Les résolutions : stress inutile ou coup de pied au cul nécessaire ?

Apparemment, l’habitude de prendre des résolutions daterait d’il y a 4000 ans, alors que les Babyloniens promettaient de rembourser leurs dettes au début de chaque année. Durant les dernières décennies, des classiques ont émergé et reviennent sans cesse: perdre du poids, faire de l’exercice, arrêter de procrastiner, etc.

Mais prendre des résolutions, est-ce que ça sert vraiment à quelque chose à part nous remplir de bons sentiments pendant une semaine et nous faire culpabiliser le reste de l’année?

J’ai demandé à plusieurs personnes autour de moi ce qu’elles en pensaient et il semble y avoir principalement deux écoles de pensée…

Fuck les résolutions

Ce n’est pas une surprise: beaucoup de personnes HAÏSSENT prendre des résolutions. Je n’avais pas encore fini de poser ma question et ils roulaient déjà des yeux: le « New Year, New Me », très peu pour eux.

Ils ne rechignent d’ailleurs pas à revendiquer leur haine des résolutions (d’une façon qui fait un peu penser aux gens qui détestent la Saint-Valentin).

Parmi leurs chevaux de bataille: l’argument de l’arbitraire. Pourquoi, tout à coup, parce que c’est le 1er janvier, on devrait vouloir faire des changements? On pourrait plutôt attendre que la vérité nous frappe concrètement. Que l’escalier roulant de la station Jean-Talon tombe en panne, et que notre cœur qui pompe alors qu’on émerge du sol nous fasse prendre conscience qu’un peu de sport ne nous ferait pas de tort…

Les « anti-résolutions » ont un autre bon point: les résolutions, on ne tient pas ça

Mais l’esprit humain aime les dates tranchées, les chiffres ronds. Après tout, quand on fait un défi du genre « un mois sans alcool », on ne le commence pas le 12 mars, non? Et on n’a pas fêté fort le 373e de Montréal…

Les « anti-résolutions » ont un autre bon point: les résolutions, on ne tient pas ça. C’est vrai, la plupart d’entre elles échouent. Et qui plus est, comme la volonté serait une ressource « limitée », le fait de prendre toutes nos résolutions d’un coup au Nouvel An assure pratiquement que les changements seront impossibles à mener à terme. « Les mauvaises habitudes sont difficiles à changer — et elles sont impossibles à changer lorsqu’on s’attaque à toutes en même temps », souligne ce papier du Wall Street Journal, qui conseille plutôt d’étaler nos résolutions sur l’année (bref, l’inverse de ce qu’on a tendance à faire avec les « fresh starts »).

On vit d’espoir

D’autres personnes sont évidemment plus enthousiastes. Que ce soit sous la forme d’introspection ou de défis entre amis, il est important pour eux de se donner des objectifs pour l’année à venir.

Les méthodes varient beaucoup. Par exemple, un ami me disait qu’il fait un grand souper à la fin du mois de décembre avec sa gang. Chaque personne y prend 10 résolutions (!) qui sont écrites sur un carton, et au souper de l’année d’après, la personne qui a réussi à en tenir le plus remporte un cadeau de groupe.

Mais même ceux qui aiment prendre des résolutions reconnaissent que c’est difficile de les respecter. Selon une étude publiée dans American Psychologist, il serait d’ailleurs fréquent que les gens reprennent chaque année la même résolution, « souhaitant en moyenne à 10 reprises l’élimination d’une même mauvaise habitude ».

Après 10 ans d’échec, pourquoi ces personnes ont-elles encore l’espoir de changer?

Souvent, c’est qu’elles identifient quelque chose qui pourrait changer la donne. Un nouveau gym a ouvert à côté près de leur maison, un nouveau partenaire les aiderait dans leur cheminement, etc. On ne peut pas leur en vouloir d’espérer: après tout, des gens qui ont arrêté de fumer après leur huitième tentative, ça existe!

Après 10 ans d’échec, pourquoi ces personnes ont-elles encore l’espoir de changer?

Il faut aussi garder en tête que les facteurs d’échec des résolutions peuvent être corrigés. Parmi ceux-ci, on retrouve: se fixer des objectifs trop élevés, déterminer un délai de changement trop court ou surestimer à quel point l’atteinte d’un objectif va changer notre vie. Et ces facteurs peuvent être dommageables: « tenter d’atteindre un but inatteignable est considéré comme une cause ou un facteur de maintien d’une dépression », peut-on lire dans l’étude précédemment citée.

Quand on ne réussit pas à tenir sa résolution, on peut s’en foutre et en rire, mais on peut aussi vivre de l’anxiété, un sentiment d’échec, avoir de la difficulté à se concentrer, de la fatigue, perdre des amis… ça peut franchement affecter son estime de soi.

Plusieurs vivent alors le 31 décembre dans l’angoisse du bilan, même si leur résolution était ironiquement d’arrêter de stresser. Comment remédier à cela?

Des trucs

Vous vous doutez que si votre résolution est le classique gros défi « arrêter de manger du fast food, m’entraîner 5 fois par semaine et ne plus aller sur Facebook », vous risquez effectivement d’échouer. Mais certains trucs existent pour mener à bien vos résolutions si vous choisissez d’en prendre.

Un qui me plaît: formuler ses résolutions d’une façon « positive ». Un exemple: si votre résolution est de manger mieux, il ne faut pas visualiser que vous perdez des points quand vous allez au McDo, mais plutôt que vous en gagnez quand vous vous cuisinez un bon repas.

Formuler ses résolutions d’une façon « positive »

Il faut aussi éviter de devenir obsédé: si on essaie de mieux manger, à la place de passer son temps à penser à la bouffe, on devrait déplacer son attention ailleurs. Trouver des bonnes recettes santé, c’est bien. Passer sa journée sur des blogues de cuisine quand on essaie de faire attention, ça peut devenir contre-productif.

Sinon, comme les changements de vie sont difficiles, pourquoi ne pas plutôt prendre des résolutions atypiques? On peut établir quelque chose qui se rapproche plus d’une « bucket list », mais qui nous aide quand même à accomplir des choses que l’on souhaite. Par exemple:

  • Essayer un nouvel aliment chaque semaine (que ce soit un nouveau fromage à l’épicerie ou un plat dans un resto);
  • Dire oui à la prochaine activité à laquelle on aurait dit non par réflexe (escalade, par exemple);
  • Faire un DIY chaque mois;
  • Choisir un sujet chaque mois et apprendre là-dessus dans ses temps libres à la place de scruter les photos des autres sur les médias sociaux (par exemple écrémer les pages Wikipédia de l’histoire de son pays en janvier, lire des bandes dessinées étrangères en février, suivre un cours de psycho en ligne en mars…);
  • Chaque fois qu’on ouvre la bouche pour bitcher inutilement, la refermer (deux amies m’ont dit que ça avait marché d’un seul coup pour elles!).

Et après tout, notre résolution, ça peut aussi être d’arrêter d’angoisser avec la perfection…

Personnellement, j’aime bien les « résolutions-réflexes », c’est-à-dire de développer un nouveau « stimulus = réflexe ». Par exemple, lorsque je me rends compte que je revois quelque chose que j’ai déjà vu sur une plateforme comme Facebook, ça veut dire que je suis là depuis assez longtemps, et je me force à aller faire autre chose (lire, prendre une marche, peu importe).

Qu’on aime ou non les résolutions, au final, mon ami Mathieu a sorti cette phrase, que je trouve belle et simple: « Il n’y a pas de honte à vouloir devenir un meilleur être humain. » Prendre une résolution, peu importe quand, c’est se dire que pour nous-mêmes ou ceux qui nous entourent, on a envie de faire quelque chose de bien, et c’est difficile d’être comme ça.

Et après tout, notre résolution, ça peut aussi être d’arrêter d’angoisser avec la perfection…

Et vous, vous avez un défi pour l’année?

Pour lire un autre texte de Camille Dauphinais-Pelletier : « Quoi faire avec les bibittes qui vivent chez vous? »

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Aime les journaux en papier, prendre des notes à la main et envoyer des fax.

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