40 onces de chocolat chaud

Notre rédacteur en chef web a les pires idées. On a décidé qu’on allait arrêter d’essayer de l’empêcher. Ça lui apprendra.

Lundi, 13h, deuxième étage du Marché Jean-Talon. Oui, il y a un deuxième étage au Marché Jean-Talon. C’est là qu’ils tournaient les Kiwis, avant. Maintenant, c’est là que se situe la cuisine de La Tablée des chefs, un organisme qui donne des cours de cuisine à des enfants défavorisés et qui redistribue les surplus de restaurants à des familles dans le besoin. A priori, des bonnes personnes.

Pour ramasser des fonds, ils se sont associés à une compagnie de chocolat, Valrhona, et à 22 restaurants, cafés et pâtissiers du grand Montréal pour organiser La Grande Tournée du Chocolat Chaud, en fin de semaine (le 17 et 18 janvier 2015). Le concept est simple: les établissements ont créé des recettes de chocolat chaud spéciales pour l’événement, qu’ils vendront 3$. 50¢ par boisson sera versée à la Tablée. Jusqu’ici, tout va bien.

Sauf qu’on est lundi, et que je suis au Marché Jean-Talon, à l’événement de presse. On a invité des médias et blogueurs à venir déguster vingt des créations originales pour la fin de semaine.

Et j’ai eu la mauvaise idée de prendre ça pour un défi.

20 échantillons de 2 onces chacun de chocolat chaud fancy. Je devrai tous les finir, même ceux qui ont des guimauves ou de la crème fouettée.

Go.

Ça commence rough. Le Point G est parti d’un chocolat à 69% et y a ajouté un petit kick: dans la boule de chocolat noir qu’ils mettent dans la tasse, il y a de ces bonbons qui explosent en bouche. Résultat: un chocolat chaud pétillant. Ça saisit. On continue. One down, nineteen to go.

Du chocolat chaud au chai avec une mousse de lait de coco et du zeste de lime. Nice.

Ici, ils ont mis des noisettes pralinées.

Chez Geneviève Grandbois, ils font leur propre miel, qu’ils ont utilisé pour sucrer le chocolat chaud, en plus d’ajouter une guimauve au miel dans le mix. Ça se passe toujours bien.

Deuxième guimauve du projet, celle-ci à la cardamome. C’est vraiment l’épice à l’honneur cette année, on dirait, parce qu’il y en avait presque partout.

À la Folie, eux, ont décidé d’exagérer. Le chocolat est déjà bien riche et crémeux… et leurs guimauves (encore!) sont nappées de caramel régulier et de caramel d’érable.

Rendu là, je commence à filer moyen. Je suis rendu au neuvième, soit 18 onces (530ml) de chocolat chaud, et pas le moins riche. Déjà, ce matin, j’ai plus ou moins déjeuné (deux cafés, ça compte comme un déjeuner, je pense). J’ai chaud et je suis étourdi. Je n’ai pas encore passé la moitié.

Un verre d’eau glacée me semble une excellente idée. Avant tout, je me fais happer par le dude de Fous Desserts qui a décidé de ne pas faire comme tout le monde et de faire une infusion de grué de cacao.

La minute éducative

Voyez, le chocolat, c’est fait avec du cacao. Le cacao, ça pousse dans une cabosse (la grosse affaire que vous voyez en haut). Dans la cabosse, il y a des fêves (les trucs qui ressemblent aux amandes, dans le milieu), et quand on ouvre les fêves, on trouve le grué, et c’est avec ça qu’on fait le chocolat. Normalement.

Mais lui il a décidé d’en faire une infusion. C’est léger et ça fait du bien.

J’ai quand même envie du plus grand verre d’eau de la Terre.

C’est alors que commence le discours du monsieur de Valrhona et de la madame de La Tablée, en même temps qu’un “sympathique” waiter me tend une assiette avec des petits gâteaux. “Financier au grué ou petit gâteau ananas et chocolat blanc?”, me chuchote le sadique personnage. Fidèle à l’esprit du défi, je prends un de chaque. À part les guimauves, c’est la première nourriture solide que je mange depuis les tacos de la veille.Je finis par me rendre à la table aux pichets d’eau.

Les gâteaux sont revenus là-bas. Je commence à me dire que le gars a juste fait une tournée pour en offrir aux pauvres gens qui manquent de jugement comme moi. Je le trouve d’autant plus sadique. Ils étaient vraiment bons, tho.

Le Ritz-Carlton ne fait pas les choses à moitié, avec un chocolat 70% au poivre des Dunes et à la fleur de sel de Camargue. C’est délicieux et juste assez relevé. Je trouve que trop peu de gens se sont donnés la peine d’ajouter du piquant dans le mix, alors que tout le monde sait que le chocolat au piment fort est une des meilleures choses qui existent.

…avec le chocolat aux framboises. (Je ne comprendrai jamais les gens qui n’aiment pas les framboises. C’est comme ne pas aimer les couchers de soleil, ou le son du rire d’un enfant au printemps.)

Chez Laloux, ils se sont gâtés sur le terroir. Chocolat. Épices chai. Guimauve au sapin (!). Nice shit.

Je commence à être étourdi.

Soyons clairs: je savais que c’était une mauvaise idée à la base. Mais c’est à peu près rendu là, au douzième, que j’ai saisi l’ampleur de la chose.

Ça ne pouvait pas bien se terminer.

Le suivant offre un format plus petit, mais plus concentré. “Des shooters”, dit-il, sauf qu’il recouvre le tout de mousse de lait, alors ça revient pas mal au même.

Mention spéciale à Miss Choco, qui était sur Skype tout au long de l’événement, ne pouvant pas être présente sur place parce qu’elle était encore au Brésil en train de magasiner du cacao. Y’a pire, comme job, je trouve.

Pas de file à Juliette et Chocolat, pour une fois. Mais ces hosties-là m’ont tué raide. Du chocolat chaud aux framboises, ça va. Mais la crème fouettée, elle aussi aux framboises (notez la sympathique bien que traîtresse teinte rosée) a assez rapidement transformé ce délice onctueux en sueurs et quelque chose qui s’apparentait à de l’arythmie cardiaque.

Ça commençait à faire beaucoup, mettons.

Un hostie de praliné avec une hostie de guimauve. Je commence à suer abondamment.

Du christ de chocolat blanc avec du lait chaud, c’est rendu de la torture tout simple et délicieux.

Et parce que je suis inconscient et que je ne réfléchis pas avant de faire les choses, j’ai gardé le grand chef Patrice Demers pour la fin.

D’ailleurs, tous ceux qui participent à la Grande Tournée courent la chance de gagner un atelier de pâtisserie avec m’sieur Demers. C’est chic, quand même.

Il est 14h30 et ma mission est accomplie. J’ai bu vingt verres de deux onces de chocolat chaud en à peine une heure et demie. J’ai les mains qui tremblent depuis une demi-heure. J’ai chaud, j’ai la tête qui tourne.

De retour au travail, mes collègues trouvent que j’ai l’air saoul. Je pense que mon corps ne comprend tout simplement pas ce qui se passe. Je suis au-delà du sugar high : je suis rendu sugar drunk.

Je quitte le bureau en ayant rien accompli de grandiose pendant les deux dernières heures. Arrivé chez moi, je réalise que je n’ai toujours rien mangé depuis le souper de la veille. Pourtant, je suis loin d’avoir faim.

Mon foie commence à me lancer des signaux plus ou moins agréables. (Pense « pic à glace dans le flanc », ça va te donner une idée.)

Heureusement, j’ai du Perrier au frais. J’en cale une bouteille d’un litre. Ça ne s’améliore guère.

Je n’ai pas dormi, cette nuit-là. Ou peut-être ai-je somnolé quelques heures, quand je n’étais pas en train de respirer vite pour essayer de ne pas mourir de soudaine déficience hépatique. Le lendemain matin, je me sentais presque comme un lendemain de veille et je me suis dit que Chocolate Hangover ferait un bon nom de band.

Verdict: 40 onces de chocolat chaud en 90 minutes, c’est un peu comme 40 onces de quoi que ce soit en 90 minutes: une très, très mauvaise idée.

Alors allez participer à la Grande Tournée du Chocolat Chaud en fin de semaine, mais de grâce, avec modération.

S’il y avait un organisme qui s’appelait Éduc’Choco, je serais sur sa black list. En attendant, je ne veux pas voir de chocolat, chaud ou pas, avant un bon petit bout.

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