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Quand Ayda, qui cumule 6 ans d’expérience dans les ressources humaines, a demandé dans un groupe Facebook rassemblant des conseillers et conseillères en ressources humaines du Québec si des personnes étaient intéressées à former un groupe de soutien sur la gestion de la charge mentale, elle ne s’attendait pas à susciter un tel engouement.
« J’ai eu beaucoup, beaucoup de réponses positives et là, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. La Cabane RH a rassemblé 150 membres Facebook en deux semaines, et j’ai énormément de gens qui veulent s’impliquer bénévolement », précise la jeune femme.
L’objectif du groupe Facebook? Soutenir les salariés en ressources humaines sur les questions de charge mentale et de pression au travail.
Alors que la pandémie a eu un impact sur la condition physique et/ou mentale de près des deux tiers des conseiller.ère.s en RH, l’intérêt généré par l’initiative d’Ayda confirme le besoin de soutien pour ces professionnel.le.s aux multiples tâches, à mi-chemin entre les employés et la direction.
Première difficulté pour les employé.e.s des ressources humaines : subir les aprioris des autres salariés.
Quand on pense aux RH, c’est souvent de manière positive ou négative, sans aucune nuance.
Après tout, c’est aux ressources humaines d’annoncer un licenciement ou d’appliquer des sanctions disciplinaires.
Nécessairement, de telles responsabilités les isolent des autres salariés. Laurence l’a beaucoup vu en sept années de carrière au sein de différentes entreprises : « Pendant les partys de bureau, ça arrive souvent qu’une personne finisse, après quelques verres, par me demander pourquoi j’ai donné une sanction disciplinaire, pourquoi tel employé a été renvoyé… Bref, on me ramène tout le temps à mon rôle, un peu comme si j’étais la police du bureau. »
À cette catégorisation s’ajoute la confidentialité des dossiers qui renforce cette distance au quotidien. Laurie, du haut de ses huit années d’expérience, est la seule conseillère en RH de son entreprise.
« Si j’ai une bonne nouvelle à annoncer, je peux la partager avec la finance, à côté de mon poste. Mais les dossiers difficiles, je préfère les garder pour moi. »
« Je vais peut-être en parler à mes collègues en ressources humaines basés dans d’autres pays, mais ce ne sont pas des relations du quotidien où, pendant la pause-café, tu peux te confier », explique-t-elle.
Cette distance avec les employés permet, en revanche, de se protéger face à des situations parfois difficiles qui ajoutent à la charge mentale associée au poste.
Eva, malgré ses douze années d’expérience, se souvient encore de son premier licenciement. « Je ne trouvais pas les mots, j’avais les mains moites. On a parfois des rôles très délicats, par exemple lorsqu’il faut parler devant 300 personnes pour expliquer une nouvelle politique d’entreprise. Ce n’est pas tout le temps nous qui prenons la décision, mais c’est souvent nous qui devons la communiquer », résume-t-elle.
Toutes les personnes que j’ai interrogées sur le sujet déplorent l’image de « bureau des plaintes » qui colle à leur département. Car s’ils peuvent effectivement se charger de les recueillir, les RH ont aussi l’impression, parfois, d’être pris pour des psychologues ou de répondre à des tâches qui ne relèvent pas de leurs compétences.
« Pendant le confinement, j’étais soudainement devenue l’experte en santé publique. Ou alors, je devais gérer les problèmes personnels des employés. »
« On n’a jamais vu ces choses à l’école, et on n’est aucunement formé pour recevoir une telle charge émotionnelle », rappelle Laurence.
Laurie confirme subir régulièrement les attentes parfois trop élevées de certains de ses collègues : « J’ai l’impression qu’on s’attend à ce que je résolve un problème d’un coup de baguette magique, alors que des problèmes de management, par exemple, ça peut prendre des mois à résoudre. »
D’où l’intérêt, pour les conseiller.ère.s en RH, de se tourner vers leurs pairs, pour échanger des conseils, se soutenir ou tout simplement pour vider son sac… tout en respectant la confidentialité associée à leur poste.
« Il y a beaucoup de groupes RH, sur les réseaux sociaux. Par exemple, un groupe WhatsApp rassemblant des personnes en ressources humaines pour se poser des questions et profiter de l’expérience des autres, parce qu’il y a plein de choses qui se passent durant le travail et qu’on ne peut pas avoir réponse à toutes les situations », détaille Eva.
Pour tirer le meilleur de sa profession et éviter les coups de blues, les conseillères en RH interrogées ne manquent pas de conseils. Par exemple, Eva suggère d’entamer sa carrière dans des entreprises ayant un département des ressources humaines composé de plusieurs employé.e.s.
Elle a même la chance d’être dans une entreprise qui a des « RH pour les RH ».
« C’est la première fois que je travaille dans une entreprise qui a mis en place des conseiller.ère.s en RH pour s’occuper de nos besoins, et ça nous aide beaucoup. »
La cadre s’est également investie à fond dans son entreprise pour qu’on la considère comme « Eva », et pas juste comme « la fille des RH ».
« J’ai aidé l’entreprise à démarrer un club sportif pour tisser des liens. On est aussi partenaire d’un organisme qui aide des personnes en situation de handicap ou d’exclusion à trouver du travail. Bref, j’essaie de faire plusieurs petites actions pour montrer que les RH, ce n’est pas que du négatif », détaille Eva.
Ayda, elle, espère pouvoir passer à la vitesse supérieure avec La Cabane RH, en consolidant le réseau qui s’est créé et en développant ses activités. Elle a demandé à ses membres ce qu’ils souhaitaient retirer du groupe de soutien en santé mentale, et, parmi les 120 réponses récoltées, trois points sont revenus fréquemment : « Des groupes d’échange virtuels hebdomadaires, des ateliers de formation pour favoriser la santé mentale et fournir des outils pour prévenir le stress et, enfin, des activités sociales pour décompresser », liste l’administratrice du groupe.
Les quatre RH admettent aussi que le soutien des proches et d’un groupe d’amis en dehors du travail aide beaucoup. Et puis, si on est le ou la seul.e conseiller.ère en RH de sa boîte, un bon moyen d’éviter le coup de blues est de se sentir en accord avec la direction. « Le premier truc pour que les employés des RH se sentent bien, c’est que la direction soit alignée avec eux. Si un directeur d’entreprise n’écoute pas ce que lui dit son département des RH, le sentiment de solitude sera à son max, et vous ne durerez pas, parce qu’il faut être aligné sur les valeurs de l’entreprise », conclut Laurie.