Ma meilleure amie a un pénis

Ma meilleure amie a un pénis et ça ne me dérange pas. En même temps, ce n’est pas nouveau, ça fait 24 ans.

C’est parce que ma meilleure amie, c’est un gars.

J’entrevois déjà certains d’entre vous s’armer d’arguments saugrenus pour me convaincre qu’il est sans doute homosexuel ou qu’il réprime secrètement sa passion amoureuse pour moi. Bon, le gros scoop c’est que ni lui ni moi ne sommes attirés par l’autre! Oui oui, ça fonctionne dans les deux sens.

Naïvement, je croyais que les préjugés envers les amitiés mixtes étaient réservés à l’adolescence, quand les garçons avaient les hormones dans le tapis, dans la nappe pis dans les rideaux. Curieusement, encore aujourd’hui, on m’avertit souvent que tôt ou tard, j’aurai droit à une déclaration d’amour impromptue qui viendra tout bousiller de cette merveilleuse amitié.

Seulement, je suis de celles qui croient que les gars ne sont pas forcément attirés par toutes les filles qu’ils rencontrent et qu’ils n’ont pas systématiquement envie de coucher avec n’importe quel humain pourvu d’un vagin.

Quand j’ai rencontré Vincent, mon meilleur ami, j’avais 13 ans et il en avait 18. Il va sans dire qu’avant même que l’on développe un lien quelconque, le regard qu’il posait sur moi était déjà platonique, voire même fraternel et c’est le type de relation qu’on entretient depuis. (Force est d’admettre qu’à ses yeux, les miettes de sex appeal qui pouvaient me rester se sont probablement dissipées, à force de sentir l’odeur de mon vomi pendant qu’il me tenait les cheveux ou d’essuyer ma morve de son chandail, après que j’aie une fois de plus perdu le contrôle de mon flux lacrymal sur son épaule.)

Vous me direz qu’avec le temps, au moyen de fous rires et de grande complicité l’un de nous aurait pu développer une attirance envers l’autre? Possible, mais c’est mal nous connaître. C’est d’ailleurs là où une relation amicale dont les partis sont de sexes opposés peut fonctionner. D’abord parce que physiquement nous ne représentons pas ce qui allume l’autre. Ensuite parce qu’au fil de notre amitié, on a pu observer comment l’autre agissait en couple et comprendre que ça ne correspondait pas à ce que l’on cherche chez un partenaire amoureux.

Sauf qu’en vérité, si notre amitié persiste sans le moindre écart charnel, c’est parce que c’est comme ça et c’est tout.

Parfois, il n’y a même pas de question à se poser et encore moins de place possible aux doutes que les gens peuvent exprimer à notre égard. On n’est pas le Père Noël bon sang! Personne ne bénéficie du droit de croire en nous ou pas. On existe, on est là, tangibles et amis pour vrai! Vincent a raison; ceux qui doutent de notre amitié ne méritent juste pas de vivre ce qu’on partage.

Il faut comprendre que je le choisis comme ami parce qu’il en est un bon, pas parce qu’il a un pénis! C’est vrai par contre, qu’à cause de notre différence de sexe, on est en amour avec notre relation. On la célèbre et on la défend furieusement, étant un brin trop fiers de démentir “le mythe”.

Cela étant dit, je ne serais pas moins proche de lui s’il était une fille, mais je crois que ce qui fait notre force en tant que microclan, c’est justement notre différence. Comme si à deux, avec nos hormones opposées qui se complètent, on formait une alliance super équipée pour s’épauler devant n’importe quel obstacle.

Attention, je ne prétends pas que c’est mieux d’être amie avec des garçons qu’avec des filles. Loin de moi l’idée que le niveau de “drama” diminue quand le niveau de testostérone augmente. Il y a bien des exceptions partout. Ce que je défends, c’est que c’est carrément possible d’entretenir une relation pure, sincère et platonique avec un ami.

Le degré de simplicité d’une amitié ne varie pas selon le sexe des deux partis, mais bien des humains qu’ils ont.

Je suis à cet âge où je saisis de plus en plus l’importance de bien s’entourer. Garçon comme fille, je choisis partager mon quotidien avec des gens qui contribuent activement à mon bonheur et qui en profitent avec moi, mais qui demeurent aussi fidèles au poste quand ledit bonheur sacre son camp pour momentanément laisser place aux émotions plus salées que les larmes. C’est tout ce qui compte au fond.

Vincent, c’est un ami complet. Il est le premier volontaire pour partager mes éclats de joie comme ceux de détresse, il est présent, peu importe l’heure, la température ou le contexte, il est willing de partir en roadtrip spontané autant que de refaire le monde pendant des heures… et jamais je ne laisserai son pénis me priver de la grande chance de vivre tout ça avec lui.

Pour lire un autre texte de Rosalie Bonenfant : “Avant que les seins ne me poussent”

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