Microbrasserie du mois : MonsRegius

MonsRegius en trois bières.

La mixologie, c’est out. Ce qui est dans le vent, c’est la bière de microbrasserie (et définitivement pas l’expression « dans le vent »). C’est pour ça qu’URBANIA a décidé de s’y intéresser en faisant des portraits de microbrasseries d’ici. Parce que de plus en plus de gens en parlent, mais aussi parce que c’est un bon prétexte pour boire sur la job.

Il y a de ces brasseries dont les produits ont des étiquettes qui sont des petites œuvres d’art. Et quand le liquide qui se trouve dans la bouteille est aussi singulier que l’emballage, on a le goût d’en savoir plus sur les artisans derrière la bière.

Discussion avec Martin L’Allier, brasseur et cofondateur de MonsRegius.

Crepuscula : se libérer du folklore

Pendant 20 ans, Martin L’Allier a fait carrière en tant que designer graphique. Et comme c’est souvent le cas quand on demande à un brasseur de raconter la genèse de son projet, le cofondateur de MonsRegius cite un besoin de concret comme raison principale de son changement de cap. « Quand tu passes autant de temps devant un écran, tu finis par avoir l’impression de vivre dans un aquarium. »

Habitant à l’époque sur le Plateau, Martin L’Allier se met à rêver d’ouvrir une brasserie sur l’avenue Mont-Royal. Les locaux se faisant rares, il décide de s’établir en Montérégie. D’ailleurs, MonsRegius tire son nom du latin pour Mont Royal, référant à la fois au Plateau qui a vu naître son rêve et aux collines montérégiennes.

Cette influence latine, on la retrouve également dans les noms des bières de MonsRegius. Pour mettre ses produits en marché, Martin L’Allier a misé sur des noms évocateurs, intuitifs plutôt que descriptifs. « Crepuscula, tu sais que ça va être une bière foncée. Solea, c’est le soleil, une bière dorée, intense. »

Le brasseur tenait aussi à sortir du folklore régional qui semble être, en quelque sorte, devenu la norme dans l’imaginaire brassicole. « Pour moi, c’était important de sortir la bière de l’univers des gars barbus qui se parlent entre eux de choses qu’ils trouvent drôles. Je voulais aussi parler aux femmes, aux gens qui ne parlent pas anglais ou français, etc. »

Martin L’Allier a donc opté pour une identité sophistiquée et artistique, qui se reflète autant dans les capsules cuivrées que dans la forme élancée des bouteilles et les étiquettes aux influences d’art abstrait. « Notre façon de faire le design, l’esthétique de nos bouteilles fait en sorte que la bière rentre à des endroits où elle n’aurait pas été avant. »

MonsRegius, c’est donc avant tout une expérience.

Notre appréciation

Dubbel au malt fumé

Alcool : 7,3 % | IBU : 22

D’un brun noisette surmonté d’un col beige moyen, la Crepuscula présente des arômes de caramel et de figues accompagnés d’un soupçon de fumée. Les notes épicées de la levure belge se font aussi sentir. En bouche, on retrouve les saveurs détectées au nez, auxquelles s’ajoutent les prunes. Une légère amertume apparaît en finale, avec des effluves de fumée qui s’attardent un moment. Une interprétation différente et intéressante d’un style classique.

IPA Cuvée Extra Brut : la créativité dirigée

Si la créativité de Martin L’Allier est manifeste sur le contenant, on la retrouve tout autant dans le contenu. « J’essaie d’avoir un angle créatif pour chacune des bières. Par exemple, on travaille présentement sur une wee heavy écossaise. Mais plutôt que d’aller dans le style classique, j’ai décidé d’introduire des champignons (des pleurotes) à l’ébullition pour aller chercher un côté sous-bois et terreux qui vient désamorcer le côté malté et lourd. »

Vous ne trouverez donc pas de gamme « régulière » chez MonsRegius. « Les bières « couleurs » (blonde, rousse, blanche…) sont déjà très bien couvertes présentement. Plusieurs brasseries en font des excellentes. Et ces bières-là sont souvent consommées pour le prix. Étant une petite brasserie, on ne pourrait jamais les produire à un prix compétitif. »

Malgré tout, Martin L’Allier n’est pas à l’abri des exigences du marché. Et le brasseur fait preuve d’une franchise qu’on voit rarement dans le milieu lorsqu’il est question d’IPA : « On fait des IPA surtout parce que c’est le gros vendeur. Si je pouvais ne pas en faire, peut-être que je n’en ferais pas. Ou du moins, j’en ferais moins. »

Le Montérégien change toutefois de discours lorsqu’il est question de la dernière venue dans le monde en constante évolution des IPA. « Quand j’ai découvert le concept de IPA brut, j’ai trippé parce que c’était enfin une alternative aux milkshakes et NEIPA juteuses, fruitées et un peu difficiles à digérer. »

MonsRegius a donc été parmi les premières micro québécoises à sortir une brut, qui est d’ailleurs devenu le meilleur vendeur de la brasserie.

Notre appréciation

India pale ale

Alcool : 6 % | IBU : 13

La IPA Cuvée extra brut est d’un jaune doré légèrement voilé, surmonté d’un généreux col blanc. Le nez est délicat, beaucoup moins intense que les IPA en vogue ces dernières années. C’est fruité et tropical. On détecte aussi des notes d’agrumes et de raisin blanc. La bouche est pétillante et fidèle au nez, avec des saveurs rappelant le champagne. La finale est sèche et très peu amère, accompagnée de notes céréalières. Une bière d’une grande buvabilité!

Polyphilia : voir plus loin

On fait souvent grand cas du boom des microbrasseries au Québec. Mais quand on discute avec le patron de MonsRegius, on se rend vite compte que le brasseur jette un regard étonnamment lucide sur l’industrie dont il fait partie depuis à peine deux ans. « Dans le marché présentement, on est clairement en suroffre. Il y a plus de bière sur le marché que de consommateurs pour la boire. On approche le haut de la courbe, et ça, beaucoup de brasseurs ne veulent pas se l’avouer. »

Cela dit, Martin L’Allier ne semble pas trop s’en faire pour l’avenir de son entreprise. Le brasseur tire plutôt bien son épingle du jeu et prévoit même augmenter un peu sa production dans les prochaines années, « mais pas au point où je ne me sens plus brasseur mais davantage comme un président de compagnie qui gère des fichiers Excel et des rapports de vente. »

Il lorgne aussi de plus en plus du côté des American wild ales. « Il y a un processus un peu moins contrôlé que je trouve intéressant. Un univers de saveurs, une culture artisanale plus présente que dans les styles classiques. On laisse la saveur devenir un élément qu’on laisse évoluer et on travaille ensuite avec l’ajout de fruits et de houblons pour travailler la matière à partir de ce qu’elle a elle-même comme fondation. »

En tous cas, si l’on se fie à la Polyphilia, une rouge des Flandres qui vient de sortir des cuves de MonsRegius, on ne s’inquiète pas pour l’avenir.

Notre appréciation

Rouge des Flandres

Alcool : 8 % | IBU : 8

D’un brun aux reflets roux surmonté d’un col beige et rosé qui s’estompe rapidement, la Polyphilia présente des arômes de cerises, de vanille et de bois avec une touche acidulée. La bouche est fidèle au nez. Le côté acidulé est toutefois plus présent, dévoilant aussi quelque chose de vineux et sauvage. La finale est axée sur le chêne, en plus d’une impression vinaigrée et acidulée.

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