L’héritage culturel de… Sylvester Stallone

Tout le monde aime le vieux Sly, mais est-il important ?

Le 17 novembre dernier, on était vraiment enthousiaste d’explorer avec vous l’héritage culturel de Sylvester Stallone. Mais juste au moment où on allait publier cet article, la nouvelle est tombée: Sylvester Stallone, accusé d’agression sexuelle. Il n’y a pas de doute que ces révélations teinteront son oeuvre, et en attendant d’avoir plus d’information sur les accusations, on s’est penché sur le patrimoine cinématographique de l’acteur, de ses débuts jusqu’au 17 novembre 2017.

J’ai une relation spéciale avec l’oeuvre cinématographique de Sylvester Stallone. Je l’aime beaucoup trop. Ce n’est pas vraiment ma faute, voyez-vous. Avant même que mon paternel m’initie fièrement au cinéma de Sly à l’âge de douze ans avec Demolition Man, j’avais déjà goûté au fruit défendu. C’était un soir du temps des Fêtes, alors que mes parents discutaient entre adultes avec un couple d’amis après souper, leur fils Tommy et moi avions été laissé sans supervision devant Rambo: First Blood Part II qui jouait à TVA. Il va sans dire, j’étais conquis… et aussi un peu traumatisé. Je n’étais pas du tout prêt à assumer cette avalanche de testostérone.

Je suis conscient que mes sentiments ne sont pas la norme. Que pour plusieurs personnes, Sylvester Stallone n’est qu’un obscur vestige d’une autre époque, où les réalisateurs hollywoodiens se mettaient beaucoup trop de poudre dans le nez. Quelle est la place exacte qu’occupe Stallone dans le panthéon des Dieux du Cinéma? Pour trouver une réponse à cette question, j’ai utilisé une série des films pour lesquels tout le monde aime Sly: les séries RockyRambo et The Expendables, ainsi que Cobra, Over the TopDemolition Man, Judge Dredd et un de mes petits plaisirs coupables, Bullet to the Head afin de qualifier l’influence de Sly selon trois grands critères sociaux pour lesquels on va au tous au cinéma : amour, sexe et violence.

Bon, c’est peut être pas très scientifique tout ça, mais pas tout est calculable dans la vie.

AMOUR

On observe deux grandes tendances dans les films de Sly: le Stallone des grands jours est soit monogame, soit trop occupé à survivre pour les histoires de coeur. Son personnage de Rocky Balboa en est l’exemple le plus criant. En connaissez-vous d’autres, des héros de films d’action qui sont dans une union stable et aimante? Moi non plus. Rocky et Adrienne se sont mariés dans le premier film et, malgré que ça n’ait pas été toujours facile, ils sont demeurés ensemble jusqu’à ce que le cancer emporte cette dernière entre Rocky V et Rocky Balboa. Ce n’est pas le seul exemple. Sly est veuf dans Bullet to the Head et devient veuf dans Over the Top. Le love interest conventionnel, Stallone s’en câlisse.

C’est encore pire lorsque Sly n’est pas casé. John Rambo a eu une blonde en quatre films et la pauvre s’est fait descendre avant même qu’ils n’aient pu consommer leur amour. Si vous vous en rappelez bien, c’est là qu’il a trouvé son premier bandeau (un morceau de la robe de la malheureuse).

C’était aussi là que Rambo a décidé que c’était tout le Viet-Nam qui allait payer pour la mort de sa douce.

Dans Demolition Man, Stallone ne passe même pas proche de se faire une blonde. Il vit une romance platonique avec une Sandra Bullock du futur complètement déconnectée de la vie. Même chose pour la série The Expendables où il interprète une machine à tuer asexuée nommée Barney Ross. Il n’y a seulement que l’inimitable et inexplicable Marion Cobretti qui est un tombeur. Le protagoniste de Cobra n’entretient pas vraiment de relation avec Brigitte Nielsen dans le film, mais ils ont été mariés de 1985 à 1987, ça doit compter pour quelque chose, non?

Donc, Sly se mérite une note de B dans la section amour. Ses grand rôles ont définitivement projeté des valeurs différentes de ce qu’on voit habituellement à Hollywood, mais on oscille tout de même entre la famille conventionnelle et des protagonistes trop occupés à faire exploser des choses et des gens pour penser à leur prochaine date. On défie les idées établies, mais on ne propose pas vraiment d’alternative.

SEXE

Peu ou pas de sexe dans les grands films de Sylvester Stallone. Pas l’temps.

Plein de scènes de la vie à deux entre Adrienne et Rocky, mais aucune torridité. John Rambo aurait juste eu droit à un p’tit bec et rien du tout pour Barney Ross. John Spartan, son personnage dans Demolition Man, a « fait l’amour », si vous voulez appeler ça comme ça:

Pas de sexe dans Over the Top, juste des gros bras bien huilés. Rien dans Judge Dredd et Bullet to the Head non plus. Le seul film où Sly baise de façon conventionnelle, c’est Cobra et encore là, il vide un sac rempli de grenades et assemble un gun automatique dans la même scène… Pourquoi? On ne sait pas. Y’a une autre scène dans Cobra où Sly rentre chez lui, coupe une pointe de pizza en deux avec des ciseaux et la mange en portant des gants de cuir. Pourquoi? On ne sait pas plus. C’est pour ça que ce film-là est magique. Regardez par vous-même:

La sexualité (ou le manque de) dans les grands films de Stallone est rafraîchissante. Quand y’a des femmes, il les traite quand même bien. Quand y’en a pas, ben y’en a pas. C’est juste une gang de dudes qui se pètent la gueule avec une impressionnante variété d’armes pendant deux heures. Pour son rapport à la sexualité et aux femmes en général, Sylvester Stallone se mérite la note de A. Son principal apport à la culture populaire est d’avoir détaché la masculinité des clichés sexuels et des comportements de colons. En gros, il a prouvé que t’as pas besoin d’être un conquérant sexuel ou de consommer les femmes comme on consomme des Kleenex pour être badass.

VIOLENCE

Bon, là on a plus de matériel à discuter. Les grands films de Sylvester Stallone sont faits de 99% de violence et 1% de tout le reste. Le traitement de la violence au cinéma, c’est une grosse partie de son héritage. D’entrée de jeu, on doit se le dire: un film violent, c’est un film violent. Ça ne transmet pas grand message social à part le fait qu’on peut régler tous ses problèmes en les criblant de balles. On les regarde parce que ça défoule et oui, ça banalise la vraie violence. Celle dont les gens souffrent dans la vraie vie.

Mais, les films de Sylvester Stallone sont quand même un ti-peu différents.

La violence de Stallone est particulière, parce qu’elle semble être sortie du cerveau d’un jeune garçon pré-ado avec plein de testostérone. Elle relève du domaine de la fantaisie. Y’a tellement de choses qui arrivent dans les films de Sly qui n’arriveraient jamais dans la vraie vie (même si les pires personnes au monde essayaient vraiment très fort) et c’est ça qui les rend magiques. Par exemple. À la fin de Bullet to the Head, il fait un combat à la hache de pompier contre le peu charismatique Jason Momoa. J’veux dire, qui pense que c’est cool (ou souhaitable) de se battre à coups de hache de pompier à part un ti-gars?

La série Rambo déborde de ces actes de violence trop ridicules pour être applicables à la vraie vie: il arrache la gorge d’un mec à mains nues (c’est tu possible de faire ça? Qui en aurait même l’idée?), il se bat à coups de rondins avec un stéréotype d’acteur asiatique des années 80, il se fait torturer avec une base de lit en métal, il fait exploser des gars dans des hélicoptères et il fait même exploser un pauvre gars à l’aide d’une flèche montée d’une bombe. Il y a beaucoup de monde qui explose dans ses films.

Admirez le travail.

Contrairement à son contemporain Arnold Schwarzenegger qui adorait empiler les corps dans ses films, Sylvester Stallone se concentre plutôt sur les scènes intense et les confrontations mémorables. Moins de morts (en général), mais on s’en rappelle en maudit, par exemple.

Bref, l’héritage de Sylvester Stallone sur la violence cinématographique est relativement important, parce qu’il est inimitable et beaucoup trop ridicule pour être réaliste. Y’a plus personne qui fait les choses comme lui au cinéma. Qui nous donne la chance de purger nos émotions sans nécessairement nous donner des idées noires. Donc, c’est un autre A ici.

Je donnerais une note finale de A- à l’héritage culturel de Sylvester Stallone. Bien que l’industrie du cinéma ait beaucoup changé depuis ses beaux jours, il a toujours fait les choses différemment et a toujours connu beaucoup de succès en s’éloignant des conventions et des choix faciles. Stallone a été un trend setter dans le milieu des films d’actions toute sa carrière. Il a été imité plusieurs fois, mais jamais égalé.
À voir comment Hollywood aime puiser dans son passé pour le revendre à des générations futures, il serait surprenant qu’on l’oublie de si tôt.

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