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On peut sentir le soulagement dans la voix de Colombe Bourque, la directrice générale de l’Hôtel-Musée Premières Nations à Wendake, lorsqu’elle nous parle de la réouverture, le 1er juillet prochain. Malgré son optimisme naturel, elle concède que les projections pour l’été ne sont pas bonnes. «On a fait des prévisions budgétaires avec des lunettes roses, et j’espère faire 30% d’occupation au lieu de 95%, habituellement.»
L’été est aussi la période la plus achalandée pour Kina8at, un organisme fondé par le chef héréditaire algonquin T8aminik (Dominique) Rankin et l’ancienne journaliste Marie-Josée Tardif, qui propose des activités inspirées de la philosophie et des traditions des Premières Nations. Sauf que cette année, beaucoup de groupes européens ou américains ont annulé leur venue. «On s’attend à recevoir autour de 70 personnes, alors qu’en temps normal on en reçoit plus de 200», explique la directrice générale Marie-Joelle Tremblay.
«On a fait des prévisions budgétaires avec des lunettes roses, et j’espère faire 30% d’occupation au lieu de 95%, habituellement.»
Gerald Longchap, président de la Corporation Nibiischii, explique pour sa part que l’impact de la pandémie sur le tourisme dans sa région est difficile à quantifier. «Au mois de janvier, c’était booké au max, mais avec la COVID, le monde a renoncé à leurs voyages. Mais on ne peut pas dire encore, car ça change beaucoup en ce moment», indique celui qui est également le chef adjoint de la nation crie de Mistissini, près de Chibougamau.
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Depuis le début de la crise, les chefs d’entreprises touristiques autochtones au Québec auraient perdu près de 80% de leurs revenus. Une somme considérable.
Avec tout l’intérêt porté au local depuis le début du confinement, elle espère qu’une partie des vacanciers sera redirigée vers le tourisme autochtone, même si elle ne semble pas trop y croire. «Là on est proche de la reprise de nos activités et je n’ai pas encore assisté à cet engouement.»
«Nous, les Hurons-Wendats, on reçoit les gens depuis 1534, on a reçu Jacques Cartier le premier.»
Les plus gros marchés de l’Hôtel-Musée de Wendake sont la France et l’Italie, mais Colombe précise que la clientèle comporte quand même une certaine part de Québécois. À sa surprise, beaucoup de familles ont réservé. «Je leur dis “vous êtes tellement les bienvenues”. Nous, les Hurons-Wendats, on reçoit les gens depuis 1534, on a reçu Jacques Cartier le premier», précise-t-elle en rigolant.
Selon Mireille Gravel, la Directrice générale de la Corporation Nibiischii c’est plus de 5000 personnes par été qui fréquentent la réserve faunique des lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi. Malgré la pandémie elle s’attend au même nombre de visiteurs cet été.
Malgré ces conditions, Colombe s’estime chanceuse. L’Hôtel-Musée situé près de Québec a pu adapter ses activités et a repensé son environnement à son avantage. «On propose des pique-niques et je peux faire manger 120 personnes autour de l’hôtel. J’ai la chance d’avoir ça. Un hôtel en centre-ville n’a pas ça.»
Elle décrit son produit comme unique, à tel point qu’elle insiste pour que je vienne un jour, car après l’avoir vécu «on n’en parle pas de la même façon». Elle reste optimiste quant au futur du tourisme autochtone québécois. «Ça va reprendre. Contrairement aux États-Unis on a un produit touristique vraiment extraordinaire. On offre la vraie chose, personne ne fait du Walt Disney au Canada.»
Gerald abonde dans le même sens. Il perçoit même la situation actuelle comme un moyen pour élargir l’éventail de personnes qui s’initient au tourisme autochtone. Il décrit cette «vie du bois» comme une expérience authentique, tournée vers la nature et qu’il suffit de tester une fois pour revenir chaque année. «Une fois que tu découvres ça, c’est un changement de vie», assure-t-il.
Le tourisme autochtone raconte une partie de l’histoire du Québec. «C’est nos racines, notre identité en tant que Québécois», spécifie Marie-Joelle de Kina8at.
Depuis son indépendance en 2017, Gerald considère que la corporation Nibiischii découvre l’industrie du tourisme à petits pas. «Mais le changement de secteur, passer de la déforestation et des mines au tourisme, ça c’est un gros pas en avant.»
Il aimerait que toutes les Premières Nations se tournent en priorité vers le tourisme, qu’il considère être un moyen de préserver les terres, les coutumes et le style de vie. «Notre façon de vivre c’est la protection des bois, des terres, des eaux, des animaux, et le tourisme protège cette vie traditionnelle.»
Voilà quelques bons tips si on en est encore à préparer ses vacances locales pour cet été. Le tourisme autochtone permet d’allier activités, nature, découvertes culturelles et enseignements historiques, le kit parfait pour se dépayser tout en restant au Québec.
Si les statistiques de Tourisme autochtone Québec (TAQ) indiquent que 64% des touristes viennent du Québec, Marie-Joelle estime les touristes québécois représentent 40% des visiteurs de Kina8at. «Deux fois par année pendant quatre mois on va en Europe, et l’été il y a beaucoup d’Européens et de groupes américains qui viennent», dit-elle.
Gerald Longchap, ne s’attend pas à une fréquentation en baisse pour cet été. «Depuis le mois de mars, le monde veut sortir des villes et fréquenter la vie naturelle». La nation crie gère depuis 2017 la réserve faunique des Lacs-Albanel-Mistassini-et-Waconichi. Avant ça, la gestion se faisait conjointement avec la SEPAQ. Gerald pense que c’est une des raisons pour lesquelles la réserve accueille beaucoup de touristes québécois. «La majorité connaît le produit SEPAQ et ça influence beaucoup nos clients dont la majorité sont de la province», dit-il. Il espère qu’avec la crise, d’autres clients seront amenés à découvrir la réserve.
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Marie-Joelle voit ce secteur comme un pont pour aider au rapprochement des cultures, mais encore faut-il qu’il soit bien fait. «C’est facile de tomber aussi sur des choses moins authentiques et moins fondées sur de vraies valeurs culturelles autochtones.» Elle recommande vivement de se renseigner en amont en passant par des sites comme celui de TAQ ou par la revue Origin(e).