L’état du monde (de la poutine) en 2016

Il n’y a pas si longtemps, la poutine était honnie des cercles bien-pensants. À l’extérieur du Québec, tout ce que le ROC compte de xénophobes utilisaient l’amour que nous portions à notre plat national pour nous ridiculiser et nous dépeindre comme un peuple décadent aux mœurs relâchées et à l’hygiène de vie douteuse.

Il y a une dizaine d’années, je me faisais souvent traiter de “poutine-eating scum” sur le groupe Facebook “Fuck the Leafs and their fans”, par des Ontariens qui n’hésitaient pas à publier des photos de poutines dans le seul but d’insulter les Habitants.

Mais les choses ont changé progressivement.

Malgré un début de parcours dans lequel notre plat national a dû affronter les préjugés tenaces du ROC, la poutine a fini par s’imposer par elle-même. Elle est désormais offerte partout au Canada. Les Canadians qui crachaient hier sur notre poutine, s’en régalent désormais à la sortie de leurs bars qui ferment encore terriblement tôt! Plusieurs chaînes de restaurant de poutines sont désormais présentes dans l’autre solitude.

Les tentacules de l’empire poutinier s’étendent désormais jusque dans certaines grandes villes américaines et européennes.

Et lors des dernières séries de la Major League Baseball, il était intéressant de constater que le Canada et Toronto étaient souvent représentés par une poutine, dans les médias américains et sur les réseaux sociaux.

Si, à la fin du 20e siècle, le Québec a su rayonner à l’international par le truchement de Bombardier, du Cirque du Soleil et de Céline Dion, force est de constater que c’est grâce à son plat national que le Québec part à la conquête du monde, au 21e siècle! Lentement, mais sûrement, l’impérialisme culinaire québécois s’impose à la face du monde.

L’engouement mondial pour la poutine et l’explosion du marché global de la poutine fera certainement couler beaucoup d’encre dans les siècles à venir. Les universitaires vont sans doute réfléchir longuement sur les causes de l’expansion de l’empire poutinier. On pourrait bien sûr parler de la mondialisation, de la planète qui rétrécit, de l’omniprésence des réseaux sociaux, etc. Mais à la base, la raison pour laquelle le plat national compte des adeptes de plus en plus nombreux reste assez simple : c’est parce qu’une poutine, c’est bon en crisse.

La Poutine Week 2016 donne l’occasion de faire le point sur le chemin parcouru par le plat national et de réfléchir à ses perspectives d’avenir. En consultant la diversité des poutines offertes, force est de constater que notre met national a atteint sa maturité, qu’il s’est ouvert au monde.

L’époque où le fait d’ajouter un ou des ingrédients dans une poutine était vu comme une hérésie ou un crime de lèse-identité est révolue.

Nous sommes désormais assez confiants en nous-mêmes et notre destin, pour accepter que notre poutine puisse très bien accueillir en son sein des éléments provenant de partout dans le monde, sans nous renier en tant que peuple. On peut penser notamment à la poutine italienne ou la poutine au smoked meat qui font partie de nos habitudes alimentaires depuis déjà plusieurs années… Nous avons aussi vu plus récemment arriver dans nos restaurants et nos chaumières la poutine au griot haïtien ou la poutine-taouk.

Il suffit de jeter un coup d’œil au menu de La poutine week pour voir à quel point notre plat national est réinventé à toutes les sauces, sous l’influence notamment de la cuisine fusion.

Ainsi, le restaurant Escondite propose une poutine à base de frites de yuka, sauce au chipotle, fromage en grains et fromage Oaxaca, ananas grillé, porc “al pastor”, coriandre, totopos. Le Biiru suggère une poutine à base de frites de patates douces, sauce au miso, fromage en grains, flocons de tempura, porc effiloché glacé au teriyaki, huile de sésame grillée, kizami Nori et Togarashi(!); le Red Tiger y va d’une poutine vietnamienne, etc.

Mon coup de cœur pour cette année reste sans contredit la poutine MAC Attack du restaurant Dirty Dogs qu’il faut absolument essayer!

Mais il faut se dépêcher, car La poutine week se termine le 7 février et il y a plus de 50 poutines à essayer! Pourquoi se gêner, rendu en février, les résolutions de janvier devraient déjà être oubliées!

Pour lire la critique de la poutine Mac Attack du Dirty Dogs de Rémi Bourget, c’est ICI.

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