On a souvent l’impression qu’on se tient debout, tuseul. Pis c’ben sain comme croyance et pas tant faux. S’il fallait se laisser aller au vide ambiant, ce serait intense l’existence. Ce serait chancelant.
D’la pogne, y’en a pas tant dans l’air. À moins de longer des murs, de se promener dans une bulle. Les lieux d’effouarage sont limités quand faut se tenir.
Les pieds nous portent, nous ancrent. Espère-t-on. Veut-on. Croit-on. Autonome de soi. Automate aussi. Se lever, avancer, se poser. Tuseul. Un peu tout le temps.
Sauf que pour toutes les fois où je me suis ramassée à terre, en tas sul plancher, je sais aussi que le corps ne se suffit pas, tout le temps. Ça lui arrive de ne pas être capable. Des fois, être debout, ça veut dire avoir le vertige, la nausée. Des fois, se lever, le matin, c’est se crisser en bas du lit. Littéralement. Ramper un moment parce que du plomb ou trop de mou dans l’être.
C’est du dedans que tu peux pas te tenir, en fait. Ta colonne, tes os, tes muscles sont partis jouer à cachette. Mais faut ben que tu vives, que tu meuves.
Fa’que c’est là que tu les ressens. Les poutres. Ces autres qui se promènent, te croisent, défilent devant pis dans tes yeux. De loin, de proche, c’est selon.
Parfois, une main se presse contre la tienne, la prend, nouage de doigts, chaleur de paumes. Mais nécessairement, parce qu’on peut pas rester glués pour toute la vie, vient ce moment où les bouts de doigts se glissent dessus, hésitent, se lâchent. On aurait alors le goût de tomber, mais des traces d’impressions, ça peut faire la job. Se repasser le feeling en boucle, dans la tête, sur la peau.
L’épaule contre laquelle je me suis appuyée.
Ce corps sur lequel je me suis affaissée. Y’avait un cœur qui battait pour deux, je l’entendais sous le tissu du chandail. Le mien a pu prendre un break, ralentir, s’arrêter. Je me suis pausée. J’ai ressenti l’air que j’inspirais.
D’autres fois, c’plus subtil que ça. Des mots, des sourires, un point vert à droite d’un écran. Petits machins à collectionner dans sa tête, à se pinner sul tableau du rappelle-toi-don’-de-ça.
Y’a ces autres aussi, plus rares, que tu peux ressentir jusque là, dans ton fond d’être. Sont là, tout le temps. Un core. Un socle, je sais pas trop. Ça tient, ça soutient, ça empêche l’effondrement ou des bouts d’effondrement. Même dans leur absence, tu peux les entendre, sentir leur appui, leur « tombe-pas ». Souvent avec eux, le poutrage est mutuel, réciproque. Dans le regard, les rires, les larmes, aussi, « une chance qu’on s’existe » s’entend en boucle. Phrase soundtrack, réconfort permanent.
T’sais, je te dis toute ça, mais sérieux, bin’que trop souvent, je la pèse la solitude, mon tuseule, mon être chancelant. J’hangover la vie, un peu trop souvent. Mais je ne peux pas ne pas m’attacher à l’idée. C’comme mon acte de foi, ma conversation de marde avec l’Univers. Je crois aux poutres. N’ai besoin. Qu’on se tienne la main pis le cœur pis le souffle.