Microbrasserie du mois : Brasserie Dépareillée

La Brasserie Dépareillée en trois bières.

La mixologie, c’est out. Ce qui est dans le vent, c’est la bière de microbrasserie (et définitivement pas l’expression « dans le vent »). C’est pour ça qu’URBANIA a décidé de s’y intéresser en faisant des portraits de microbrasseries d’ici. Parce que de plus en plus de gens en parlent, mais aussi parce que c’est un bon prétexte pour boire sur la job.

Avec la multiplication des microbrasseries au Québec, il est de plus en plus important pour les nouveaux joueurs de trouver une manière de se différencier des autres. La toute jeune Brasserie Dépareillée, qui a ouvert ses portes en décembre 2017, l’a bien compris, avec ses bières atypiques qui ne ressemblent à rien de ce qui se fait sur le marché.

Discussion avec Raphaël Richard, cofondateur de la brasserie de Yamachiche.

Pépé : faire différent

C’est au Bistro-Brasserie Les Sœurs Grises à Montréal que Raphaël Richard et Martin Poirier se sont d’abord rencontrés. Le premier agissait en tant que directeur à la restauration, le deuxième comme maître-brasseur. Paradoxalement, c’est leur succès aux commandes de l’enseigne du Vieux-Montréal qui mènera éventuellement les deux complices à quitter le bateau. « C’était une grosse équipe. On trouvait que ça ne nous ressemblait plus et on avait envie de faire des trucs qui nous représentaient davantage. On a décidé de quitter pour démarrer notre propre projet. »

Mais tant qu’à repartir à neuf, il n’était pas question d’ouvrir une brasserie parmi tant d’autres. Raphaël Richard tenait à créer quelque chose de différent. « Martin et moi, on est deux anciens musiciens. Et les conventions, en bon québécois, ça nous fait chier! On a décidé de ne pas s’imposer de limites, de se donner le droit de changer d’idée, de faire les choses différemment. »

« Martin et moi, on est deux anciens musiciens. Et les conventions, en bon québécois, ça nous fait chier! »

Pas étonnant, alors, que l’entrepreneur ait du mal à nous répondre quand on lui demande de définir l’ADN de sa brasserie. « Notre ADN, c’est pratiquement de ne pas en avoir. On essaie d’être out of the box. Si les gens avancent tout droit, on va tourner à gauche ou à droite, on va zigzaguer. »

Vous ne trouverez donc jamais de styles classiques à la brasserie de Yamachiche : leur IPA régulière est faite avec du miel de fleurs de bleuets; leur ambrée contient de la cardamome; leur stout est élaboré à partir de seigle et de sarrasin.

Cette volonté de faire différent donne d’ailleurs des mots de tête à la brasserie quand vient le temps de se mesurer à ses pairs. « Quand on regarde pour s’inscrire à des concours, on se rend compte que nos produits ne fittent jamais exactement dans les catégories proposées. Mais on aime ça de même! On essaie de surprendre, ça fait partie de notre manière un peu loufoque de faire les choses. »

Et c’est comme ça depuis le tout début. La preuve? La Pépé, première bière sortie des cuves de la Brasserie Dépareillée, est une blonde aux cinq poivres sauvages. Faut croire que le pari fonctionne : elle est l’un des meilleurs vendeurs de la jeune enseigne depuis le jour 1.

Notre appréciation

Blonde aux cinq poivres sauvages | Alcool : 6 %

D’un doré profond voilé surmonté d’un col blanc cassé moyen à bonne tenue, la Pépé présente des arômes d’agrumes (citron, orange) et de malt, accompagnés des côtés épicé et floral des poivres. La bouche est assez fidèle au nez, avec une finale qui met l’accent sur le poivre etun soupçon de pêche. Une bière atypique qu’on aurait effectivement du mal à catégoriser!

Quintal Extra Brut : boire local

Quand on envisage d’ouvrir une brasserie, Yamachiche n’est probablement pas le premier endroit à nous venir en tête. C’est par un concours de circonstances que Raphaël Richard et Martin Poirier y sont atterris. « J’étais à Montréal, Martin était à Trois-Rivières. On voulait trouver un endroit entre les deux, mais sans toucher à une grande ville. »

C’est finalement un ancien garage de Yamachiche sur la route 138 qui leur est tombé dans l’œil. Un local de dimensions suffisantes pour installer leur équipement, sur un terrain assez grand pour éventuellement prendre de l’expansion sans devoir déménager. Et Raphaël Richard ne regrette pas son choix. « Ça aurait pu être ailleurs, honnêtement. Mais on a appris à découvrir Yamachiche. Les gens du coin sont tellement fiers, tout le monde veut aider et s’impliquer. On voulait ce sentiment d’appartenance-là. »

Même s’ils viennent du milieu de la restauration, les copropriétaires ont décidé de ne pas offrir de menu complet. D’abord pour vivre autre chose, mais aussi pour l’aspect convivial d’un salon de dégustation. « On est un “Apportez votre lunch”. On veut garder ça simple, s’amuser, être avec les gens. L’été, on a un beergarden. Tu peux apporter ta bouffe, y a un espace feu, tu peux même faire du barbecue. »

« On est un “Apportez votre lunch”. On veut garder ça simple, s’amuser, être avec les gens. »

Le côté communautaire et local se traduit aussi dans les ingrédients qu’on retrouve dans les bières Dépareillées. Raphaël et Martin essaient autant que possible de faire affaire avec des commerçants indépendants du coin. « On travaille beaucoup avec l’industrie maraîchère et les producteurs agricoles du Québec pour notre malt, notre sarrasin, notre miel… On cherche des matières premières issues de notre terroir local. »

La jeune brasserie commence également à expérimenter avec le vieillissement en barriques. Ici encore, pas question de faire comme tout le monde! Plutôt que le classique fût de bourbon, les brasseurs se sont tournés vers des alternatives moins courantes comme ceux de téquila ou de rhum.

Mais tant qu’à y être, pourquoi ne pas faire différent ET local? « On avait une volonté de travailler avec des vignerons du Québec. On a rencontré les gens du domaine Labranche en Montérégie. On s’est mis à utiliser leurs barriques pour vieillir nos bières. Y a pas longtemps, on en a lancé une qui a vieilli dans leurs barriques de vin d’érable. »

Ça tombe bien : on y a goûté.

Notre appréciation

Ale blonde | Alcool : 4,5 %

D’un doré cuivré surmonté d’un mince col blanc éphémère laissant un anneau de dentelle, la Quintal Extra Brut présente des arômes de raisin vert frais et d’eau d’érable, avec une pointe citronnée. La bouche est étonnante, assez différente du nez : céréales, épicée, florale, légèrement vineuse avec une pointe d’amertume houblonnée. La finale est très sèche et rafraîchissante, accompagnée d’un côté vineux et d’érable en rétro-olfaction.

(Comme c’est un brassin limité, elle peut être difficile à trouver. Mais vous trouverez plus facilement la Pépé vieillie en barrique d’Apéritif de feu, également du Domaine Labranche.)

Blanche du Magwa : démocratiser la bière

En plus de ses saveurs que l’on ne retrouve nulle part ailleurs, la Brasserie Dépareillée se démarque par ses étiquettes à la fois ludiques et épurées. « Comme on a tendance à sauter du coq à l’âne tout le temps, on les a mis sur notre logo! L’idée vient de Mélissa Lortie, une designer de Québec. C’est elle qui fait toutes nos étiquettes et qui met en images les idées absurdes et les noms de bières farfelus qui sortent de nos têtes. »

Mais ce qui différencie encore plus la Brasserie Dépareillée des autres (commencez-vous à voir une tendance?), c’est qu’elle propose des recettes de cocktails à faire à la maison avec chacun de ses produits. Gin-Pépé, Spicy Ninja, Black Fashioned… Autant de manières originales de mettre en valeur le précieux nectar qui sort des cuves de Yamachiche.

« Monique de 55 ans aussi a le droit d’aimer ça. Faut juste lui présenter d’une manière qui lui parle. »

Mélanger la bière avec sirops, jus et autres toniques ferait grincer des dents n’importe quel puriste du houblon. Pourtant, Raphaël Richard y voit une façon de démocratiser la bière. « Pendant un bout de temps, la bière artisanale faisait peur au monde. C’était accessible juste pour les beer geeks. Mais Monique de 55 ans aussi a le droit d’aimer ça. Faut juste lui présenter d’une manière qui lui parle, en allant au-delà des grands mots techniques et des sortes de houblons qui ne veulent pas dire grand-chose pour le commun des mortels. »

Parmi les cocktails les plus populaires proposés, il y a la sangria du Magwa, drink d’été par excellence concocté avec la Blanche du Magwa. « Y a des gens qui n’auraient jamais acheté cette bière-là pour la boire en apéro, mais qui vont l’acheter pour faire leur cocktail. Et peut-être qu’ils vont finir par l’essayer toute seule, éventuellement. Ça ouvre une porte. Ça démocratise la bière artisanale. »

La brasserie propose également des accords mets-bière sur son site web, autre manière différente de découvrir ses produits. Par exemple, la Blanche du Magwa serait exquise accompagnée d’un ceviche aux crevettes et pamplemousse ou de canard confit à l’orange.

Mais si ça vous ne dérange pas, on va commencer par la sangria.

Notre appréciation

Bière aux fraises, basilic et poivre noir | Alcool : 4,5 %

D’un jaune paille voilé surmonté d’un mince col blanc, la Blanche du Magwa présente les arômes typiques de blé et le côté épicé de la levure d’une bière blanche, en plus de subtiles effluves de fraise et de poivre. En bouche, les saveurs sont bien équilibrées: on retrouve à parts égales la fraise, la céréale, le basilic et le poivre. La finale, très rafraîchissante, tend davantage vers la fraise et le basilic. Une vraie bière de terrasse!

En version sangria (recette ici), c’est comme si toutes les saveurs de la bière avaient été amplifiées. C’est définitivement plus sucré (l’ajout de rhum, de jus de pomme grenade et de sirop simple y sont certainement pour quelque chose) et citronné (la recette contient du jus de citron et du soda au citron), mais tout aussi rafraîchissant. Une façon différente, mais pas moins agréable d’apprécier la bière.

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