Microbrasserie du mois : Lagabière

Lagabière en trois bières.

La mixologie, c’est out. Ce qui est dans le vent, c’est la bière de microbrasserie (et définitivement pas l’expression « dans le vent »). C’est pour ça qu’URBANIA a décidé de s’y intéresser en faisant des portraits de microbrasseries d’ici. Parce que de plus en plus de gens en parlent, mais aussi parce que c’est un bon prétexte pour boire sur la job.

Avant 2012, vous auriez eu bien du mal à trouver un endroit qui vendait de la IPA à Saint-Jean-sur-Richelieu. Qui aurait pu prédire qu’une des IPA les plus courues au Québec y serait brassée quelques années plus tard? Sébastien et Francis Laganière, voilà qui.

Discussion avec Francis Laganière, cofondateur de Lagabière.

Apaisante : être de son temps

La naissance de Lagabière s’est produite presque par hasard. On est en 2012. En plus de brasser de façon amateure dans le garage de leurs parents, Sébastien et Francis Laganière sont tous deux étudiants en gestion à l’UQÀM. Désireux de tester les notions apprises dans leurs cours, les frères décident d’élaborer le plan d’affaires d’un broue pub, juste pour se pratiquer.

La suite s’écrit d’elle-même, comme le raconte Francis Laganière : « Un moment donné, il fallait inclure un prix pour le loyer dans le plan. On s’est mis à magasiner des locaux dans notre ville à Saint-Jean, juste pour ajouter l’info. C’est comme ça qu’on a trouvé le local où on est encore aujourd’hui! »

 «Quand on a commencé, c’était vraiment la course à l’amertume. Tout le monde cherchait à faire la IPA avec le plus d’IBU possible…»

Francis et Sébastien ont vu le milieu se transformer depuis leurs débuts, d’abord en ce qui concerne les produits. « Quand on a commencé, c’était vraiment la course à l’amertume. Tout le monde cherchait à faire la IPA avec le plus d’IBU possible… Aujourd’hui, c’est beaucoup plus diversifié. Y a des nouveaux produits qui sortent chaque semaine dans tous les styles. »

La transformation, ils la constatent aussi chez le consommateur. « Il y a de plus en plus d’intérêt pour la bière artisanale et les gens connaissent de plus en plus ça. Quand on fait des dégustations dans les épiceries, le monde est au courant. Ils connaissent une couple de houblons, ils ont un vocabulaire un peu plus évolué pour parler des bières. Ce n’est plus juste une blonde, une rousse, une brune… »

Si plusieurs microbrasseries choisissent de se spécialiser dans un créneau particulier (bières sauvages, assemblages, classiques allemands…), Lagabière semble faire davantage figure de touche-à-tout. Mais quand on lui demande de nous décrire l’ADN de sa brasserie, Francis Laganière sait où il s’en va. « Notre force, c’est tout ce qui est houblonné. »

Évidemment, les frères Laganière explorent aussi d’autres styles. Mais quand ils le font, ils essaient toujours d’ajouter une touche différente à leurs produits. « Prends notre Apaisante : c’est une blanche, mais à la camomille. Avec l’abondance de l’offre sur le marché aujourd’hui, c’est important de ne pas sortir des produits qui ressemblent à ceux des autres. »

Notre appréciation

Blanche à la camomille

Alcool : 5 %

D’un jaune ambré et voilé surmonté d’une mousse blanche abondante mais fuyante, l’Apaisante présente des arômes herbeux, floraux, de blé et de banane verte. En bouche, la camomille se fait davantage sentir, accompagnée de saveurs rappelant les épices, le basilic et comme une impression de pâtisseries. En finale, c’est la tisane qui domine sur un fond légèrement sucré. Une belle alternative aux blanches classiques devenues trop familières.

Ta Meilleure : la naissance d’un classique

Si vous vous intéressez le moindrement au monde de la microbrasserie, vous savez que les amateurs n’en ont que pour les NEIPA (New England IPA) depuis environ deux ans. Et il y a aussi de fortes chances que vous sachiez que Ta Meilleure, la NEIPA de Lagabière, se situe dans le peloton de tête du style au Québec.

Ce succès est loin d’être le fruit du hasard, comme l’explique Francis Laganière. « Ta Meilleure, c’est une recette qu’on a vraiment travaillée longtemps. La première année, on l’a faite une cinquantaine de fois, d’une cinquantaine de manières différentes pour essayer des techniques, avoir plus de voile dans la bière, plus d’arômes, plus de goût… »

«La première année, on l’a faite une cinquantaine de fois, d’une cinquantaine de manières différentes pour essayer des techniques, avoir plus de voile dans la bière, plus d’arômes, plus de goût… »

Autre facteur important : le prix. À environ 4$ la canette, Ta Meilleure compte parmi les meilleurs rapports qualité-prix sur le marché présentement, un choix délibéré de la part de Lagabière. « Pour réussir à baisser nos coûts de production, on a signé un méchant gros contrat avec Yakima, notre fournisseur de houblon. C’était un gamble parce qu’on aurait pu se retrouver avec une montagne de houblon non utilisés à la fin de l’année. Mais comme Ta Meilleure a vraiment bien marché, on a pu baisser nos coûts de production et être compétitifs tout en offrant un produit de qualité. »

Finalement, Francis Laganière croit que la fraîcheur de sa bière a aussi son rôle à jouer. « Ce genre de bière-là a avantage à être consommé le plus frais possible. Et comme on est petits, on fait des plus petits brassins, ce qui nous force à en faire cinq, six, sept par semaine pour répondre à la demande. Donc nécessairement, la canette que tu vas acheter va être fraîche. Et en ayant un prix plus bas, ça se vend plus vite, les gens la boivent plus fraîche, ils ont une meilleure expérience et veulent en racheter. »

Notre appréciation

NEIPA

Alcool : 7 %

D’un doré voilé surmonté d’un généreux col d’un blanc cassé, Ta Meilleure présente de puissants arômes tropicaux (mangue, ananas) et d’agrumes (orange). En bouche, les fruits tropicaux demeurent, avec une franche amertume qui évoque le pamplemousse. Celle-ci s’étire dans une finale légèrement amère et très rafraichissante. Une NEIPA qui présente un équilibre qu’on retrouve trop peu dans le style au Québec.

Énarvante : en terrain inconnu

Avec le succès monstre de Ta Meilleure, Lagabière aurait facilement pu devenir un one hit wonder. Et pendant certain temps, c’était effectivement le cas. « L’été dernier, Ta Meilleure représentait 90% de notre production. On mettait toutes les autres de côté parce qu’on voulait la pousser le plus possible pour qu’elle devienne la bière de soif de tout le monde. Depuis qu’on a augmenté notre capacité de production, on doit être plus autour de 50%. »

Paradoxalement, c’est le succès de Ta Meilleure qui a permis à Lagabière de ne pas être que la brasserie d’une seule bière. Les revenus et la sécurité engendrés par leur NEIPA permet aux frères Laganière de se concentrer sur les nouveaux produits qu’ils veulent développer. « Sans Ta Meilleure, on n’aurait pas eu une croissance aussi rapide et ç’aurait été plus compliqué de se lancer dans d’autres projets qui nous font tripper. »

«Ça faisait au-dessus d’un an qu’on avait cette idée-là en tête. Quand tu vas dans un pub et qu’on te sert un stout au creamer, c’est dense, c’est onctueux, c’est crémeux. C’est pas du tout la même expérience que de boire la même bière en bouteille ou en canette.»

Cette liberté, les frères Laganière l’utilisent pour développer des produits comme l’Énarvante, un stout au café conditionné à l’azote qui a nécessité un long travail de recherche et développement. D’ailleurs, la plupart des spécialistes du milieu s’entendent pour dire que c’est la première bière du genre au Québec. « Ça faisait au-dessus d’un an qu’on avait cette idée-là en tête. Quand tu vas dans un pub et qu’on te sert un stout au creamer, c’est dense, c’est onctueux, c’est crémeux. C’est pas du tout la même expérience que de boire la même bière en bouteille ou en canette. »

Pour arriver à reproduire l’expérience à la maison, Lagabière a installé sur sa ligne d’encanettage un appareil qui injecte de l’azote liquide à la dernière seconde dans la canette. C’est ce qui donne l’effet cascade tant recherché. Et alors qu’on évite habituellement de brasser la bière pour éviter de s’éclabousser, Francis Laganière conseille exactement le contraire. « L’idéal avec l’Énarvante, c’est de brasser avant de servir pour que l’azote se dissoude dans le liquide. »

Cela dit, Lagabière travaille sur une nouvelle technique qui éviterait d’avoir à brasser la canette tout en procurant le même effet. En attendant, vous nous excuserez, mais on va aller s’en shaker une!

Notre appréciation

Stout au café

Alcool : 5,5 %

D’un noir opaque surmonté d’un col beige épais, dense et crémeux, l’Énarvante présente des notes prononcées de torréfaction, de chocolat amer et de noisettes. En bouche, l’amertume s’efface un peu derrière les saveurs de café au lait, de vanille et de tiramisu. L’amertume du café revient en finale, accompagnée d’un soupçon sucré. Une bière innovatrice à essayer absolument, ne serait-ce que pour la satisfaction de voir le col se former avec l’effet cascade.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Où est passé le tofu ?

Les entreprises n’étaient pas prêtes au réveil collectif.

Dans le même esprit