L’hyperconnectivité : pas juste une affaire de milléniaux

C'est plutôt un phénomène de société.

URBANIA et PAUSE s’unissent pour vous parler d’hyperconnectivité… même si on sait que vous lirez probablement cet article sur votre téléphone intelligent ¯\_()_/¯

Quand on entend le mot « hyperconnectivité », on a facilement tendance à penser aux millénariaux. Vous savez, cette génération d’adulescents hyper à l’affût des dernières tendances et toujours prêts à publier leur vie sur Instagram? Évidemment, c’est une hyperbole, une généralisation pas très gentille que nous sommes tous — nous, les millénariaux — un peu tannés d’entendre. Surtout qu’on sait maintenant que l’hyperconnectivité est plutôt un problème sociétal susceptible d’atteindre autant les boomers que les X et les Y.

Le but de ce qui suit n’est pas d’enlever une étiquette du dos des millénariaux pour l’apposer sur celui des générations précédentes, mais bien de nous faire prendre conscience à tous de nos habitudes de connectivité. Est-ce que l’utilisation des réseaux sociaux par nos parents nous pousse à nous interroger sur la nôtre? Probablement. En toute franchise, ça a été mon cas (ma maman est indéniablement accro à sa tablette), et c’est aussi celui d’Amina, qui nous parle de son histoire.

Témoignage : la technologie et le manque de temps

Amina, 32 ans, remarque depuis quelques années un gros changement comportemental chez sa mère, qui passe énormément de temps sur son cellulaire à parler à sa famille en Tunisie. « Elle se lève le matin et répond aux messages reçus pendant la nuit, en plus de passer toute la soirée au téléphone avec eux », confie la jeune femme. « Avant, ce n’était pas possible parce que ces technologies gratuites n’existaient pas. Ça aurait coûté trop cher d’être en constante communication avec eux », souligne-t-elle.

«Elle est au Québec et en Tunisie en même temps, toujours dans l’entre-deux.»

Depuis, elle remarque que sa mère est « plus distraite, jamais à 100 % là ». « Elle est au Québec et en Tunisie en même temps, toujours dans l’entre-deux », dit-elle. Quand je lui ai demandé ce qui lui a fait se rendre compte que c’était peut-être problématique, Amina m’a répondu que c’était la question du manque de temps. « Jamais elle n’avait manqué de temps pour faire ce qu’elle avait à faire dans la maison ou autre, mais ces jours-ci, elle nous dit toujours qu’elle manque de temps », poursuit la jeune femme. 

L’histoire d’Amina est particulièrement intéressante parce que la technologie agit à titre de solution et de problème. On peut facilement imaginer à quel point les applications de messagerie facilitent tous les types de relations à distance. Dans le cas d’une expatriation, quand on est loin de ceux qu’on aime — surtout à l’âge où on n’a pas le réflexe de sortir dans un bar pour se faire un nouveau cercle d’amis —, elles agissent comme un baume. Mais là où on risque de franchir la limite de l’hyperconnectivité, c’est lorsque leur utilisation interfère avec le quotidien.

Amina m’a d’ailleurs fait découvrir le Make Time Manifesto de John Zeratsky, qui tente de nous responsabiliser face à notre manque de temps collectif, entre autres en nous encourageant à retirer les applications dérangeantes de nos téléphones. Elle m’a aussi dit aussi faire « des exercices de déconnexion » de temps en temps, comme laisser son téléphone fermé durant tout le week-end.

L’hyperconnectivité chez les X et les boomers

Selon une étude Nielsen parue en 2017, les adultes de la génération X (35-49 ans) passeraient plus de temps sur les réseaux sociaux que les millénariaux (18-34 ans). Cela dit, d’autres voix ajoutent quelques nuances à ce constat en affirmant que l’hyperconnectivité des X et des boomers ne serait pas totalement de leur faute. Souvent, ils sont les canaux de transmission familiaux chargés de relayer les messages entre la famille nucléaire et élargie. Ils sont aussi à l’âge d’avoir de plus grandes responsabilités au travail, qui leur demande d’être plus souvent disponibles.

Mais est-ce que ces facteurs les déresponsabilisent complètement? Sont-ils (et sommes-nous) accrochés à nos téléphones uniquement pour répondre aux messages de nos enfants et de nos collègues? Pas du tout. L’hyperconnectivité ne s’arrête pas aux courriels et aux applications de messagerie. Le terme peut aussi englober les jeux en ligne, qui sont conçus pour créer une dépendance. Candy Crush Saga en est probablement le meilleur exemple. En ayant en permanence l’impression que le jeu n’est pas terminé, le joueur n’a d’autre choix que de continuer de jouer.

Fait cocasse, le jeu est aussi populaire chez les 21-25 ans (42 % des utilisateurs) que chez les 35 ans et plus (40 % des utilisateurs). Comme quoi on peut mutuellement se pointer du doigt autant qu’on veut, nos habitudes ne sont peut-être pas SI différentes, somme toute.

La dépendance à l’instantanéité

Dans un article paru en 2011, Le Figaro liait déjà l’hyperconnectivité à la notion d’instantanéité. L’arrivée d’Internet et des applications de messagerie instantanée sur nos téléphones a eu pour effet de bouleverser nos rapports sociaux dans nos sphères privées (vie personnelle) et publiques (travail). C’est précisément l’instantanéité qui est susceptible de créer non seulement une forme de dépendance, mais aussi une sorte d’anxiété aussi connue sous le nom de FOMO (Fear Of Missing Out).

Au travail, on répond de plus en plus vite, jour, soir et week-end. Si on ne le fait pas, on a peur de mal paraître.

Mon collègue Philippe-Côté Giguère en parlait ici : « Être joignable en tout temps pour le travail, ça pèse sur la santé mentale. » Au travail, on répond de plus en plus vite, jour, soir et week-end. Si on ne le fait pas, on a peur de mal paraître. Même chose dans les relations interpersonnelles, où le laps de temps raisonnable pour répondre à un message réduit de jour en jour.

Le mot clé dans cette équation est « santé mentale ». Le rythme d’une vie hyperconnectée est dur à suivre pour tout le monde. Non seulement on n’a jamais de break, mais on perd un temps infini sur les réseaux sociaux. Résultat? Comme la mère d’Amina, on manque de temps. Et si le temps manque, on stresse. Si on stresse, on doit faire des choix. Si on fait des choix, on ne peut pas tout faire. Si on ne peut pas tout faire, on va déplaire, on va échouer. Vous voyez où je veux en venir?

Les déconnectés sont les nouveaux cools

Avec le temps, la peur du manque est devenue une pression sociale qui a créé une vague à contre-courant. On veut maintenant se trouver des trucs pour se déconnecter, pour combattre cette forme de dépendance afin de rester dans le fameux moment présent, et ce, sans culpabilité.

Nul besoin de naviguer très longtemps sur Internet pour constater que les millénariaux sont devenus obsédés par les modes de vie dits alternatifs. Oui, le phénomène des influenceurs tend à prouver le contraire, mais reste qu’une énorme partie de la tranche d’âge 18-35 rêve de retraites et de déconnexion complète.

Internet vient seulement d’apparaître dans nos mœurs, et nous sommes très vite tombés amoureux de ses avantages. La lune de miel maintenant terminée, nous devons tous apprendre à composer avec ses moins bons côtés et trouver des façons de préserver notre santé mentale – toutes générations confondues.

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Connaissez-vous l’initiative PAUSE?

C’est une campagne sociétale qui fait la promotion d’une utilisation équilibrée d’Internet afin de prévenir les risques liés à l’hyperconnectivité. 

Ce qui est cool, c’est que l’initiative s’adresse à tout le monde: PAUSE invite les ados, les jeunes adultes et leurs familles à évaluer leurs habitudes numériques, puis à poser des gestes concrets pour les améliorer. Parce que des fois on a besoin d’une petite remise en question histoire de s’assurer qu’on est bel et bien sur la bonne track.

PAUSE souhaite devenir un mouvement qui incite les Québécois à reprendre le contrôle de leur utilisation d’Internet et à donner priorité aux connexions de qualité qui comptent vraiment, en ligne et hors ligne. 

Pour en savoir plus sur PAUSE, cliquez ici!

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