L’inacceptable

Je vais commencer ma chronique par ce témoignage d’Ameen Saeed Al-Sheik, prisonnier de la prison d’Abou Ghraib, torturé par des soldats américains:

“Ils ont dit: ‘on va vous donner l’envie de crever mais ça n’arrivera pas’ […] Ils m’ont mis nu. L’un d’entre eux m’a dit qu’il me violerait. Il a dessiné une femme sur mon dos et m’a mis dans une position indécente en me tenant le derrière. L’un d’entre eux m’a demandé ‘Tu pries Allah ?’. J’ai répondu ‘oui’. Il m’a répondu ‘va te faire [injure] et lui avec’. Il m’a ensuite demandé de remercier Jésus de me laisser en vie […] Je lui ai dit ‘je crois en Allah’, puis il a répondu, ‘moi, je crois en la torture et c’est ce que je vais te faire'”.

Ceci n’est pas un article anti-américain. Ni un article pro-islam.

C’est un papier pour vous rappeler que la violence, la terreur, l’atrocité, n’a pas de couleur, de religion ni de sexe.

Aucun peuple n’a le monopole de la souffrance et aucun peuple ne peut se porter responsable de toutes les souffrances humaines, du terrorisme ou de l’extrémisme. On porte tous en nous violence et souffrance; tout comme l’amour et l’empathie sont aussi présente chez ceux que l’on pointe du doigt comme une menace.

L’inimaginable est possible partout. Dans tous les pays, dans toutes les classes sociales. Les comportements humains déplorables, les crimes haineux et d’honneur ne font pas de discrimination… Ils se retrouvent partout, peu importe votre religion, peu importe votre couleur; que vous soyez jaune, rouge, noir, violet.

Je ne réinvente pas la roue et ce que je vous dis à été écrit mille fois. Mais comme on apprend ni des évènements, ni des écrits passés, faudra bien le répéter.

Nous sommes en train d’accepter l’inacceptable et d’oublier notre humanité. Nous régressons à chaque jour.

Donald Trump traite les Mexicains de voleurs, de violeurs, de tueurs et monte dans les sondages en se faisant féliciter pour son franc-parler. Il démontre fièrement son désir de vider le pays de ceux qu’ils considèrent comme indésirables, ce qui lui a valu des applaudissements par plusieurs, de l’indifférence par d’autres et des critiques par ceux qui restent impuissants devant un tel discours. Rien ne semble l’arrêter.

Inacceptable.

Que je n’en vois pas un venir me traiter d’idéaliste et de naïve…peut-être que moi aussi, ma tolérance a des limites. Ma tolérance à l’intolérance ignorée, acceptée ou glorifiée, y’a toujours ben, des osties de limites.

De LIRE sur une page facebook anti-islamique que je ne nommerai pas parce qu’elle m’horripile et que je ne voudrais jamais lui faire de la publicité gratuite, le commentaire d’un homme (à propos des migrants syriens): “Ces Arabes utilisent la photo d’un enfant mort pour envahir le monde entier.”

Des propos bêtes certes, mais remplis d’agressivité, de la part d’un homme sans histoire, un homme comme les autres, un homme qui réussit à entretenir une haine au quotidien pour un peuple qu’il considère loin de sa propre nature.

En regardant ces milliers de Syriens qui s’échappent de leur pays en guerre, qui marchent vers du secours, vers la liberté, entourés de quidams qui les filment avec leur cellulaire, j’assiste là à tout l’écart entre les riches et les pauvres, ce qui ont tout et ceux qui n’ont rien.

J’ai appuyé sur “Play” pour voir un reportage sur l’enfant syrien mort, le visage dans le sable. Une publicité est apparue. J’ai à la fois compris mon statut de privilégiée et ressenti un dégoût de ma société. La pub: un bateau de croisière. Des plans de la mer Méditerranée. Du champagne, des paysages de rêve, un couple qui s’aime et s’embrasse sur le pont. Tout ça, avant de nous présenter des images de gens en détresse, un bateau rempli d’espoir, qui chavire, laissant dans la mer des hommes et des femmes qui se battent pour leurs vies alors que la mer emporte leurs enfants.

Comment en sommes-nous arrivés là? Des milliers d’années d’évolution pour se booker une croisière qui se terminera non loin d’une plage où s’accumulent les corps d’humains désespérés. Et passer un commentaire désobligeant en souhaitant qu’on soit pas envahis par ces pauvres migrants, qu’on finira par oublier.

Nous avons tous la capacité d’haïr. De maudir. De mépriser. Pas besoin d’aller très loin pour le constater, faites juste lire les commentaires sous les articles de votre quotidien préféré.

Je ne peux pas croire qu’on observe l’histoire se répéter sous nos yeux et qu’on ne fait que se replier sur soi-même, se craindre les uns les autres, laisser la peur vaincre encore, et nous confirmer qu’on apprend rien du passé.

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