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Les limites silencieuses pour les femmes dans le sport

Les limites silencieuses pour les femmes dans le sport

Les conséquences des expériences négatives.

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Les histoires que les femmes de mon entourage rapportent constituent une suite de micro-agressions, qui nous paraissent parfois « banales » sur le coup mais qui ne sont pas anodines.

Au quotidien, plusieurs d’entre nous ont le sentiment partagé d’avoir un système d’alarme interne constamment activé, notamment pendant notre pratique sportive. Au gym, aucune d’entre nous n’est surprise d’entendre un commentaire contre lequel les écouteurs ne sont pas un bouclier assez fort. Et si on préfère courir à l’extérieur, il n’est pas rare de se faire catcaller pendant une chaude journée d’été. De changer de côté du trottoir parce qu’on ne se sent pas en sécurité. De se faire frapper les fesses par un cycliste. De garder nos clés entre nos doigts. De regarder par-dessus notre épaule quand on est seule. De se sentir soudainement en sécurité lorsqu’on court en groupe. De traîner un Birdie dans notre poche de manteau. De se faire suivre.

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Certaines histoires peuvent parfois paraître « anecdotiques », mais le problème semble systémique.

« Quand j’avais 18 ans, un gars que j’avais croisé quelques fois au gym était venu me voir et m’avait fait enlever mes écouteurs pour me dire : “T’as pris du poids… Mais aux bonnes places, là.” »

Les limites que cette réalité impose sont à la fois visibles et invisibles. Tout d’abord, elle nous pousse à prévoir nos entraînements en fonction des heures d’ensoleillement plutôt que notre niveau d’énergie. Et, on va se le dire, cette fenêtre est petite quand on travaille un 9 à 5, notamment pendant l’hiver. Cela peut également limiter nos choix d’itinéraires pour éviter les sentiers et rues sombres ou peu fréquentées.

Elle peut également résulter en une conscience accrue de nos choix vestimentaires, par crainte de s’attirer des regards sexualisant. Nos préférences et notre confort passent au second plan, priorisant un sentiment de sécurité.

Pour les athlètes, les commanditaires poussent souvent l’hypersexualisation des athlètes féminines. En effet, dans la quête de commanditaires, il m’est déjà arrivé d’entendre que des athlètes se sont fait dire « followers before medals », soulignant ironiquement qu’on est plus facilement signé lorsqu’on génère de l’engagement sur les médias. Une telle logique relègue la performance sportive au second plan, au profit de l’image. Finalement, l’hypervigilance et l’impact sur notre concentration, notre performance et le simple plaisir de s’entraîner est une réelle limite psychologique commune aux discours de mes proches et moi-même.

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Malgré ces limites bien réelles, les femmes ne devraient pas cesser d’aller dehors et de bouger. Les gestes favorisant le sentiment de sécurité pour tous.tes ne devraient pas reposer uniquement sur les épaules des femmes, mais plutôt naître d’une initiative commune : des lieux bien éclairés, des communautés qui proposent des entraînements en groupe, des textos « t’es arrivé.e à la maison? », prêter attention à notre environnement quand on court à l’extérieur, prendre soin l’un de l’autre… En parler aidera d’ailleurs à multiplier ce type d’initiatives.

Je nous souhaite sincèrement de nous sentir en sécurité et de choisir délibérément les paramètres avec lesquels nous souhaitons bouger.

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