Les « Money Diaries » vs la réalité

Parler d’argent sans tabou, c’est bien. Mais faut aussi être réaliste.

Comme beaucoup de milléniaux, j’ai découvert les chroniques de type Money Diaries lorsque j’étais encore à l’université. Je pouvais passer des heures à lire comment de parfaites inconnues dépensent leur argent alors que mes travaux restaient inachevés et que ma dette étudiante augmentait à vue d’œil. Ne vous inquiétez pas, mon parcours scolaire n’a pas (trop) souffert de ma petite obsession pour les journaux intimes qui parlent de cash, mais mon portefeuille, lui, en a très certainement ressenti l’effet.

Qu’est-ce que les Money Diaries? Ce sont des chroniques financières où quelqu’un, habituellement une jeune femme, note toutes ses dépenses pendant sept jours, puis les partage dans un texte qui décrit sa semaine. Le site américain Refinery29 a rendu le concept très populaire, tellement que la compagnie a publié un livre sur le sujet.

Je pense qu’une partie de la fascination que ces textes engendrent vient du fait que l’argent soit encore et toujours un sujet extrêmement tabou. Examiner les dépenses de quelqu’un sans filtre, ça réconforte ou ça confronte.

Dans une semaine typique, on retrouve plein de dépenses assez relatable comme les lattés en route vers le travail, le Uber qu’on prend parce qu’on est en retard pour un meeting ou le paiement de voiture qui arrive comme un cheveu sur la soupe au milieu de la semaine. D’autres dépenses, comme des shopping spree à 600 dollars, des traitements esthétiques dans des endroits fancy ou des sorties au resto tous les soirs, font plutôt sourciller.

Je pense qu’une partie de la fascination que ces textes engendrent vient du fait que l’argent soit encore et toujours un sujet extrêmement tabou. Examiner les dépenses de quelqu’un sans filtre, ça réconforte ou ça confronte. D’un côté, on voit qu’on n’est pas tout seul à s’acheter un lunch d’urgence le jeudi midi parce qu’on a oublié d’en préparer un la veille, mais ça fait aussi réaliser qu’on est une génération qui vit souvent bien au-dessus de ses moyens.

Pour Refinery29, leurs Money Diaries s’attaquent à «ce qui est sûrement le dernier tabou de la femme moderne : l’argent» en demandant aux milléniaux comment ils dépensent leur hard-earned money pendant la semaine. C’est le côté «hard-earned money» qui dérange le plus ceux qui critiquent la chronique. Car la plupart des personnes qui partagent leurs dépenses ont un revenu beaucoup plus élevé que la moyenne, n’ont pas ou très peu de dettes et/ou reçoivent de l’aide financière de leurs parents.

Il n’y a bien sûr rien de mal à avoir de l’argent (ou des parents qui en ont). Ce qui est dérangeant, c’est qu’en donnant autant de visibilité à des personnes aisées, on normalise leur privilège. La plupart des jeunes adultes ne sont pas du tout dans ce genre de situation financière et de ne voir représenté qu’un style de vie aisé dans ces chroniques, ou encore sur les médias sociaux, finit par donner l’impression aux gens qui gagnent moins d’argent qu’ils et elles sont inadéquat.es.

Il y a un côté amusant et un peu voyeur à regarder les dépenses des autres, mais pour moi, le fun s’arrête quand ce genre de contenu devient une source d’envie et d’anxiété. Je pense que les Money Diaries ont ouvert le dialogue sur les revenus et les dépenses, mais qu’on devrait maintenant s’efforcer, comme dans tout d’ailleurs, de présenter une version plus diversifiée et réaliste des finances de notre génération.

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