Ils mangent quoi les gens qui ont du bacon ?

Les riches des riches — ceux dont les montants dans les comptes de banque se rapprochent de la grosseur de l’univers infiniment grand qui prend de l’expansion dans le néant — sont des junkies de la rareté. Pas “l’édition limitée” : la rareté. Celle qui nécessite que l’on fasse des choses incompréhensibles pour s’en procurer. Les riches des riches fonctionnent selon le même principe qu’une gang d’adolescents : c’est pas parce que ça fait du sens que j’en veux, c’est parce que ça confirme mon statut.

Pour accéder à ces luxes, les riches payent des gens pour faire des trucs weirds et vraiment pas catholiques.

Parce que les riches délèguent, c’est connu. Sinon ils ne seraient pas riches.

Pour avoir de la bouffe de riches, il faut :

GAVER des canards jusqu’à la mort pour manger leur foie. (Qui contribuera à créer chez l’humain qui en mange trop un phénomène humain qu’on appelle “fatty liver“, ou la stéatose hépatique non alcoolique, en français. It’s the circle of life.)

MASSER des fesses de vaches élevées dans la plaine idyllique japonaise de Hyogo au saké pour avoir des steaks de wagyu bien tendres. (Tu croyais que ta journée à répondre à des mails n’était pas facile? Il y a quelqu’un au Japon qui enduit les fesses d’une vache d’alcool. De rien pour le petit boost.)

COURIR les mers agitées avec des immenses filets à la quête d’œufs d’esturgeon, ceux du huso huso (ou grand esturgeon) de préférence, les meilleurs au monde. (Ça doit prendre un fin palais et un oeil de lynx pour distinguer les oeufs des différentes espèces d’esturgeon. Respect)

GRIMPER les arbres pour recueillir les nids de bave (!) d’une espèce de martinet. (Et faire de la soupe avec. Je n’ai rien à ajouter.)

TUER ET ÉMASCULER des animaux reconnus pour leur virilitécomme les tigres et les buffles. Cause à effet : s’ils sont aussi mâles, leur pénis et leurs testicules ne peuvent que permettre à ceux qui les massacrent de l’être tout autant. (L’ironie quand on y pense. D’un côté : tuer des animaux, fucker l’écosystème, manger leur pénis et penser qu’on deviendra davantage Homme. De l’autre : manger des pénis d’hommes en érection, heureux et consentants et se faire étiqueter d’efféminé, tout en risquant même la peine de mort dans certains pays. Same same, but different.)

Les riches, ils se battent aussi pour un champignon magique qui a l’air d’une ITS (la truffe), gaspillent leur champagne pour faire mariner leur saumon, crachent des vins qui ont siesté depuis des décennies et avalent des mollusques morveux et vivants (les huîtres), entre autres choses.

FUN FACT : Il semble que même notre palais soit fancy et qu’on aurait tendance à penser qu’un repas est meilleur au goût s’il est cher.

On aime tellement l’argent qu’il nous corrompt, des mœurs aux papilles.

Une journée dans l’assiette d’un riche :

Au petit-déj, un smoothie à 200 $ : Buzzfeed avait fait tout un tollé en calculant le prix d’une mixture matinale de Gwyneth que l’auteur évaluait à plusieurs centaines de dollars. La poudre de perlimpinpin qu’elle ajoute faite à base de champignons médicinaux n’est certainement pas à la portée de tous les amateurs.

Une salade repas biologique : un chou-fleur à 8 $, saupoudré de persil à 4 $ sur un lit de jeunes pousses à 7,49 $. Le tout accompagné d’une poitrine de poulet grillée à 11 $ et d’un verre de vin nature à 35 $.

Des noix biologiques et équitables : à 10 $ le sac de cajous, on s’entend que ça prend au minimum des REER pour en manger quelques pelletées.

Un p’tit fast-food su’l fly : l’argent n’achète pas l’éthique, la morale et le goût, mais facilite peut-être l’accès au triple pontage aux USA. Entre les Kardashian/West qui capotent sur le McDo, Rihanna qui ne mangerait que des hamburgers et Véro qui ne cache pas son amour pour la poutine, on peut se dire que le vite fait, mal fait a la cote chez tous les riches du monde.

SAUF chez Gwyneth. Vous avez plus de chance de la surprendre en train de fumer du crack  que de la pogner les deux mains dans une conserve de fromage. Chacun ses vices. Jugez pas.

Tu te dis : je ne suis peut-être pas Céline Dion, mais je peux me permettre tout ça!

Alors tu n’es peut-être pas riche comme le Prince Charles II qui parfumait ses œufs au vomi de baleine, mais tu fais partie des privilégiés de la société.

Et pour ça, tu as beaucoup de chance.

Pour lire une autre chronique d’Anne-Marie Archambault : “Les (esties d’) smoothies”

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