Ma poupée en prison

Voici le récit authentique d’un scénario sadomasochiste que Maxine et moi avons mis en scène au début de l’année. Comme le titre l’indique, il s’agit d’un jeu d’incarcération. Maxine est la détenue et moi, le gardien. Pour varier les plaisirs, je joue trois personnages : deux gardiens aux caractères fort différents — l’un enclin à l’autorité, l’autre à la perversion — et un bourreau impitoyable. Nous disposons de 72 heures pour jouer, ce qui est énorme à comparer à nos séances habituelles. Maxine a droit à un carnet de détention, où il lui est permis de noter les faits saillants de son séjour. Certains extraits seront retranscrits ici afin de montrer les deux côtés des barreaux. Un jeu d’une telle intensité ne se prépare pas en criant «aoutch». Maxine et moi vivons une relation sadomasochiste depuis quelques années déjà. Au fil du temps, nous avons appris à connaître nos limites, et surtout, nos envies. Je possède d’ailleurs une liste explicite des goûts particuliers de ma p’tite bête. Malgré le fait que nous soyons follement amoureux l’un de l’autre, notre amour ne suffit pas pour s’adonner à ces jeux. À la base de toute relation BDSM (Bondage, Discipline, Sadisme et Masochisme), il y a le Respect et la Confiance, et il y a le sacro-saint mantra des kinksters : Safe, Sane & Consensual. Sans ces valeurs et ces préceptes essentiels, il n’existe pas de relation BDSM, et là, on peut parler d’abus et de violence conjugale. Ceci étant dit, place au jeu. Maxine, Maxine, Maxine, Maxine. Pas un numéro d’écrou : mon nom est Maxine. Je m’en souviendrai. C’est avec ces mots que s’ouvre le carnet de FC666, la prisonnière qui vient d’être admise au pénitencier pour femmes de Matha. Ces quelques syllabes écrites dans l’urgence établissent clairement la nature du personnage et son état d’esprit : désespéré et effrayé, mais muni d’un caractère effronté qu’il faudra casser. Il est vingt-deux heures, jeudi le premier janvier deux mille neuf. Je l’accueille, je suis un gardien colosse, bête comme ses pieds, du type avec qui il ne faut pas déconner au risque de le payer cher, très cher. De plus, la détenue est incarcérée pour prostitution et j’ai horreur des putes. Inscription au registre, attribution du numéro d’écrou, douche, remise de l’uniforme carcéral, lecture des règlements de l’établissement et finalement, la cellule. La minuscule pièce fait quatre pieds par cinq et son plafond est d’une hauteur de six pieds. Pour seul mobilier, un matelas qui fait à peine la largeur de la cellule est posé directement sur le ciment. Une couverture de laine, un coussin, un pot de chambre et un rouleau de papier-cul complète la liste de ses possessions. Maxine ne s’en rend pas encore tout à fait compte, mais ces biens, aussi commun soient-ils, lui deviendront précieux — au-delà de l’essentiel —, de vrais trésors. Je referme la porte. Je la cadenasse. Clic! Odeur de terre et de sang. Tout est silence. J’ignore si je suis seule. Sinon, j’imagine que les autres détenues restent silencieuses par solidarité, ou par peur. Tiens, j’entends le gardien, il marche à l’étage supérieur. Il sentait fort la fin de shift tantôt et il lisait mal ses documents, comme un enfant avec un costume de méchant. Leur apprend-t’on à lire? Ah. De toute manière, j’écoutais à moitié, ma tête flottait ailleurs. Je m’ouvre une bière et je vais me brancher au site FetLife pour aller bloguer l’admission de FC666. La prisonnière est laissée à elle-même pendant près d’une heure, puis je la visite brièvement. Il aime la répartie le gros et il m’en a servi cinq coups de bâton. Ça fait mal le bâton! Il tient à ce que je l’appelle «monsieur», sinon punition. Il m’annonce qu’il fera sa prochaine ronde à minuit, comme Cendrillon qui retourne à ses guenilles. Autour de minuit, je soumets FC666 à un blowjob particulièrement visqueux, puis je la laisse dormir quelques heures. La journée du lendemain est marquée par la visite du bourreau : tortures diverses et viol sordide sont au programme. C’était short and sweet. La merveille masquée a un joli instrument dans son pantalon. Et un autre qu’il branche dans le mur, qui me mord et me chatouille entre les jambes, comme aucune bouche humaine. Je le trouve très chou ce «monsieur». Les longues heures d’isolement commencent à affecter la prisonnière, elle se met à espérer les visites de ses tortionnaires, elle se rend de plus en plus compte de ce qu’implique la privation de liberté dûe à son incarcération. Douche. Repas. Confinement. Une routine pénible et ennuyante. Je m’emmerde ici. Il fait froid. Tantôt, il va venir me voir pour me porter ma gamelle, je veux tellement le garder avec moi. Le soir venu, pour une raison quelconque, je saute ma coche. FC666 passe au cash. Privation des sens, ligotage, sévices. Je l’embarre dans une minuscule cage à chien et m’amuse à la terroriser en kickant dessus. Deux heures facile! À ce moment précis, lorsque je remets Maxine dans sa cellule, nous savons que nous avons atteint un plateau jamais égalé. Elle est dans un état lamentable, proche de la crise : elle pleure, elle shake, elle veut certainement me détester, mais le jeu lui interdit une haine sincère. Ici, je ne peux traduire ses pensées, je ne les connais pas et les notes de son carnet sont très confuses. Premier délire. J’ai aucune idée de l’heure qu’il est. Je dis qu’on est samedi, qu’il ne reste plus que la moitié du chemin à faire. Je ne sais pas comment m’y rendre. Le mal de bloc ne me lâche pas. Il n’y a rien à boire, j’étouffe. Moi-même, je n’en dors pas de la nuit. Je suis bouleversé. Et pourtant, ça m’excite terriblement. Je me crosse même! Voilà la différence entre les adeptes du BDSM et ceux de la vanille. L’émotion face à la douleur brute, à la détresse. Le contrôle plus qu’extrême de la situation. Le laisser-aller à la déviance, à la monstruosité, à l’instinct bestial, démoniaque. J’en viens à me poser des questions fondamentales. Suis-je un dangereux prédateur sexuel qui a trouvé le moyen d’assouvir ses fantasmes les plus crades via une pratique sexuelle légale? Et si je n’avais plus Maxine dans ma vie, ou si je m’en tannais, han? Violerais-je? Safe, sane & consensual, c’est l’excuse béton pour un certain temps, mais reste que mon imaginaire débridé continue de se nourrir de ces pratiques extravagantes. T’sais, je dis ça juste de même. Depuis que je suis sur FetLife, je lis sur le rape play, le cannibalisme et le kidnapping. Entre autres. Jumelé à mes lectures sur les serial killers, ç’a de quoi inquiéter non ? Pourtant… Le lendemain se déroule tout à fait normalement. Pas d’abus et même sympathie envers la prisonnière, quasiment un crush. Mais j’y vais quand même d’un peu de mind fuck, et au milieu du dîner, je lui annonce que j’ai craché dans sa bouffe, pour insinuer le doute dans la tête de la prisonnière. Ça fonctionne, ça lui coupe l’appétit. Mais l’intensité du jeu et un extrait du carnet d’incarcération de FC666 (une sorte d’hors-jeu à peine voilé) auront raison de moi. Je suis épuisée. J’ignore quels sont tes sentiments à cette heure difficile. Les derniers jours ont été merveilleux. Je ne voudrais pas les gâcher par des sentiments incontrôlables qui viendraient ternir la scène du crime. Je te sais sensible : je suis épuisée. Nous pourrions nous cajoler jusqu’à demain sans rien enlever aux magnifiques moments que tu nous as créés. Mais si je me trompe et que tu reviens en force, je suis toujours en bas, ta captive qui fixe la porte. Un peu passé minuit, après m’être amouraché d’FC666, je la laisserai finalement s’évader au bout de cinquante-trois heures de détention… 6 6 6 Après une séance BDSM, il y a l’after care, un rapprochement physique et psychologique entre les joueurs, où le Maître ramène doucement la soumise sur le plancher des vaches — moult caresses et affection décuplée sont au menu. À la suite de notre longue scène d’incarcération, l’after care a été particulièrement intense et sincère. Pour Maxine & moi, un événement d’une telle ampleur n’a pu que changer considérablement notre manière de «faire l’amour»… Ma belle, je t’aime.

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