Anne Bernard

Les fameuses maisons «  shoebox  » sont en danger

L’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie veut protéger ces maisonnettes.

On dirait qu’il leur manque un étage ou deux. Mais pour les connaisseurs, ces maisonnettes sont les OG de l’urbanisation de Rosemont. On les appelle les shoebox parce qu’elles ressemblent à la boîte que vous unboxez quand vous recevez vos nouveaux Adidas.

Et récemment, les propriétaires de ces appartements à un étage coincés entre des duplex et des triplex se sont regroupés sur Facebook. Leur groupe compte plus de 300 membres qui échangent à propos des règles de rénovation et de démolition que l’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie veut imposer aux proprios de shoebox.

Dans le but de préserver l’héritage architectural et patrimonial de ces maisons qui, mine de rien, se font de plus en plus rares, les travaux de rénovation pourraient devoir répondre à plusieurs critères et recevoir de nombreuses approbations dès décembre.

La petite histoire des shoebox

Revenons au début du 20e siècle. Montréal se développe et nécessite de plus en plus d’ouvriers. Ceux-ci arrivent de la campagne et cherchent à s’installer en ville.

On se met alors à l’ouvrage : on découpe des petits lots de terre dans Rosemont, Hochelaga, Villeray, Verdun et Saint-Michel, afin d’y construire des maisons unifamiliales.

La ville ne pouvait plus se permettre de loger une seule famille par terrain. Il fallait les superposer les unes sur les autres.

«Et pour bénéficier du plus d’espace possible, elles seront construites sur toute la largeur du terrain, créant donc une succession de maisons mitoyennes», explique François Racine, doctorant en aménagement et professeur d’urbanisme et de design urbain au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM.

La plupart de ces petites boîtes habitables seront bâties au fond du terrain, afin de laisser place à une cour avant idéale pour le potager, ou bien à l’inverse, en début de terrain, pour disposer d’une cour arrière beaucoup plus intime.

«Mais quand Montréal a commencé à se densifier avec l’arrivée des populations agricoles, la ville a dû entrer dans une deuxième phase de développement urbain qui correspondait davantage à la pression immobilière. C’est là que les duplex et triplex sont arrivés.»

En effet, la ville ne pouvait plus se permettre de loger une seule famille par terrain. Il fallait les superposer les unes sur les autres. Certaines shoebox se sont transformées en immeubles résidentiels, parfois en empilant simplement une deuxième ou troisième shoebox sur la première.

«Autrement dit, les shoebox sont les ancêtres des duplex !», ajoute François Racine.

Et c’est aussi grâce aux shoebox que la rue montréalaise, telle qu’on la retrouve sur les cartes postales, a vu le jour. «Lorsqu’on a superposé ces maisonnettes, on a bien évidemment dû mettre des escaliers extérieurs pour que les familles du deuxième et troisième étage y aient accès, et c’est ce qui a donné ces escaliers typiques de la métropole !»

Aujourd’hui, il reste près d’un millier de ces maisonnettes à Montréal, dont la moitié sont planquées dans Rosemont-La-Petite-Patrie.

Pourquoi autant de règlementation?

«Dans les dernières années, beaucoup de promoteurs ont acheté un terrain avec une shoebox, puisque le prix est souvent assez bas, pour ensuite la démolir et construire des immeubles à logement plus hauts, et par le fait même, plus rentables», explique le professeur.

«Il est vrai qu’elles représentent un réel patrimoine. Il faut seulement comprendre les besoins des familles qui s’y établissent et qui veulent la rénover.»

En moyenne deux demandes de démolition sont déposées à l’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie chaque mois. Et puisque ces demeures représentent l’affranchissement de la classe ouvrière enfin libre d’acheter son petit lopin de terre, leur préservation devient cruciale pour le patrimoine montréalais.

Mais jusqu’où la sauvegarde de l’histoire devrait-elle restreindre les actuels propriétaires qui désirent moderniser leur maison ?

«Il est vrai qu’elles représentent un réel patrimoine. Il faut seulement comprendre les besoins des familles qui s’y établissent et qui veulent la rénover. Tant qu’on préserve la façade patrimoniale et le socle, on peut trouver un compromis», pense François Racine.

Le marché actuel

Aujourd’hui encore, les shoebox constituent une option intéressante pour les couples et les petites familles qui caressent le rêve d’acheter un logement indépendant doté d’une cour en ville, mais qui n’ont pas les moyens de se payer un duplex.

Les shoebox constituent une option intéressante pour les couples et les petites familles qui caressent le rêve d’acheter un logement indépendant doté d’une cour en ville, mais qui n’ont pas les moyens de se payer un duplex.

Et plusieurs de ces propriétaires désirent agrandir leur logement, qui compte rarement plus de deux chambres à coucher. Mais les nouvelles mesures compliquent leurs projets, en plus d’avoir pour effet de faire perdre de la valeur à leur maison, puisque les possibilités de modifications sont limitées. Les détenteurs de shoebox revendiquent ainsi leur droit de participer aux discussions qui entourent la règlementation.

Pour le combat des propriétaires du quartier Rosemont, on leur souhaite d’être entendus. D’autant plus qu’une multitude de projets particulièrement inspirants ont déjà vu le jour à Montréal. Que ce soit notre genre ou pas, on ne peut nier que ces projets reflètent l’équilibre entre la conservation du patrimoine et la réalité contemporaine.

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