PORTRAITS DE MONTRÉAL

L’Islam et le voile me donnent une liberté que je ne n’avais jamais eue

Nous arpentons les rues de notre ville, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires.

« Je suis arrivé ici il y a 20 ans. Haïti est un beau pays, et j’avais de belles opportunités dans mon domaine là-bas, mais mon fils n’arrêtait pas de tomber malade, et avec l’instabilité politique et le reste… J’ai voulu offrir à mes enfants une vie meilleure, alors on est partis. Aujourd’hui notre vie est ici, on est citoyens, et j’en suis très fier. »

« Si tu avais droit à un vœu, que demanderais-tu? Je vais te dire ce que le mien serait; mon vœu arrive une fois par an. Chaque soir de Noël, tous les combattants du monde lâchent leurs armes le temps du souper de Noël. Ça ne dure que six heures. Mon vœu serait de l’étendre à soixante-douze heures, comme ça des vies seraient sauvées des deux côtés – plus, ce serait trop demander, j’essaie un petit peu à la fois. Et j’essaie de faire arriver ça en écrivant des lettres aux dirigeants des pays. Vingt-six pays m’ont déjà répondu. Tous m’ont répondu “oui”. J’attends toujours une réponse de la Reine par contre. Donc je continue d’écrire à un pays différent chaque jour. Aujourd’hui j’ai écrit à la Turquie. C’est ça que je fais, et j’espère que d’autres se joindront à moi un jour; parce que le monde doit s’unifier ou on va disparaître. On n’a qu’une seule planète, il faut protéger notre planète. De l’intérieur comme de l’extérieur. »

« J’ai subi des abus quand j’étais jeune… des abus sexuels. En grandissant, j’ai commencé à voler des choses, des TV, des chars. Je me sentais incompris. Fait qu’un jour, j’ai décidé de quitter l’Abitibi, pour m’éloigner de mes blessures et de celles que je faisais aux autres; j’ai fui. Ça fait bientôt trois ans que j’ai arrêté de boire, même si j’ai fait des rechutes, mais je continue à jouer de l’argent… Cet argent, je voudrais l’utiliser pour aller voir mes petits-enfants, mais j’y arrive pas. C’est une routine, on dirait que je peux pas en sortir. Mais j’essaie tu vois, ça fait deux jours que j’ai pas joué. Je suis pas un rêveur moi, mais j’aimerais au moins leur transmettre mon expérience de la vie pour ne pas que l’histoire se répète. J’aimerais ça arrêter de fuir. »

[1/3] « J’ai été mariée 11 ans avec une personne trans, avec qui je formais un couple polyamoureux. Après notre séparation, j’ai fréquenté beaucoup d’hommes sur Tinder, notamment des musulmans, et même si certains n’étaient pas pratiquants, la discussion autour de Dieu revenait souvent, parce que ça m’intriguait. Je voulais comprendre comment une personne intelligente pouvait croire en un petit monsieur avec une barbe dans les nuages. C’était en tout cas l’idée que je m’en faisais avec un background chrétien et une famille non pratiquante. J’étais curieuse de comprendre ce que c’était la foi, ce que ça voulait dire. En même temps, je suis rentrée à l’université et j’ai commencé un bac en sciences des religions. Tranquillement pas vite, en étudiant, je me suis rendu compte que c’était quelque chose qui se ressentait, pas quelque chose qui passait par la tête. Ce que j’appelais la vie ou l’univers, c’était ça, Dieu, et j’y croyais déjà. Ça a bouleversé mon univers de sens. »

[2/3] « À ce moment-là, j’enchainais les relations, je consommais beaucoup de drogues et d’alcool. C’était clairement de l’auto-médicamentation, je n’étais pas bien dans ma vie à jeun, et j’avais besoin de ces choses-là. Et quand j’ai réalisé que je croyais en Dieu, je me suis demandé comment intégrer ça dans mon mode de vie qui allait à l’encontre de ce que je pensais être les prescriptions religieuses : les interdits et les obligations. C’est là que j’ai rencontré l’homme avec qui je suis mariée depuis 2 ans. À partir du moment où on a habité ensemble, il m’a guidée, il m’a fait lire beaucoup de livres, pour que je sache ce que la conversion représentait et que je sois sûre de la faire pour moi. Certaines personnes font des lectures très littérales – en 2018, il serait peut-être temps de se rendre compte que toutes celles qui ont fait de l’exégèse sont des hommes – mais j’ai appris à lire avec un esprit critique. Et je me suis rendu compte que l’Islam était un guide pour t’aider à évoluer spirituellement et trouver ta paix intérieure. Si tu ne suis pas la méthode à la lettre, c’est comme si tu ajoutais un œuf à ta recette de gâteau : tu n’auras pas le même résultat, mais si ça te convient comme ça? La relation est entre toi pis Dieu, personne ne peut te dire que ce n’est pas correct parce que personne ne possède la vérité absolue. C’est la lecture qu’on fait du texte qui oppresse la femme, pas le texte lui-même. »

[3/3] « J’ai choisi une certaine “méthode” pour grandir en tant qu’être humain et pour moi ça fonctionne! Ça fait deux ans que je n’ai pas consommé, je ne fréquente plus une panoplie d’hommes et je suis heureuse comme ça. J’avais comme cette pression sociale qui faisait que j’étais obligée de me valoriser en tant que femme comme un objet, parce que c’était comme ça que j’allais trouver de l’attention et de l’amour. Le voile m’a permis de me respecter pour la première fois de ma vie. Mais tu vois, ma mère s’habille plus sexy que moi et je ne la jugerai jamais, elle est heureuse comme ça! La liberté c’est ça; pour avoir une liberté personnelle, il faut avoir une liberté collective. Il faut arrêter la sienne là où celle des autres commence. Par exemple, la polygamie est permise dans l’Islam, mais au Canada elle est illégale et dans l’Islam ont est supposés respecter les lois, donc ici pas de polygamie, point. Le débat n’existe même pas! L’Islam et le voile me donnent une liberté que je ne n’avais jamais eue, mais ils ne me définissent pas plus comme personne que les tatouages et les cheveux roses que j’ai gardés en dessous. »

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