Les autos ont-elle le droit de vote ?

Si on se fie aux titres des journaux des dernières semaines, aux grands débats qui agitent notre société, aux conversations entre amis et au trafic de milliards sur nos routes, la voiture est de loin le sujet qui préoccupe le plus le citoyen moyen quand il n’y a pas de hockey à la tv.

Combien de fois par jour n’entend-on pas la litanie du pont, la complainte des places de stationnement ou le murmure des lamentations de l’embouteillage permanent?

On ne compte plus les jokes de bouchons chez les amateurs de vin du Plateau et les coups de klaxon chez les rageurs au volant.

La 10, la 15, la 20, la 40 et, en numéro complémentaire, la 30 font désormais plus jaser autour de la machine à café que les résultats de la 6/49

On passe plus de temps à parler de char qu’à s’esbaudir sur la douceur des jours d’été. On s’excite plus sur le prix de l’essence que sur la beauté d’une robe à fleurs. Et le matin à la radio, le trafic a plus de place que la poésie.

Il suffit pourtant d’arpenter les routes de la province pour constater que nos impôts font du chemin. Souvent, il est vrai, jusqu’à l’entrée asphaltée d’un magna de la construction. Il y a des dollars fondus dans le bitume, du cash dans les ponts et des cents noirs sur les trottoirs. Comme si c’était les bagnoles qui avaient le droit de vote.

Nous vivons dans une société qui roule. Et tout est fait pour que le mouvement se perpétue à l’infini sans qu’on se pose de questions. Pourquoi rouler? Pourquoi l’auto? Pourquoi les autoroutes à quatre ou cinq voies? Pourquoi des parkings de bitume au lieu des champs de pâquerettes? Pourquoi tant d’essence? Pourquoi des millions de tout-seul dans leur auto? Pourquoi les bretelles d’autoroute? Pourquoi l’étalement urbain? Pourquoi l’échangeur Turcot?

À force de rouler au-dessus de nos moyens, on risque un jour de frapper un mur.

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