pour boire sur la job.

Il y a un peu plus de trois ans (et depuis des dizaines d’années auparavant), la bouteille brune régnait en reine et maîtresse sur le marché de la bière au Québec. C’était avant qu’une jeune microbrasserie d’Alma ne décide que la canette pouvait contenir mieux que des produits fades et sans personnalité. Un pari qui aura fait des petits (et des jaloux) dans la belle province…

Discussion avec Audrey Girard, directrice générale et cofondatrice de Riverbend.

Gose aux algues : yes, we can(ette)

À leurs débuts en 2015, c’est un broue pub que voulaient ouvrir Audrey Girard, son conjoint Sébastien Morasse et le frère de ce dernier, Jean-Philippe. Mais une autre nouvelle microbrasserie reluquant le même local qu’eux, les trois partenaires se sont plutôt tournés vers la distribution.

Et comme on ne démarre pas un projet de microbrasserie industrielle sans trouver une façon de se démarquer, les trois associés ont choisi de donner une chance à une sous-estimée du monde de la bière : la canette. Audrey Girard se souvient : « Quand on a ouvert, il n’y avait pas beaucoup de bières en canettes au Québec. C’était plutôt mal vu. Mais comme on est dans une région de plein air, on trouvait que ça manquait pour les amateurs de bière. Parce qu’aller à la plage ou faire du sport avec des bouteilles en vitre, c’est pas super pratique. »

La brasserie almatoise s’est donc donné le défi de prouver au monde qu’il est possible de mettre des produits de qualité en canette. Force est de constater qu’elle a réussi son pari puisque la plupart des microbrasseries font aujourd’hui la transition vers le contenant d’aluminium.

« Aller à la plage ou faire du sport avec des bouteilles en vitre, c’est pas super pratique. »

Si la plupart des microbrasseries sont désormais séduites par la canette, Riverbend demeure l’une des seules à utiliser le contenant d’aluminium même pour ses produits barriqués. Plus encore : ces produits d’exception n’étant pas gazéifiés artificiellement, la brasserie pousse l’audace jusqu’à les faire refermenter en canette. « On utilise le même principe que la refermentation en bouteille, mais avec la canette. Et à ce que je sache, on est encore les seuls au Québec à faire ça. Même Unibroue nous a déjà appelés pour savoir comment on faisait et on ne leur a pas dit! »

N’en déplaise aux gens d’Unibroue, notre première bière en dégustation, une gose aux algues affinée en fûts de gin St. Laurent, a justement été refermentée en canette.

Notre appréciation

Gose aux algues affinée en fûts de gin St. Laurent

Alcool : 6,8% | IBU : 17

La gose aux algues présente une robe d’un jaune paille voilé, surmonté d’un col blanc très éphémère et pétillant. Le nez est frais, avec des notes herbacées, florales, citronnées et légèrement salines. En bouche, c’est maritime et salin, avec des saveurs de citron, de bois imbibé de gin et un soupçon d’algues et de coriandre. La finale est assez courte, portée sur le gin et le sel. Une bière délicieusement unique!

Berliner weisse à la camerise : les deux pieds dans le Lac

Depuis ses débuts, Riverbend est solidement ancrée dans sa communauté. À commencer par son nom, qui est celui d’un quartier d’Alma, jadis une « ville de compagnie ». C’est effectivement la Price Brothers Company, une usine de pâtes et papiers, qui était propriétaire des maisons de Riverbend et qui y logeait ses cadres et ses travailleurs.

Choisir ce nom pour baptiser sa microbrasserie est donc clairement porteur de sens pour Audrey Girard. « Quand on a ouvert, on voulait que les gens s’approprient rapidement la brasserie, l’image de marque. En plus, c’était le 150e d’Alma, donc c’était tout naturel de mettre de l’avant l’histoire de notre région. » Cette histoire, Riverbend l’affiche d’ailleurs sur ses canettes grâce aux photos d’archives de la Société d’histoire du Lac-Saint-Jean.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean arrive au deuxième rang de la province pour le plus grand nombre de microbrasseries par habitant.

L’avantage d’ouvrir une brasserie au Saguenay–Lac-Saint-Jean, c’est que c’est un marché naturel pour la bière : la région arrive au deuxième rang de la province pour le plus grand nombre de microbrasseries par habitant. Pourtant, malgré cette concentration élevée, Audrey Girard n’a jamais ressenti de compétition avec ses collègues, bien au contraire. « On brasse beaucoup des bières anglaises, un style moins exploité dans la région. La Voie Maltée se concentre sur des styles américains et allemands, la Micro du Lac est plus dans les bières belges. D’ailleurs, ils vendent même notre bière en canettes chez eux! Donc la cohabitation se fait assez bien. »

La passion pour la région, on la trouve également dans les produits de Riverbend. La brasserie se fait un devoir de faire affaire avec des agriculteurs locaux et d’encourager les partenariats de proximité. « On utilise 95% de houblon québécois et le plus possible de céréales d’ici. Et tous les fruits qui se retrouvent dans nos bières viennent du Québec. Sauf peut-être les écorces d’oranges; j’ai pas encore réussi à en faire pousser sur mon terrain! »

Ce qui pousse dans la cour de Riverbend, par contre, ce sont les camerises et les herbes boréales qui aromatisent l’une des déclinaisons les plus populaires de sa berliner weisse, notre deuxième bière en dégustation.

Notre appréciation

Berliner weisse à la camerise et aux herbes boréales

Alcool : 5.6 %

D’un rouge vif et voilé surmonté d’un col rose fuyant, la berliner weisse à la camerise présente des arômes fruités où l’on devine framboise, bleuet, cerise et cassis. En bouche, l’acidité se fait toute légère. Le côté fruité est toujours présent, mais plus discret qu’au nez. On y découvre davantage les herbes boréales. La finale est relativement courte et peu amère, avec les saveurs fruitées qui s’estompent peu à peu. Parfaite pour l’été!

Vin d’orge : tomber pour mieux se relever

On reconnaît les grandes entreprises à la façon dont elles se comportent dans l’adversité. Et l’an dernier, Riverbend a eu à faire des choix qui allaient être déterminants pour son avenir. Une levure indésirable s’est introduite dans la chaîne de production, contaminant plusieurs brassins et menaçant de faire exploser des canettes.

Riverbend a donc décidé de procéder à un rappel massif de produits, comme le raconte Audrey Girard. « Au lieu de se cacher la tête dans le sable, on a décidé de se retrousser les manches, d’avouer l’erreur qui avait été faite et de tout reprendre. Ça s’est échelonné sur trois mois. On a dû jeter une quinzaine de brassins en tout et partout. »

Ce qui est paradoxal, c’est que Riverbend était à l’époque seulement la troisième microbrasserie à obtenir la certification de contrôle de qualité de l’AMBQ. Comme quoi personne n’est à l’abri d’une contamination. « L’important, c’est de prendre les mesures pour que ça ne se produise plus. On a révisé tous nos protocoles de contrôle de qualité, tout a été revérifié. »

« On a dû jeter une quinzaine de brassins en tout et partout. »

Plutôt que de lui donner une mauvaise réputation, l’incident a contribué à renforcer la relation de respect mutuel que la microbrasserie entretient avec ses clients. « Tout le monde nous a supportés là-dedans, justement parce qu’on a fait une sortie publique. Tout le monde a bien compris la situation. C’est drôle, je pense qu’on n’a jamais eu autant de likes sur notre page Facebook que pendant le rappel! »

Et le respect de Riverbend pour ses clients, on le retrouve jusque dans leur porte-monnaie. La brasserie fait effectivement l’unanimité chez les conseillers spécialisés quand on leur demande quel vin d’orge présente le meilleur rapport qualité-prix. « On a remarqué seulement après l’avoir mis en marché qu’il était moins cher que beaucoup d’autres vins d’orge. Mais on ne trouvait pas ça utile de faire un profit faramineux dessus. C’est un produit qu’on adore, qu’on voulait que le public découvre. »

Résultat : les installations de Riverbend peinent aujourd’hui à répondre à la demande grandissante pour ses produits. Les dirigeants de la brasserie almatoise envisagent donc des changements dans les années à venir. « D’ici deux ans, on va probablement déménager dans quelque chose de plus grand parce qu’on manque d’espace. On aimerait pouvoir doubler la production. Peut-être aussi avoir un salon de dégustation… »

En attendant, c’est dans notre salon qu’on entame notre dernière dégustation, celle du fameux vin d’orge. (On a mis ce qu’on a économisé dans nos REER.)

Notre appréciation

Vin d’orge

Alcool : 8,6 % | IBU : 70

D’un ambré profond et voilé surmonté d’un col beige moyen et dense, le vin d’orge présente des arômes de sucre d’orge et de tire éponge sur un fond malté. La bouche est crémeuse et fidèle au nez, auquel on ajoute des notes d’orange confite. La finale présente une amertume franche qui équilibre agréablement le côté sucré. On se rallie aux détaillants : c’est un excellent rapport qualité-prix!

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