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L’heure a sonné pour les grosses banques de dépoussiérer leurs bannières arc-en-ciel en mode : « Yo, les gais! On est inclusifs! On est down de profiter de vous aussi! Avec le code UHAUL10 obtenez 10 % de rabais sur votre marge de crédit :) ».
Voici donc, en l’honneur du Mois de la Fierté, 5 achats lesbiens dont je suis fière, et 5 dont je le suis vraiment moins.
1. Le magazine LSTW avec Marie-Philip Poulin et Laura Stacey en couverture
Il trône sur ma table à café et est la première chose qu’on voit en entrant chez moi. Je me le suis procuré le soir du lancement de cette édition.
Bar de lesbienne oblige, c’est en me frayant un chemin parmi mes ex-fréquentations pour aller aux toilettes que j’ai effleuré le bras de Laura Stacey. La définition de son bicep m’a déboussolée, je me suis perdue dedans. Elle m’a regardée, visiblement perplexe. J’ai figé, bouche entrouverte, le corps visiblement secoué. Perdue dans ses muscles, ses bras me transportaient ailleurs : où est mon passeport? Vais-je mourir seule? Est-ce que je pue?
J’ai très chaud en écrivant ces lignes.
2. Ma Subaru Impreza
C’est fini Communauto! Vroom vroom, les pauvres, j’ai maintenant une Subaru Impreza : ma subagouine, ma lesbaru, mon premier char, ma perle. Je me sens revivre au volant de cet emblème lesbien. J’ai récemment appris (à 29 ans) à mettre du windshield washer dans la tank du devant de l’auto, et je me sens mâle, virile, prête à parcourir le monde et peut-être même le parc national du Mont-Saint-Bruno.
L’opération séduction de Subaru auprès des conductrices lesbiennes a commencé au début des années 1990 et, 36 ans plus tard, ça marche toujours.
3. Mon gros mousqueton de marque Petzl orange brûlé
Ici, je parle bien d’un vrai de vrai mousqueton d’escalade. Pas la version mignonne qui tient sur des jeans, mais bien la version heavy duty.
4. Un week-end spontané en camping sur l’île de Vancouver avec une fille que j’ai rencontrée la veille
À l’été 2021, j’ai travaillé à Vancouver et j’ai eu une date Tinder avec une inconnue. On a mangé du gâteau sur la plage et, entre deux bouchées, elle m’a dit : « On devrait aller surfer à Tofino ».
On a réservé un terrain de camping, et le lendemain, on embarquait sur le traversier à bord de la Honda de sa mère. C’est l’un des plus beaux voyages de ma vie, même si on ne s’est jamais revues par la suite.
Un coup de tête dont mes amies hétérosexuelles sont jalouses : pour elles, camper avec un inconnu sur une île, c’est assez risqué niveau « rester en vie ». Parce que honnêtement, le pire qui aurait pu m’arriver, c’est que ma date me révèle encore habiter avec son ex (arrêtez de faire ça, svp).
5. Des saucisses véganes de chez William J. Walter Saucissier
Je me vois déjà débarquer avec mon barbecue portatif dans un parc de la Sépaq. Attention, daddy’s home et s’apprête à déguster de bonnes saucisses véganes d’un artisan saucissier sur le grill.
Je croyais ne pas aimer les saucisses véganes, mais j’avais juste pas trouvé la bonne. Même mon père n’y a vu que du feu et s’est exclamé au moins 6 fois : « C’est pas végane ça, ça goûte bon! »
Elles ne sont pas données, on parle de 7, 8 $ chacune. Je les réserve donc pour des occasions spéciales, ou quand j’ai une mauvaise journée. Une petite merguez végane, ça me remonte toujours le moral.
1. Un abonnement payant à Co-Star
Pour les non-lesbiennes, Co-Star est une application d’astrologie. Je vous laisse une seconde pour deviner ce qui m’a poussée à payer pour cette cochonnerie générée par l’IA. Oui, c’est une fille que je trouvais belle.
J’ai donc téléchargé l’application pour pouvoir l’ajouter, et éventuellement, je suis tombée dans le piège et j’ai payé l’abonnement premium pour « voir notre rapport complet de compatibilité ». Je ne me rappelle même pas ce que ça disait et j’ai complètement oublié de me désabonner.
Quatre ans plus tard, j’ai réalisé que je payais 14,99 $ chaque mois, et ce, depuis quatre ans. Bye bye à ce 719,52 $.
2. Une chemise oversized Dickies
Je n’ai aucun problème avec les amateurices de chemises Dickies. J’ai justement acheté la mienne parce que je me suis dit : « C’est tellement beau, ça fait liberté estivale ». Avec ma nouvelle chemise, je pensais avoir l’air d’une prof de cégep queer qui donne un cours sur le cinéma iranien à des étudiants en sarouels.
Finalement, j’avais juste perpétuellement l’air de déambuler en jaquette d’hôpital, fraîchement sortie d’une opération pour me faire enlever l’appendice. Les bouts amples étaient trop amples, et le col réussissait quand même à être trop serré.
J’ai bien tenté de sauver ladite chemise en la démembrant avec mes petits ciseaux de merde. C’était encore plus laid.
3. Une guitare achetée après avoir écouté une seule chanson de Phoebe Bridgers
Ma belle, t’as pas touché à ton ukulele acheté en 2011, pourquoi tu penses maintenant arriver à maîtriser un instrument encore plus gros et compliqué?
À ma première écoute du EP de Boygenius, j’ai paniqué. J’étais persuadée que la guitare ferait de moi une femme fragile, énigmatique et complexe. La détresse fulgurante qui m’habite lorsque je vois Phoebe Bridgers me rend financièrement dupe et me transforme en lesbienne irresponsable, prête à acheter n’importe quoi pour me rapprocher spirituellement de cette icône de la chanson triste.
4. Un stick and poke d’une fréquentation dans Rosemont
Yasmina du passé, je sais que tu es charmée par la démarche artistique singulière de cette DJ émergente, mais ne la laisse pas te tatouer une fougère « juste pour être fine ».
Ça s’est infecté. Techniquement, c’est pas une dépense parce qu’elle me l’a fait gratuitement, mais les produits pour gérer l’infection ont coûté 75 $ au Jean Coutu.
5. Du vin nature dans une buvette de Villeray
Je voulais tellement impressionner la sommelière. Mais pas dans le sens que je voulais bien paraître.
Non.
Peut-être que Pierre-Yves McSween trouverait mes dépenses irresponsables. Mais est-ce que Pierre-Yves McSween a déjà mangé du gâteau sur une plage avant de partir surfer à Tofino avec une belle inconnue? Je pense pas. Dommage pour lui.
Je me rappelle encore du jour où je suis entrée chez La Cordée pour le choisir. Il était là, perché parmi d’autres couleurs qui ne lui arrivaient même pas à la cheville. Il se barre, il est gros, il prend de la place, il est irrévérencieux. J’y accroche tout : souliers de course, d’escalade, thermos de 2 litres, casquette, crème solaire, pain aux noix… Ça a aussi ses désavantages : je passe mon temps à accrocher tout le monde dans le métro avec mon bazar ambulant (sorry), mais c’est mon ancrage, mon idylle, et il m’a seulement coûté 19,99 $.
Moi, je voulais qu’elle me regarde et qu’elle pense : « Ça, c’est une bonne petite lesbienne ». Ou qu’elle aille voir son boss pour lui dire : « Tu vois la lesbienne là-bas? Elle a bien commandé son vin. Je pense qu’on devrait lui dire que c’est la meilleure lesbienne du bar en ce moment. On devrait lui donner un cadeau, peut-être un tote bag rare. Elle fait rayonner notre communauté. » De loin, j’aurais fait un petit hochement de tête et un sourire gêné en attendant mon présent.