Germain Barre

URBANUIT : Ma première fois dans un « sex party »

Récit d’une soirée surprenante que j’ai passée nue-boules.

URBANUIT, c’est comme le Bleu Nuit de vos premières hormones : à l’heure où les enfants sont (censés) être couchés, on vous présente du contenu pop-sexu sans filtre, non-brouillé, sans pénis croches ou nounes vertes. N’ayez plus peur de monter le son! 

Cette semaine, une collaboratrice-mystère nous offre le récit d’un party pour le moins éclaté.

J’ai un nouveau chum. Il est sweet, généreux et beau AF. Il a aussi un ami qui organise des sex party privés chez lui, auxquels il participe de temps en temps.

En fait, ce sont pas des sex party à proprement parler. Mon chum a toujours eu de la difficulté à nommer ce genre de soirée. Son ami appelle ça des party « Toute se peut ». Et dans « toute » sont incluses beaucoup de nuances de sexualité.

De toute façon, si vous tapez « sex party » dans Pornhub, je vous assure que les résultats de recherche ne correspondent pas DU TOUT à ce que j’ai vécu.

Je me suis toujours considérée ouverte et curieuse en matière de sexualité, mais dans la pratique, je suis plutôt sobre. Je suis une créature d’habitudes.

J’ai un nouveau chum. Il est sweet, généreux et beau AF. Il a aussi un ami qui organise des sex party privés chez lui, auxquels il participe de temps en temps.

Mais sachant que ce genre d’activité faisait partie du mode de vie de mon nouveau chum et que j’étais curieuse de vivre cette expérience, j’ai décidé de l’accompagner à une de ces soirées, à l’invitation de son ami que je vais appeler Guillaume*.

Faut dire que Jérôme, mon chum, m’avait très bien vendu l’idée. Il parlait de l’appartement de Guillaume (là où se déroulent les party) comme d’un endroit chaleureux, des invités comme étant gentils et issus de toutes sortes de domaines comme la porno ou le burlesque.

Il me parlait de l’impératif de laisser son téléphone à l’entrée, pour garantir discrétion et anonymat et surtout, il me parlait de la présence constante du consentement, de la communication et de l’éducation. Bref, ça m’avait l’air d’un safe space où les gens étaient libres d’exprimer sainement diverses facettes de leur sexualité. Et je trouvais ça DONC BEN nice.

Sous la tente berbère

C’est donc avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que je suis débarquée du taxi devant un joli triplex d’Hochelaga-Maisonneuve, vêtue d’une jupe courte noire et d’un top semi-transparent-pas-d’brassière (je voulais montrer dès le départ que j’étais contente de participer… ok, c’est un drôle de message à envoyer en montrant ses mamelons, mais je pense que tout le monde a compris).

Guillaume avait installé dans sa cour un genre de grosse tente berbère en toile avec plein de coussins et de tapis. À l’intérieur de l’appartement, un grand 6 et demi, plusieurs pièces étaient décorées et prêtes à accueillir les gens qui auraient voulu un (tout petit) peu d’intimité.

Il était près de 22h, alors la dizaine d’invités étaient assis en rond sur les coussins et buvaient leur bière/cocktail/Four Loko (eh oui, une belle variété de substances ont été consommées, mais avec prudence et modération). Ça nous a permis de faire connaissance et de blaguer un peu, question de nous détendre et nous mettre à l’aise.

Boules o’clock

Puis, dès que minuit a sonné, Guillaume s’est exclamé « Il est boules o’clock! », signifiant que désormais, ceux qui souhaitent se dévêtir, se rapprocher ou plus encore, étaient libres de le faire.

Les choses se sont déroulées de façon très lente, très naturellement. Personne ne s’est dépêché d’enlever son top, même si je fus celle qui l’a enlevé en premier. Ben quoi? Ça fait presque deux ans que je ne porte plus de soutien-gorge. Rendue là, autant se promener en boules. Mon geste fut célébré et acclamé, mais pas dans le sens « Héhéhé, des beaux totons à mater ». On applaudissait plutôt ma «game-itude», sachant que j’étais totalement néophyte. Il y avait quelque chose de très agréable, bien qu’ironique, à me promener seins nus devant des inconnus, sans me faire érotiser, alors même que j’assistais à un évènement où j’aurais pu m’attendre à l’être.

Personne ne s’est dépêché d’enlever son top, même si je fus celle qui l’a enlevé en premier. Ben quoi? Ça fait presque deux ans que je ne porte plus de soutien-gorge. Rendue là, autant se promener en boules.

Tout doucement, à travers la pénombre de la tente, je commence à voir des gens se masser le dos, se caresser les bras et les jambes. Un jeune homme s’approche de Jérôme (qui venait tout juste de prendre une capsule de MDMA) et se met à lui flatter le dos. « C’est ok si je fais ça? » lui demande-t-il. « Oui, oui » de répondre mon chum (FYI, Jérôme est queer). Le jeune homme se tourne vers moi : « C’est ok pour toi? » me demande-t-il. « Ben oui, pas d’trouble », que je réponds, reconnaissante d’être considérée. Je les regarde se flatter le dos, se coller en étreinte serrée. C’est doux, c’est beau. Je suis contente pour mon chum.

Service à la clientèle et fessée sympathique

Un peu plus tard, alors que les effets des quelques bières et du cannabis que j’ai consommés commencent à m’endormir, Jérôme me dit « Si tu veux, je sais comment te réveiller » avec un regard significatif. J’ouvre grand les yeux : « Ah ouais? OK, alors! Go! » On sort de la tente et on entre dans l’appart, à la recherche d’une pièce libre. On en trouve une avec un lit. Cool!

ll y a Lily-Rose, une amie de Jérôme, qui se trouve debout, les poignets attachés au dessus de sa tête à un des poteaux de la tente, tandis que sa blonde lui donne une fessée à l’aide d’un genre de tapette à mouche en cuir, garnie de studs.

On sort un condom et on fourre en riant, un peu trop vite parce que quand même un peu stressés de se faire surprendre, ce qui ne manqua pas d’arriver. En effet, on a entendu des pas qui s’approchaient et j’ai vu une main apparaître entre les deux rideaux qui fermaient la pièce, main qui a balancé un petit panier rempli de condoms, de sachets de lube et de gants chirurgicaux. L’équivalent des chocolats sur l’oreiller dans un hôtel. Un service à la clientèle efficace, quoi.

On retourne dans la tente. Certaines personnes ont disparues, parties faire on ne sait quoi. Il y a Lily-Rose, une amie de Jérôme, qui se trouve debout, les poignets attachés au dessus de sa tête à un des poteaux de la tente, tandis que sa blonde lui donne une fessée à l’aide d’un genre de tapette à mouche en cuir, garnie de studs. Elles sont plongées dans leur jeu. Les gens sont assis autour d’elles et parlent entre eux en se caressant.

Electric Youth

Un des trucs les plus fascinants que j’ai vus dans ma soirée a été le kit d’électrocution. D’un coffret, Émilie, la blonde de Lily-Rose, sort un manche auquel elle installe une baguette qui s’allume une fois branchée. Elle règle le niveau d’intensité à low et commence doucement à caresser la jambe de Lily avec.

Tout le monde regarde et est fasciné. Certains demandent à essayer. Émilie change alors de baguette et en choisit une se terminant par un petit crochet. Elle le passe sur les jambes et les bras des volontaires.

Guillaume ne semble pas trop souffrir, jusqu’au moment où Émilie atteint ses testicules. Ses grognements nous font tous éclater de rire.

Tout à coup, notre hôte Guillaume surgit dans la tente, vêtu uniquement d’une paire de bobettes en cuir à studs et de chaps en cuir. Se balançant à deux mains après un poteau de tente, il tend son bassin à Émilie. Les gens murmurent un « ooooh » inquiet et regardent avec un mélange de peur et d’amusement pendant qu’Émilie effleure de sa baguette électrique la fourche de cuir.

Guillaume ne semble pas trop souffrir, jusqu’au moment où Émilie atteint ses testicules. Ses grognements nous font tous éclater de rire. « Drôle de sex party; j’ai plutôt l’impression de regarder Jackass » que je me dis, ravie de voir à quel point l’atmosphère change d’une demi-heure à l’autre.

Puis, petit à petit, je commence à me sentir un peu «overwhelmée». C’est peut-être le pot, ou l’alcool, ou juste que ce fut beaucoup de nouveautés pour une grande anxieuse comme moi, mais je ne me sens pas bien tout d’un coup. Je m’éclipse discrètement pour aller m’asseoir en avant de l’appart, dans les escaliers, question de prendre un peu d’air. Jérôme me rejoint et décide de revenir en taxi avec moi.

Pendant qu’il récupère ses effets à l’intérieur, Guillaume, en hôte parfait jusqu’au bout, s’occupe de me divertir afin de diminuer mon anxiété. Son truc? Il me fait son imitation de Yoda façon Puppetry of the Penis, à l’aide de sa peau de testicule. Je pleure de rire. Sa job est faite.

Épilogue

Quelques jours plus tard, j’écris à Guillaume pour lui demander depuis quand il organise des party comme ça. Il me répond que ça fait environ deux ans qu’il fait ça chez lui, mais qu’avant il travaillait au privé et en organisait de beaucoup plus gros.

Comme je ne savais pas comment appeler ce genre de soirée, je lui demande pourquoi il a décidé d’appeler ça des party «Toute se peut» plutôt que des sex partys.

« Je n’appellerais pas ça des sex partys, des partys BDSM, échangistes ou même fétiches », m’écrit-il.

« Je dis souvent que ce sont des partys toute-se-peut! Des partys homosympathiques où il y a un thème suggéré respecté par une majorité et où des invités ouverts se laissent aller sans se faire juger, dans un environnement sécuritaire. Je fais appel à la générosité de chacun, les personnes présentes sont sexy et willing mais on ne sait jamais comment ça va virer. Y’a souvent de la nudité c’est vrai et exhibitionnistes comme voyeurs y trouvent leur compte mais c’est pas garanti que la vibe va être celle-là… Quoique… »

Je lui demande aussi ce qu’il aime le plus dans ses party. Il me répond :

« […] c’est que je peux y faire ce que je veux même si je reçois. Je peux me lancer dans une longue discussion avec deux convives, regarder une fille prendre sa douche, me faire mordre une fesse, chercher de la corde et du lube pour une invitée… Et avoir tout plein de fun à jeun et apprendre à connaître réellement des gens dans toute leur vulnérabilité. Dans n’importe quel autre contexte social c’est ASV… Où travailles-tu? C’est quoi ta voiture? Etc. Là, j’ai des invités dont j’ignore parfois le vrai nom mais dont je connais les rêves, le film italien préféré et que j’ai regardé se faire faire un lavement.

J’ai des invités dont j’ignore parfois le vrai nom mais dont je connais les rêves, le film italien préféré et que j’ai regardé se faire faire un lavement.

C’est weird, mais autrement plus pertinent et des personnes généreuses et profondément intéressées peuvent arriver à ce genre de partage. Mais ça prend aussi un contexte particulier. Déjà, laisser son téléphone et ses inhibitions au vestiaire c’est pas tout le monde qui peut le faire, tristement. Et y a ceux qui n’osent jamais venir même si invités. »

Certes, j’ai pas été assez game de me faire faire un lavement, mais j’ai découvert que j’étais tout de même beaucoup plus aventureuse que je ne le croyais. J’ai aussi découvert un fantastique groupe de personnes libres, décomplexées, respectueuses et accueillantes.

Il y a tellement de douchebags qui perpétuent la culture du viol en affirmant que le consentement ça gâche le moment, ou ça ne fait pas naturel. J’aimerais beaucoup les inviter à une soirée « Toute se peut » et leur montrer qu’avec le consentement, la communication et le respect, on peut explorer des facettes de notre sexualité dont on ne soupçonnait pas l’existence.

*J’ai changé tous les prénoms parce que han.

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