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Le p’tit. Y devait faire son premier cours de karaté, la semaine passée, mais il a plutôt regardé sa sœur le faire. Lui, il est resté assis, à côté de moi. Ses yeux tristes se relevaient du plancher une fois de temps en temps, il mimait à petite échelle ce qui se passait devant lui. Il avait peur. Du regard des autres parents. Du peut-être ridicule, de la peut-être erreur, du peut-être ne pas faire ce qu’il faut.
Ça l’a figé. Ça m’a tuée un peu en–dedans.
C’tait pas juste de la gêne. Il était terrorisé. Et j’ai rapidement compris que, dans l’instant, je ne pouvais pas grand-chose pour lui. Tout y est passé: mes mots, encouragements, raisonnements, promesses de récompenses. Rien n’avait de prise sur son angoisse.
Au-fucking-cune.
J’ai dû le regarder se priver d’un moment de plaisir, ne pas se donner le droit de vivre quelque chose parce qu’à quelque part à l’intérieur de lui, il pense qu’il est risible. Dans les catégories “où-l’ai-je-échappé” et “nenon”, ç’a scoré fort. Et c’est aussi là que j’ai compris ce que cette phrase, qui m’a souvent été répétée, signifie: “Quand ils grandissent, les problèmes se complexifient, tu vas voir”. J’ai vu. Et mesuré mon impuissance. Je voulais qu’il veuille, qu’il rit, qu’il apprenne, qu’il se sente confiant. Je voulais que mes mots aient du pouvoir. Sur lui. Qu’ils lui rentrent dedans et coup-de-hachent ce qui lui ronge l’estime de soi. Mes mots, du vent: même affaire.
Ça m’a mise en crisse. Contre moi-même. J’tais pas capable de lui faire faire de quoi pour son bien. Je devais tristement le regarder et mesurer mon incompétence. Mon incapabilité. Je sais que ce sont de mauvais raisonnements, que je ne suis pas le seul vecteur, que blablabla. Je sais. C’est la mesure de son indépendance, de son autonomie, qui m’a troublée, je pense. Il est clairement un être à part entière avec sa vie intérieure, ses angoisses et ses réflexions auxquelles je n’ai plus autant accès qu’avant. Je dois faire avec. Mais j’ai comme juste le goût de lutter, de résister. Pour lui. Parce que ça me fait peur – degré “chienne”, la peur – qu’il se refuse de la joie. Du bon. Ce refus d’en éprouver n’était pas le premier. Et je sais beaucoup trop où ça peut mener un humain que de se dire que le doux de la vie, on n’y a pas droit, qu’on ne le mérite pas. Que de trembler dans les yeux d’autrui.
La parentalité, c’est parfois, être démuni en esti.
L’important, j’imagine, c’est de parvenir à se trouver une pogne, de s’y tenir et d’essayer encore et encore. Parce que y’a rien d’autre à faire, anéwé. On peut pas démissionner, lâcher, aller se cacher, partir. Faque j’ai commencé par lui serrer la main, fort. À chaque fois que j’ai pu, cette semaine. Je ne sais jamais trop qui réconforte qui, en fait, mais c’est un détail. On a pratiqué ce que sa sœur avait fait, ce qu’il avait vu. On a fait l’exercice mental du “imagine les gens nus” (et une version scato “qu’ils se sont tous fait caca dessus, ce qui explique qu’ils ne peuvent bouger”), ça l’a fait rire beaucoup.
Samedi, on va retourner au karaté. Il fait les marques sur le calendrier. On s’est dit que ça valait le coup d’essayer, une deuxième fois. Et il veut beaucoup être un ninja. J’espère qu’il ira sur le tapis, qu’il verra que ça va, que personne ne rit de lui, qu’il ressentira du plaisir. Qu’il est capable de tenir grand dans les yeux de tout le monde. Surtout les miens. Surtout les siens. Qu’on se fera des pouces en l’air. Qu’on ira manger une crème glacée, après.
J’espère fort.
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