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L’Intermédia-Web : amateurs d’absurde, bonsoir

Une série où étrangeté et écran vert font bon ménage.

Il y a quelques semaines, je suis tombé sur L’Intermédia-Web une web-série… unique, à défaut de trouver un terme plus juste. Pour résumer, je décrirais l’ensemble comme une série de sketches d’humour extrêmement weird et absurdes défilant dans l’interface d’un réseau social rétro futuriste. L’univers, accessible sur UNIS.TV, rappelle certains sketches des Appendices ou de Tim and Eric: écran vert, fond 3D cheap très 90’s, effets sonores grotesques, personnages caricaturaux et j’en passe. Les amateurs d’absurde – comme moi – seront servis, les autres seront sûrement très confus. 

Conquis, je me suis entretenu avec Olivier Landry et Emil Baroon les créateurs et réalisateurs derrière l’IMW, question d’en apprendre plus sur cette étrange entité, mais aussi pour savoir ce qu’ils mettent dans leur café.  

L’humour absurde, au niveau où vous l’amenez, c’est niché en tabarouette. Si ma mère écoute l’IMW, elle ne comprendra pas ce qui est drôle. Qu’est-ce qui vous fait tant tripper dans ce type d’humour?

(OL) On trippe sur l’absurde et on en injecte beaucoup dans les sketchs parce qu’on veut surprendre l’auditoire et la déstabiliser. C’est ce qu’on préfère dans la comédie et dans les émissions qui nous ont inspirés à faire ce projet. Personnellement je suis un gros fan des shows sur Adult Swim et je trouve que leur contenu est drôle en plus d’être vraiment innovant. Essayer de créer des scènes absurdes, c’est tout un défi. C’est  souvent dans le jeu du comédien ou dans un détail de mise en scène qu’on peut mener un gag absurde à son plein potentiel et arriver à marquer l’imaginaire du public. Quand c’est bien exécuté c’est vraiment satisfaisant. Je suis vraiment content que tu soulignes l’absurdité générale du show, ça veut dire qu’on a pas raté la cible. Cela dit, sous cet enrobage visuel funky et flyé, le show peut quand même plaire à un large public grâce à son côté parodique. D’ailleurs, la mère de ma blonde trippe! Peut-être que ta mère aussi pourrait y trouver son compte ?

(EB) Moi aussi, ce qui me fait tripper dans l’absurde, c’est la finesse que ça prend pour que ça fonctionne. Tu ne sais pas pourquoi, mais une petite affaire de travers, et il ne se passe rien. Mais quand c’est bien fait, c’est drôle, et tu ne sais pas plus pourquoi.

On sent que vous êtes fasciné par le rétro futurisme et le lo-fi, pourquoi?

(OL) On ne voulait pas seulement faire rire les gens, on voulait leur faire vivre un sentiment de nostalgie, d’où le look Windows XP. Étant donné qu’on a grandi dans les années 90, et qu’on voulait s’adresser à du monde comme nous, on sentait que c’était une bonne façon de les rejoindre.

(EB) Le rétro futurisme, c’est nice parce que c’est un peu comme s’imaginer un présent, en te mettant dans la peau de quelqu’un qui n’a pas encore connu tout ce que tu connais (parce qu’il est dans le passé!). C’est drôle de s’imaginer comment les avancées technologiques auraient pu mal tourner. 

Pourquoi avoir tout filmé sur écran vert? 

(OL) Parce que je n’avais pas beaucoup de ressources et je ne voulais pas attendre pour faire mes projets. J’étais obsédé : ça ne coûtait pas cher, ça m’ouvrait un monde de possibilité que j’avais envie d’explorer, et ce n’était pas trop compliqué à « setter ». Quand j’ai parlé de mon idée à Emil, ça l’a charmé aussi, ça laissait place à notre créativité. 

(EB) Ça c’est drôle! Oli est venu me voir en disant que ça allait être facile et peu coûteux. J’ai trouvé que c’était une bonne idée. Fait qu’on l’a fait… pis c’était vraiment (VRAIMENT) plus compliqué qu’on pensait! Mais, ça ajoute vraiment un côté space et artificiel. On a su dès le début que c’était indissociable de l’univers de l’IMW. On aurait même voulu que toutes les voix soient doublées en studio, mais ça on a laissé faire!

À travers l’interface de l’IMW, est-ce que vous vouliez faire un commentaire éditorial sur notre utilisation absurde des médias sociaux ? 

(OL) Au départ, l’Intermédia-Web misait moins sur une interface en particulier, mais plus sur les profondeurs d’un web alternatif et cauchemardesque. Un internet où, chaque seconde, des dizaines de pop-up apparaissent avec des jokes et des sketches. L’idée du feed Facebook est venue de nos auteurs, et c’était beaucoup plus logique. C’est la meilleure toile de fond pour une parodie. Il y a tellement de contenu qui est publié chaque jour. Sur un feed Facebook, on trouve de tout. Des statuts, des vidéos, des photos, des publicités, des événements, des vidéoclips. C’était plus naturel d’utiliser une interface familière, plutôt qu’un dark web étrange, pour y insérer nos sketches et nos jokes. En plus, tout le monde connaît les références. Le concept n’a pas vraiment encore été exploité en comédie, alors qu’il y a un bon potentiel. 

Si vous aviez à choisir un personnage préféré de l’IMW, ce serait lequel?

(OL) Martin Perizzolo et son TED Talk Et si on arrêtait de dormir. C’est tellement bien écrit et interprété. Ça reste mon sketch préféré depuis le début. Je ne m’en lasserai jamais! 

(EB) Ce sketch-là a pris une coche de plus sur le plateau grâce à Martin qui a vraiment donné de la dimension au personnage. En montage on a commencé à réaliser qu’on avait une perle sous les yeux. Puis, la conception sonore est venue ajouter ce qui manquait pour qu’on ait un sketch à la fois bizarre et intrigant.

C’est quoi les défis d’un projet comme ça?

(EB) Avoir un workflow de post-prod sain et efficace. En matière d’efficacité, je pense sincèrement qu’on n’aurait pas pu faire mieux avec les moyens qu’on avait, et l’aide qu’on a eu la chance d’obtenir. Par contre, nos horaires de travail étaient tout sauf idéals pour la santé physique et mentale.

(OL) En tournant sur fond vert, on sauve du fric et bien de la logistique, mais ça rend l’étape de postproduction tellement compliquée. Il reste énormément de job à faire à cette étape pour que ça prenne vie: conception des décors en 3D, effets spéciaux, habillage sonore. C’est incalculable le nombre d’heures que ça a pris pour arriver à ce résultat.

J’ajouterais un autre défi de taille : la promotion de la série. Je me rends compte que c’est plus dur qu’on pense de convaincre les gens que ta série mérite l’heure de temps d’écoute de leur précieux temps! J’ai même des amis proches qui ne l’ont même pas encore écouté, et l’excuse qui revient toujours c’est : je n’ai pas eu le temps! 

What’s next, avez-vous une autre bibitte en gestation?

(OL) Ce ne sont pas les idées qui manquent, mais après ce gros stretch de travail intense sans avoir vraiment de rentrées d’argent régulières, je dois d’abord me refaire une santé financière avant de continuer! I’ll be back. J’ai quelques idées de vidéoclips, une idée de court métrage et une autre de web-série. On parle même de faire possiblement un spin off de l’Intermédia-Web avec un de nos personnages favoris. À suivre.

(EB) Moi, je travaille sur une bonne petite série web avec Anthony Montreuil qui s’appelle Défis Pour Vivre. On a déjà sorti trois épisodes sur YouTube, et on en est à terminer les trois derniers qui devraient sortir avant la fin de l’été. Stay tuned!

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