Inès Steinmetzer

Ma première fois au Bal en blanc

C’est l’histoire d’une fille qui ne se trouve vraiment pas dans le public cible du Bal en blanc, mais qui a décidé d’y aller dans le but de se faire convertir.

Récit d’une transformation.

Joke. Pour vrai je voulais juste y aller pour le lol parce que mon chum y travaillait et que mon cousin y allait avec ses amis. Je me suis dit que ce serait sans doute plus drôle que de passer Pâques toute seule.

Il faut savoir que je ne suis vraiment pas une fan de musique techno ou deep-machin-chose. Je ne m’y connais pas du tout. Je ne connaissais aucun des DJs sur le line-up. Je n’avais non plus aucune idée de ce à quoi ça ressemble comme événement de l’intérieur. Les seules images que j’avais en tête provenaient d’albums photo de blogues qui ne m’ont pas aidé à me faire une image positive du Bal en blanc par le passé. J’avais donc beaucoup de préjugés du genre : “Le Bal en blanc c’est un rave de douchebags.”

Sans vouloir voler le punch, je vais vous raconter ma soirée, pendant laquelle j’ai eu du vrai fun tout en faisant tomber la plupart de mes préjugés, et tout ça ma foi, avant que ça vire en épisode de Survivor.

Le outfit

C’est bien connu, au Bal en blanc, les gens se donnent dans l’accoutrement. Costumes, ensembles pensés depuis des semaines, tenues légères et sexy, peintures corporelles, name it! J’avais beaucoup d’options pour m’inspirer. Sauf que je suis vraiment vedge et je m’y suis prise à la dernière minute. Dernière minute comme dans le jour même, comme dans dimanche de Pâques, comme dans magasins fermés. Oups!

J’ai donc lancé un appel désespéré sur Facebook. Honnêtement, à part un vieux cropped top trop petit et ma robe de chambre avec un cupcake dans le dos écrit “Candy” dessus, j’avais rien de blanc. Mais j’ai trouvé! Merci aux amies venues à ma rescousse. Je pouvais maintenant aller rejoindre ma gang pour le predrink.

Le pèlerinage

On était plusieurs, l’option du taxi ne faisait pas l’unanimité donc nous nous sommes rendus en métro. J’ai trouvé que ça avait une dimension un peu spirituelle, comme un pèlerinage. On est tous habillés de blanc, on est dans l’attente de vivre une soirée inoubliable, on est excités, on croise d’autres personnes habillées en blanc. On se regarde et on se comprend. (J’avais un peu peur de croiser des gens que je connais pour tout vous dire.) C’était beau et ça donnait un sentiment de faire partie d’un clan spécial. Le clan de Jésus qui ressuscite et qui nous attend downtown pour la grande communion.

Sauf que c’est pas des osties que les disciples se mettent sur la langue.

Good vibes only

C’est ce que disait l’insigne lumineux qui accueillait ceux qui passaient par l’entrée VIP et média. Et ça donnait le ton! Les premières minutes que j’ai passées à l’intérieur m’ont permis de voir des gens allumés et franchement ravis d’être là.

Tout le monde dansait
Tout le monde flippait
Tout le monde s’aimait
Tout le monde buvait
Tout le monde fumait du pot du pot du pot du pot

-LQJR song

Le monde avait du fun pis c’était le fun à voir. Ça m’a mis de bonne humeur. La musique était intensément forte et ça m’a donné du pep. J’étais primée! Ma gang pour la soirée était passée par l’entrée principale, j’allais sans doute les croiser plus tard. Je suis donc partie en exploration.

Voici la chronologie de ma soirée :

12:30

J’assiste à une performance d’acrobates. Les images filmées sont projetées sur les écrans de la scène principale et mystifient les gens. J’ai oublié mes bouchons pour les oreilles. J’ai mal. Mais le dernier acrobate jongle avec de la bouette donc ça me distrait.

1:00

Mon chum a fini de travailler. Il m’apporte mes bouchons. Je l’aime.

1:30

Il y a des tipis et des capteurs de rêves géants. Je croise des dudes avec des coiffes amérindiennes. Je suis découragée de la vie et je me demande comment ça se fait qu’en 2016 un événement d’envergure s’approprie encore les codes culturels amérindiens pour faire le party. Le thème de la soirée était “Hippie chic”. Je pense qu’ils ont vraiment rien compris.

2:00

La désillusion.

Eille, j’avais lu les règlements sur le site web du Bal en blanc avant de venir. J’ai aussi lu qu’être VIP donnait accès à des toilettes et des espaces réservés, des rafraîchissements, des fruits et des collations. MAIS ON M’A VENDU DU RÊVE. Après avoir fait le tour de toutes les zones VIP de la place, j’en suis arrivée à la conclusion que ça donne rien pantoute de l’être. Où sont les fruits qu’on m’a promis!? Je suis déçue. Je mange un wrap au thon.

2:15

Tourisme.

Je suis tentée d’aller me faire masser dans le dôme. 2$ la minute ou 20$ pour 15 minutes. Bof, bon plan pour pogner un down.

Je fais ensuite semblant de m’intéresser au “container de débuzz”, ou le lounge prévu pour les gens qui font un badtrip. Parce que oui, beaucoup consomment au Bal en Blanc. Les fouilles méticuleuses aux entrées et la présence de policiers ne réussissent pas je crois, à décourager les party goers de renoncer à entrer avec des substances illicites. L’organisation de l’événement est d’ailleurs assez lucide pour le comprendre et la présence d’un organisme comme Grip (Groupe de recherche et d’intervention psychosociale) sur les lieux est un bel effort pour tenter de sensibiliser et d’éduquer les gens qui consomment. Le lounge en question était d’ailleurs installé à leur kiosque et les gens qui s’en occupaient m’avaient l’air gentils et très accueillants.

Pour finir le tour des attractions, j’écris un message sur une murale et je note les plus le fun en passant.

Shout out à ceux-ci :

“Ma blonde c’est un roman”

“Vaginite”

et

“Où est la piscine?!?!”

2:30

Je prends mon premier drink. J’ai toffé à jeun jusque là, mais j’ai besoin d’un petit remontant. Je rejoins mon cousin et je commence à avoir le goût de danser.

Je pogne le beat, yes!

Le début de la fin

3:00

Encore au Bal! Still strong! Je danse, mais je sens que quelque chose cloche. J’ai un mauvais pressentiment.

3:30

J’ai la confirmation que mon instinct ne me jouait pas de tours. Je réalise avec angoisse que j’ai une urgence.

Je suis MENSTRUE. Ok je savais que ça s’en venait, j’avais prévu la patente. J’avais apporté les choses appropriées. J’étais organisée. Mais je pense que j’étais pas préparée à subir les effets de la BASSE sur mon utérus. J’ai manqué de ressources à mi-parcours. Et là, je vous le dis, c’est à ce moment que j’ai compris que les toilettes VIP n’offraient rien de plus que les toilettes normales.

Les filles vargent dans les portes pareil pis toi t’es là à stresser parce que t’as pu de tampons pis que la jupe d’un blanc immaculé que tu portes est empruntée et tu te fous vraiment des lamentations de la fille qui chigne qu’elle est en train de perdre ses maudites postiches. Tu es livrée à toi-même et c’est un enfer.

4:00

Je suis une femme forte et indépendante. Je survis à l’épreuve, je trouve le titre tentatif de mon article : “MENSTRUE AU BAL EN BLANC” et quitte incessamment.

Post mortem

En rétrospective, malgré ma mésaventure, j’ai apprécié l’expérience. J’ai eu du fun et j’ai même croisé des connaissances qui comme moi se sont dit “pourquoi pas” et qui sont venues voir à quoi ressemblait l’événement. J’y ai vu des gens de tous les profils et de tous les styles et je crois qu’au final, c’est la musique et le plaisir de danser entre amis qui rassemblent autant de gens au Bal en blanc. Et ça, c’est quand même beau.

Je ne pense pas y retourner, mais je suis contente de l’avoir vécu au moins une fois.

Néanmoins je crois qu’il y a du chemin à faire pour rendre le Bal en blanc plus actuel. Il me reste encore certains préjugés quand je vois des kiosques de souvenirs faire la promotion de bobettes sur lesquelles sont écrits des trucs comme “fesse-moi” et “j’aime les femmes surtout quand je suis saoule”. Ça selon moi c’est non. Ok?

Peace!

Je m’en retourne mettre mon linge noir.

Pour voir toutes les photos prises lors de la soirée, c’est ICI.

Pour lire un autre texte d’Inès Steinmetzer : “Ville de la semaine – Saint-Constant

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