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Les jouets éducatifs le sont-ils vraiment?

Les jouets éducatifs le sont-ils vraiment?

Quand la boîte est aussi divertissante que le jouet qu’elle contient.

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Imaginez : vous avez passé des semaines à magasiner LE cadeau de Noël parfait pour votre enfant. Vous vouliez joindre l’utile à l’agréable en lui offrant quelque chose d’amusant, mais qui lui permettrait aussi d’apprendre ou de développer des habiletés. Bref, vous avez choisi un jouet éducatif, mais votre petit semble davantage intéressé par la boîte. Devriez-vous vous inquiéter ?

On s’est posé la question : est-ce que tous les jouets éducatifs présentés comme tels le sont vraiment ? Est-ce qu’ils stimulent vraiment votre enfant ou est-ce juste une étiquette pour éviter de se sentir coupable de payer 50 balles pour une bébelle ?

« En fait, le jouet éducatif n’a pas de définition universelle, précise d’emblée Stéphanie Duval, professeure titulaire au Département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage à l’Université Laval. Ça peut désigner n’importe quel jouet qui va cibler un apprentissage précis, que ce soit de nommer les chiffres et les lettres, développer sa motricité fine ou encourager les compétences sociales. »

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Cette définition est interprétée de façon très libre par les fabricants.

« Tout jouet peut devenir éducatif selon l’utilisation qui en est faite », poursuit la professeure.

« La différence entre un jouet présenté comme éducatif et un qui ne l’est pas, c’est l’intention du concepteur, renchérit Sarah Landry, professeure agrégée au Département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université de Montréal. Un jouet peut être présenté comme étant éducatif sans être investi par l’enfant. Et à l’inverse, un jeu très simple peut être très éducatif. »

Une appellation qui fait vendre

Mais d’un point de vue marketing, afficher un jouet comme étant éducatif peut être payant. « Ça peut convaincre des parents qu’un jouet a un potentiel pédagogique, mais, dans les faits, la mention vient bonifier la valeur perçue du produit », indique Mme Duval.

Celle-ci donne en exemple les jouets en bois associés à la pédagogie Montessori. « Ce terme n’est pas réglementé. Donc, n’importe quel fabricant peut dire que son matériel favorise ces apprentissages », précise-t-elle.

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« C’est sûr que de voir le mot “éducatif” sur une boîte peut rassurer des parents ; ça donne l’impression que le jouet est utile », poursuit Mme Landry, incertaine que des normes existent pour encadrer l’usage du terme.

« Il faut simplement se souvenir que le bon jouet, c’est celui qui correspond à l’âge et au niveau de développement de l’enfant. »

Le marché du jouet est hautement lucratif. En 2025, il était prévu qu’à travers le monde, la vente de jouets atteindrait les 28 milliards de dollars américains (USD), indique la firme Global Market Insights. L’an dernier, les jouets éducatifs ont généré des recettes de 58,9 millions de dollars américains. Les Nord-Américains étaient d’ailleurs les plus nombreux à en acheter, accaparant 38,1 % des parts du marché international.

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On estimait qu’en 2025, les ventes de jouets éducatifs passeraient le cap des 61,7 millions USD, puis des 98,9 millions USD en 2034.

Le jeu plus que le jouet lui-même

Selon UNICEF, le jeu aide les enfants à gérer leur stress et leurs émotions, à développer leur confiance en eux et à tisser des liens. Ce n’est donc pas tant le jouet qui fait la différence, mais plutôt la capacité de l’enfant à s’amuser et à développer ses compétences.

« Même s’ils peuvent être intéressants, les jouets éducatifs ne sont pas nécessaires au bon développement d’un enfant », peut-on lire sur le site Naître et Grandir.

Les expertes sondées sont catégoriques : c’est le jeu lui-même et non l’objet qui permet l’apprentissage.

« L’enfant n’a pas besoin de jouets en particulier : il a besoin de jouer », résume Stéphanie Duval.

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« Le jeu est éducatif par sa nature, souligne Sarah Landry. C’est à travers le jeu que l’enfant va développer des habiletés. »

Alors, quoi choisir ?

En fait, certains jouets étiquetés éducatifs sont loin de l’être. « S’il n’y a qu’une seule façon de jouer, l’enfant n’utilisera pas son imagination », prévient Stéphanie Duval.

Les meilleurs jouets et jeux sont ceux qui peuvent être utilisés de plusieurs façons et qui permettent à l’enfant d’imaginer et de créer, bref, qui se prêtent au jeu libre.

« Un même objet pourrait être pertinent à tous les âges, note Sarah Landry. La fameuse boîte de carton, chez les tout petits, c’est un objet à explorer : l’enfant va la faire tomber, y mettre des objets, se cacher à l’intérieur. Ensuite, ça devient un support de l’imaginaire : une voiture, un bateau, une grotte… Il y a tout un scénario symbolique qui va se déployer autour de cet objet-là. »

« Chez les enfants plus vieux, disons huit ou neuf ans, la même boîte pourrait être investie pour créer une maquette en l’assemblant avec d’autres cartons pour en faire un projet scolaire », poursuit la chercheuse.

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Ce faisant, une simple boîte en carton ou des articles de cuisine peuvent suffire à stimuler votre enfant. Les jeux évolutifs, dont l’usage peut changer en même temps que l’enfant grandit, sont aussi recommandés.

Autrement, la meilleure façon de stimuler son enfant, c’est de se prêter au jeu avec lui.

Il n’y a rien d’inquiétant si votre enfant préfère jouer à la rockstar avec des chaudrons ou se construire un fort de couvertures pour s’y réfugier avec ses peluches.

C’est même une bonne nouvelle pour votre portefeuille.

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