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«Si les Québécois ne passent pas nous voir cet été, on ne passe pas au travers», me lance Émilie Pelletier, responsable du développement des affaires chez Cyclo Services, une petite entreprise touristique qui roule depuis 25 ans à Québec.
Très connu du milieu touristique, Cyclo Services offre chaque été des tours guidés à vélo dans la capitale nationale et ses alentours aux nombreux touristes qui sont en visite.
Cette année, avec les frontières fermées, la petite équipe est en mode solution face à la perte de sa clientèle cible.
Les retombées touristiques représentent 1,6 milliard de dollars pour Québec.
Mais en ce moment, c’est plus de 40 000 emplois et 2600 entreprises qui sont ni plus ni moins sur la glace.
Leur demande? Avoir une idée du plan de déconfinement, question de pouvoir s’organiser en conséquence afin de mieux planifier les prochains mois.
D’autant plus que les dernières indications de la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, ne présentaient pas de date précise pour les prochaines étapes du déconfinement des autres secteurs de l’industrie touristique, autre que le camping. Et les dernières informations concernant une quelconque forme d’aide financière restent nébuleuses.
Il y a une lueur d’espoir du côté des restaurants, mais plusieurs attraits touristiques restent fermés et d’autres ne sont pas en mesure d’offrir l’ensemble des services nécessaires au bon fonctionnement de leurs entreprises.
L’appréhension se fait aussi sentir du côté de l’Office du Tourisme de Québec (OTQ), une association qui regroupe 897 entrepreneurs de la région.
«On ne peut pas avoir le niveau d’incertitude et le niveau de problématique que les entrepreneurs ont actuellement sans qu’il y ait des conséquences.»
Selon Jean-François Côté, hôtelier et président du conseil de l’OTQ, «on ne peut pas avoir le niveau d’incertitude et le niveau de problématique que les entrepreneurs ont actuellement sans qu’il y ait des conséquences».
«Dites-vous qu’à Québec il y a 17 000 chambres d’hôtel et il y a en juste 3000 d’ouvertes. Ça laisse énormément de bons employés en disponibilité. C’est la réalité, c’est incontournable. Il y a des programmes d’aides, oui, mais ça ne va pas durer éternellement», ajoute-t-il.
L’OTQ déclarait d’ailleurs dans un communiqué que «la survie de l’industrie touristique dépendra du tourisme intra-Québec, voire même régional» et appelle le gouvernement à fournir un calendrier clair de déconfinement.
«Il s’agit du seul scénario envisageable pour sécuriser nos emplois et ainsi préserver les emblèmes touristiques uniques à la région de Québec.»
Pour affronter l’état actuel des choses, les entrepreneurs touristiques de Québec sont sur les chapeaux de roues pour innover et garder leurs entreprises sur les rails en attendant les prochaines consignes de santé publique pour l’industrie.
«On a pris des décisions hier, aujourd’hui et demain on va revenir sur nos pas pour réajuster le tir. Et c’est comme ça tous les jours afin d’œuvrer vers le succès de l’entreprise. On est surtout en mode écoute de nos clients. À l’écoute de leurs besoins», me confie Émilie Pelletier de Cyclo Services.
Devant l’engouement généralisé pour le sport, l’équipe de Cyclo Services a notamment pris la décision de se lancer dans la location à long terme, étant donné que les vélos ne peuvent être utilisés pour les tours guidés.
«Ce genre de service permet aux gens hésitants de faire la dépense pour un nouveau vélo, d’en faire l’essai sur une plus longue période et ainsi de prendre une décision éclairée, mais aussi d’économiser et de découvrir la région», m’explique-t-elle.
«Ce qu’on dit, c’est qu’on veut remplir Québec de touristes… à capacité permise, affirme Jean-François Côté. On veut le faire de la bonne façon, on doit le faire en respectant la sécurité de nos visiteurs et la sécurité des employés.»
«On se fera pas de cachette, le tourisme, c’est majeur à Québec, et on est bien conscient que ce sera pas un été tout à fait comme les autres», ajoute-t-il.
«Si les Québécois ne passent pas nous voir cet été, on ne passe pas au travers.»
«Dans l’industrie, on passe l’hiver à vivoter, on engrange les billets l’été et par la suite, on vit pour le reste de la saison avec l’accumulation. Cet été, il n’y aura pas de possibilité de se renflouer. On voit les paiements arriver et le niveau d’insécurité est très élevé», me dit Jean-François Côté.
«Jusqu’à présent, on a réussi à survivre grâce à l’engouement autour du vélo et vu que notre atelier roule à fond, explique Émilie Pelleter. Mais malgré tout, on fait une fraction de ce qu’on faisait à pareille date l’année dernière. Normalement, on serait 30 employés et en ce moment, on est 5-6 qui ne font pas tous du temps plein.»
«J’espère vraiment que les gens qui viendront faire un tour dans la région cet été penseront à louer un vélo. Je suis certaine que les gens vont retomber en amour avec leur Québec», me lance Émilie, pour qui le dévouement n’a pas de limite!
«L’acte touristique au Québec, c’est de supporter les 90 000 entrepreneurs québécois qui fournissent des attractions, des hébergements, de la restauration. C’est vraiment un acte d’achat québécois que de faire de la consommation d’un produit touristique», affirme Jean-François.
D’autant plus qu’à Québec, 70% de la clientèle touristique est locale.
«C’est déjà notre réalité! Alors, nos prévisions d’achalandage pour les prochains mois sont réalistes, mais on aimerait beaucoup qu’elles deviennent optimistes. Et pour que ça fonctionne, il faut que les gens voyagent cet été», laisse tomber l’entrepreneur.
«Tout ce qu’on veut, c’est un programme pour attirer les gens et s’assurer que les portes ne soient pas barrées à leur arrivée.»
De son côté, Cyclo Services pourrait passer au travers de cette crise, mais comme suggère Émilie, «l’équipe, elle, risque d’avoir de la difficulté financièrement dans les prochains mois». Si les clients ne sont pas au rendez-vous, difficiles seront les décisions à prendre pour l’équipe.
Comme le dit l’OTQ, «le tourisme sera l’une des dernières industries à se remettre de cette pandémie». Il est d’ailleurs prévu que la situation actuelle aura des répercussions au moins jusqu’en 2022.
Reste à voir si le gouvernement fera patienter les membres de l’industrie encore longtemps pour connaître le plan pour la suite des choses du côté de l’industrie touristique.
«Tout ce qu’on veut, c’est un programme pour attirer les gens et s’assurer que les portes ne soient pas barrées à leur arrivée», conclut l’hôtelier Jean-François Côté.