Les héros du bogue de l’an 2000

Lumière sur ceux qui ont travaillé fort pour qu’il ne se passe rien.

Pendant qu’on craignait des pertes de courant, l’effondrement des systèmes bancaires et/ou une guerre civile, de nombreuses institutions d’ici veillaient sur notre transition vers le nouveau millénaireUn effort qui a coûté un petit 2,5 milliards de dollars aux contribuables canadiens. Lumière sur ceux qui ont travaillé fort pour qu’il ne se passe rien.

LES EMPLOYÉS DU CENTRE NATIONAL DU BOGUE

Oui, il y avait un Centre national du bogue, et on se demande encore si son nom — officiel ou officieux ; c’est pas clair… — est très badass ou plutôt gênant. Dans tous les cas, au pays, plus de 11 000 personnes ont travaillé sur le bogue, dont 8 000 fonctionnaires. À la veille du grand passage, la ministre fédérale des Infrastructures a déclaré aux Canadiens qu’ils n’avaient pas grand-chose à craindre, mais qu’ils devaient tout de même se préparer à de légers accrocs. Sa solution ? Chacun devait prévoir le nécessaire pour traverser une grosse tempête de neige : denrées non périssables, eau, piles et lampe de poche. Dans le pire des cas, on pourrait compter sur les 1 500 militaires en poste et/ou les 25 000 autres prêts à intervenir 24 heures sur 24…

LE VÉRIFICATEUR GÉNÉRAL : SONNEUR D’ALARME

Selon un sondage mené par Le Soleil, 45 % des Québécois croyaient que le bogue leur causerait de sérieux problèmes. Mais on ne peut pas dire que leur gouvernement prenait la chose autant au sérieux. Il aura fallu que le vérificateur général le qualifie de « technocancre », en juin 1998, pour que l’ordre de gouvernement provincial se mette activement en branle. Le Conseil du trésor s’est alors déniaisé, allant jusqu’à dépenser 725 millions de dollars pour s’assurer que les systèmes informatiques tiennent le coup. Parce qu’un 1er janvier sans chèque, ça part mal un millénaire…

ANDRÉE BLANCHET ET LA CELLULE SANTÉ

En janvier 1999, Le Devoir se demandait : « [Et] si les instruments médicaux, les scanners et tout l’attirail technologique du médecin moderne flanchaient ? » Si le journaliste avait parlé à Andrée Blanchet, responsable de la cellule de préparation au bogue de 1996 à 1998 dans le secteur de la santé, il aurait dormi tranquille : « On savait que les salles d’opération fonctionneraient », explique-t-elle. Les ascenseurs, c’était moins sûr. « Quand on mettait les dates du système à 00, ça les ramenait au rez-de-chaussée pour réparations. Est-ce qu’ils resteraient bloqués le 1er janvier ? » Pas idéal pour transporter des patients nécessitant des soins urgents. Finalement, tout a bien été dans les hôpitaux, qui ont pu se concentrer sur la vraie affaire : le premier bébé du millénaire.

LA GANG DE LA SÉCURITÉ CIVILE DE MONTRÉAL

Pendant que certains se cloîtraient dans leur sous-sol, que se passait-il du côté des répondants d’urgence ? Louise Bradette, directrice de la sécurité civile et de la résilience pour la Ville de Montréal, raconte :  « On avait prévu ouvrir des centres d’hébergement, en cas d’une panne électrique en plein hiver. Notre rôle aurait été d’assurer la coordination, de prioriser les besoins, puis d’arbitrer les choix. Par exemple, s’il y avait eu une pénurie d’essence, à qui aurait-on donné la priorité ? Aux services d’urgence ? Aux ambulances ? À partir du 30 décembre, des policiers, des pompiers et des représentants du ministère de la Sécurité publique étaient mobilisés. Finalement, ce qu’on craignait n’est pas arrivé, mais la prévention est toujours ce qu’on privilégie. »

LES AS DE L’ÉLECTRICITÉ

Avions-nous raison de craindre à ce point de manquer de courant ? Pas selon Daniel St-Pierre, directeur principal de la division Exploitation à Hydro-Québec : « En cas de panne, on aurait toujours pu avoir recours à des manœuvres manuelles. Ça aurait demandé plus de personnes à l’ouvrage, mais ça aurait été faisable ! » Aussi, trois ans auparavant, plus de 300 systèmes informatiques désuets avaient été remplacés, raconte Johanne Duhaime, vice-présidente responsable des technologies de l’information et des communications. L’ambiance était donc au calme du côté d’Hydro. La société venait de traverser la crise du verglas ; mettons que les employés n’en étaient pas à leur premier barbecue…

LES CRAYONS ET LES PAGETTES

On le sait : finalement, il ne s’est rien passé. Mais pour le plaisir, imaginons les communications en cas de catastrophe, le 31 décembre 1999. « Ce soir-là, on avait des gens disponibles pour déboguer sur-le-champ, raconte Johanne Duhaime, d’Hydro-Québec. À cette époque, on avait des pagettes. Tout fonctionnait grâce à des chaînes de communication, avec des listes papiercomprenant le nom, le numéro de téléphone et l’adresse de tous les employés impliqués de près ou de loin. On ne pouvait pas se texter, vous imaginez ? » Difficilement. Vivement le 21esiècle.

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