Musique : Montréal a-t-elle perdu sa place de reine québécoise de la musique ?

MTELUS et URBANIA s'unissent pour vous dresser le portrait de la nouvelle place des artistes musicaux en banlieue

Représentant emblématique de la pure montréalitude, Laurent Saulnier ne peut que constater la chute libre de l’assistance musicale dans sa ville. «Il y a 20 ou 25 ans, un grand vendeur de “tickets” d’ici pouvait jouer 10 ou 15 fois au Spectrum dans une année», raconte le vice-président à la programmation et production de L’Équipe Spectra. C’était normal de faire une première médiatique le mercredi, avant d’enchaîner les shows jusqu’au dimanche. La seule manière pour les gens de banlieue de voir Michel Rivard, par exemple, c’était de traverser en ville. Maintenant, ces artistes font un soir à Montréal; ensuite, ils jouent à Laval, à Brossard, à Terrebonne, à Longueuil, à Beloeil, à Saint-Eustache…»

Sainte-Thérèse, nouvelle reine québécoise de la musique?

Même si elles sont de plus en plus rares, les exceptions existent encore. Pour sa plus récente série de spectacles, Jean Leloup a choisi de s’arrêter seulement à Montréal et à Québec, s’évitant ainsi une longue tournée panquébécoise qui l’aurait écarté beaucoup trop longtemps de son Plateau de prédilection. «C’était une stratégie très bien réfléchie, croit Laurent Saulnier. Il a forcé les gens à sortir de chez eux.»

Je vois les spectacles avant tout comme des happenings.

Malgré ce succès incontestable (on parle quand même d’une quinzaine de soirs au Métropolis à guichets fermés), le programmateur s’inquiète. Sans être alarmiste, il regrette que les bénéfices enregistrés en banlieue se fassent au détriment de la métropole. «Il y a toujours eu des artistes qui vendent plus de billets en région ou en banlieue qu’à Montréal, et c’est correct. Mais je trouve ça dommage que pour une partie de la population, Montréal ne soit plus une destination d’entertainment.»

Le renouveau de la Rive-Nord.

Est-ce que cette nouvelle destination serait… Sainte-Thérèse? N’exagérons pas. N’empêche, en plus du Théâtre Lionel-Groulx et du Cabaret BMO, la gracieuse cité étudiante peut maintenant compter sur le tout nouveau festival Santa Teresa, présenté par TELUS et dont la première édition se déroule en ce moment même. Natif de Laval, son fondateur Julien Aidelbaum n’en est pas à son premier barbecue. Avec Scène 1425, filiale émergente de la Salle André-Mathieu, il a largement contribué au renouveau de l’offre musicale sur la Rive-Nord avec des concerts spéciaux dans des endroits inusités, comme Patrick Watson dans une église de Sainte-Rose, et le groupe français IAM à la défunte Récréathèque. Il a même réussi plusieurs fois l’impensable: faire déplacer des Montréalais à Laval. Son secret: «J’ai toujours trouvé ça intéressant de sortir du cadre typique de la salle traditionnelle. Je vois les spectacles avant tout comme des happenings.»

C’est l’fun de présenter un show au Métropolis, mais ce l’est encore plus quand on propose quelque chose qui n’a jamais été fait.

Créer une expérience

Laurent Saulnier s’efforce lui aussi de créer des shows qui sortent de l’ordinaire. «La notion de spectacle-évènement est de plus en plus importante. C’est l’fun de présenter un show au Métropolis, mais ce l’est encore plus quand on propose quelque chose qui n’a jamais été fait et qui donne aux gens le goût de se déplacer. C’est une des raisons pourquoi, malgré tout, les festivals continuent de tirer leur épingle du jeu.»

Si cette nouvelle réalité et l’ampleur de l’offre pousse les programmateurs et les salles de spectacle à se renouveler et à expérimenter, on ne peut pas être contre le progrès. Une petite soirée musicale où vos yeux et vos oreilles vont se chicaner pour savoir qui a le plus de fun, en vue d’inaugurer le nouveau MTELUS, peut-être? On est game.

MTELUS, c’est quoi?

Vous connaissez et vous aimez le Métropolis, scène chérie du monde musical montréalais depuis une vingtaine d’années? En septembre, il deviendra le MTELUS. La salle sera renovée et on vous promet le nec plus ultra en termes de son, en plus de préserver tous les souvenirs que vous y avez créés. En gros, on conserve l’âme de la bonne vieille scène de la rue Sainte-Catherine, mais on bonifie l’expérience.

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