Magnotta, premier contact

Sur la rouge, au coin de Saint-Antoine pis Saint-Laurent, le shuffle de mon iPod m’a garroché le thème du film Cannibal Holocaust, comme ça, par hasard, juste de même. Mais pourtant, ce matin-là, je n’avais pas rendez-vous avec le Canadian Psycho.

— J’écris pour Urbania.

— Ah oké. Donc t’es là pour on-sait-qui, m’a lancé Christiane Desjardins.

J’étais effectivement là pour on-sait-qui, c’est-à-dire Gab Roy. Il devait comparaître pour les accusations d’incitation au contact sexuel, leurre pis contact sexuel sur une mineure qui pesaient contre lui.

J’étais là pour Gab Roy, mais je n’étais pas là pour le planter platement sur le site d’Urbania; je n’écris pas cette chronique pour la vindicte. J’étais là pour voir dans quel état était la créature.

Malheureusement, autour de onze heures, nous avons appris que la cause était reportée au neuf octobre pis que la créature ne nous honorerait pas de sa présence, logiquement. Nous avons aussi appris qu’il pourrait désormais fréquenter les parcs (logiquement itou), mais ça, c’était juste de la bullshit pour faire frémir les niaiseux sur les réseaux sociaux.

Comme les journalistes pis les photographes qui faisaient le pied de grue depuis deux heures, je l’avais un peu à travers la gorge. Shit, j’allais quand même pas me taper encore des comparutions de crottés pis de morons pour trouver de quoi à écrire !?

— Magnotta est au 5.01, a dit Christiane Desjardins.

J’ai senti mes jambes ramollir, mes lobes d’oreilles se gorger de chaleur, mes yeux se mouiller. Pis je suis monté au cinquième étage en m’imaginant le monstre de toutes sortes de manières. Avait-il des yeux de chats comme on le racontait dans certains cercles d’initiés ? Son sourire narquois était-il loadé de dents si affilées ? Dégageait-il le parfum âcre de la mort ? Allait-il m’envoûter plus que je ne l’étais déjà ?

Je suis entré dans la salle d’audience 5.01 couvert de sueur, une sueur épaisse et visqueuse, une sorte de deuxième peau, un bouclier probablement. Je me suis effondré sur le dernier siège disponible, j’ai ouvert mon Moleskine, j’ai sorti mon stylo pis j’ai levé les yeux.

À une douzaine de pieds de moi, dans une cage de verre, comme le candidat idéal à l’émission épaisse de Jean Airoldi, un gros Magnotta méconnaissable semblait écouter distraitement les requêtes de son avocat.

La salle d’audience 5.01, comme toutes les autres salles d’audiences du Palais de justice de Montréal que j’avais pu visiter jusqu’à présent, était beige et grise pis éclairée froidement par des néons. On était loin des boiseries, de la majesté et d’une sorte de glamour véhiculées par Hollywood. Magnotta, dans son fantasme mégalomaniaque, devait bien, à chaque seconde qui passait, pogner un hostie de down. C’est ce que je m’imaginais sur le coup.

Mais non. La réalité était différente.

Comme on le sait tous, Magnotta a plaidé non coupable. J’ai d’abord cru, naïvement, qu’il faisait ça pour le show. J’ai pensé que le monstre voulait se la jouer Dahmer (du pauvre) pis faire un spectacle avec son horrible crime. Mais quand je l’ai vu là, enflé dans sa cage, mon pronostic a changé.

Magnotta est un schizophrène paranoïaque, il plaidera donc la folie assurément. Son procès ne sera pas très long, pis, après ça, il va aller pourrir au sixième sous-sol de l’institut Philippe-Pinel dans une cage de verre de trois pouces d’épais pareille comme celle d’Hannibal Lecter. Aucun kit du Simons choisi par Jean Airoldi ne sera capable de nous faire oublier que ce détraqué a tué sauvagement Jun Lin en mai 2012.

Illustration: MHP

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