M. Bock-Côté, sociologue ou commentateur social ?

L’énergique et controversé M. Bock-Côté est souvent considéré et se considère lui-même comme un sociologue.

La fiche biographique de son site Internet débute ainsi : « Mathieu Bock-Côté est sociologue et chroniqueur ». Un récent article du Devoir (« L’obsession conservatrice de Bock-Côté » de Louis Cornellier) utilise d’ailleurs le qualificatif de « sociologue ». Or, compte tenu de la large diffusion des idées de M. Bock-Côté et du nombre de commentaires qu’elles suscitent, il est important d’apporter une précision sur ce qualificatif de « sociologue ».

Pour le dire directement, M. Bock-Côté n’est pas sociologue et ses analyses ne peuvent pas se revendiquer et être qualifiées de sociologiques. Elles sont clairement partisanes (conservatrices et nationalistes) et doivent être comprises de la sorte. Sociologue ne rime pas avec commentateur social, mais avec analyste « rigoureux » du social. Cela remet donc en cause l’intégrité sociologique des analyses de M. Bock-Côté et, par conséquent, la validité académique de ses propos.

Pour arborer le titre de sociologue, que l’on attribue d’ailleurs à tout va, il faut être titulaire d’un doctorat et être chercheur et/ou professeur à l’université. M. Bock-Côté n’est ni l’un, ni l’autre. S’il est effectivement inscrit au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), cela ne lui donne aucunement le droit de revendiquer ce titre et d’user de la légitimité sociale qui va avec. D’ailleurs, les positions « analytiques » de M. Bock-Côté sont l’objet de plusieurs critiques académiques. Trop partisanes pour être sociologiques… On se demande alors pourquoi personne ne lui demande d’arrêter d’arborer ce titre. Que dirait-on d’une personne qui pratique la médecine sans être médecin ?

M. Bock-Côté se dit aussi être chargé de cours à l’UQAM. Il est effectivement inscrit sur la liste des chargés de cours. Mais deux choses. Tout d’abord, qu’est-ce qu’un chargé de cours (en tout respect pour cette fonction) ? C’est un enseignant à l’Université qui n’est pas titularisé, c’est-à-dire qui n’est pas professeur d’université. Un étudiant au doctorat (comme M. Bock-Côté) ou toute personne dont on juge l’expérience suffisante peut très bien donner une charge de cours. Un chargé de cours en sociologie (à moins qu’il soit titulaire d’un doctorat et/ou qu’il fasse de la recherche) ne peut donc pas se revendiquer du titre de sociologue. D’autre part, une visite rapide sur le site du département de sociologie de l’UQAM nous apprend que M. Bock-Côté n’a pas enseigné à l’automne, ni n’enseigne cet hiver. D’ailleurs, quelle est la dernière fois où M. Bock-Côté a donné une charge de cours ? Cette précision n’apparaît pas sur son curriculum. L’honnêteté académique voudrait ainsi que M. Bock-Côté n’arbore pas ce titre pour légitimer un statut qu’il ne possède de toute façon pas.

Pour finir, une autre analogie éclairante. Considère-t-on un étudiant en ingénierie comme un ingénieur ? Et lui laisserait-on construire des ponts ou des routes qu’emprunteront des milliers de personnes ? C’est la même chose pour les analyses du social. La complexité de telles analyses (comme par exemple… la question nationale) nécessite une construction méthodologique et une réflexion théorique rigoureuses qui obligent l’analyste à être en possession d’une expertise reconnue par ses pairs et qui soit sanctionnée par un diplôme (dont le rôle social est bien de prouver la compétence du détenteur). Je ne pense pas que beaucoup de sociologues québécois qualifieraient M. Bock-Côté de sociologue et le considèreraient comme un collègue. Les idées de M. Bock-Côté ne sont donc pas sociologiques ; elles sont de l’ordre de l’opinion personnelle. Si ses idées intéressent bien des personnes, il faut les prendre pour ce qu’elles sont : des commentaires partisans et non des analyses du social.

Mathieu Noury
Doctorant
Département de sociologie
Université de Montréal

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