Les 7 commandements pour tout crisser là et partir en « camper van »

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) camper van, Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel& Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Cher Journal Urbania intime, 
Cette chronique se veut plus mélo, mais des fois ça vaut la peine de prendre un break de taquineries, d’être vrai pour mieux repartir et mordre plus fort. J’ai un aveu à faire. Depuis des mois que j’écris cet article, le malaise au ventre. De la peur? De l’excitation? De l’inquiétude? Toute ça.
Je m’apprête à faire un genre de coming out et ça se peut que ça sorte tout croche.

Septembre 2018

Je m’ennuie de toi.
Toi mon truck. Pourtant tu es dans ma face. Je suis en train de switch ma vie 360 pour toi. Parce que dans 4 mois on part. Toi et moi. Toi et nous. Nous et toi. Faut pas que tu nous lâches John. Nous, on te lâchera pas. Tu es dans ma face, mais tu me manques.  Ceci est sans doute mon coming out. Si la vie est bonne. Antoine, John et moi on part.
Loin loin on prend l’bord. (Merci Vallières).

Bref c’est ça. C’est difficile à annoncer, dans mon beau monde de télé, de « partir ». Parce que j’ai peur d’être oubliée et de subir le même sort que les filles enceintes qui sont enceintes 3 ans dans mon milieu. J’exagère à peine. « On n’appellera pas Mel, elle est partie ». Au total, on part avec 3 laptops, 3 cellulaires et une tablette. On est en 2019, si tu veux me parler, ça risque d’être facile.

Alors oui. On part. Combien de temps? On sait pas. Disons qu’on part pour 15 000 $. C’est le budget fixé. Jusqu’où? Comment savoir? Est-ce qu’on va s’accrocher les pieds au beau milieu du Guatemala parce que mon cuisinier de chum aura le goût d’aller essayer ses couteaux et ses sabots dans un petit resto où on a vu une affiche « cook wanted »?

On verra. Parce qu’on se donne le droit de ça. Voir. Attendre. Rouler. Voir. Encore… pis voir. Encore.

Avoir du temps. C’est le cadeau qu’on s’offre Antoine et moi, pour nos 40 ans. Et un peu le cadeau que nous offrent nos familles aussi (allô la sollicitation familiale!!!).

Décembre 2018

Je suis seule, la toque grasse sul top de la tête, je binge watch des films de Noël en français, malade, sous la couverture. Antoine est à une réunion familiale, famille que j’ai choisi d’épargner de mes microbes. Si tout va bien, on part dans 26 jours. J’ai la chienne, autant que je suis excitée. Je pense que j’ai hâte, même si moi, je ne suis pas bonne là-dedans, « avoir hâte ». Ça fait 3 mois qu’on fait des listes, aimantées sur le frigo. Des centaines d’items qu’on biffe à mesure qu’un truc est fait. Il y a tellement de choses à prévoir. Trop. Une chose amène à une autre et tu te retrouves dans la maison des fous à chercher le formulaire rose.

Location de mon condo, location du condo d’Antoine, début de vie commune, donc deux déménagements et sous-location de l’appartement qu’on habite en ce moment. Ça, c’est juste l’aspect immobilier! Entre les contrats à temps plein (et toutes les piges extras acceptées pour financer le voyage), l’écriture de mon roman Histoires de filles en sac à dos (ça ce n’est pas pour aider à financer le voyage ahah), un lancement à organiser, un artiste à gérer (mais le plus fin, allô Adamo!) à un moment donné, c’est devenu plus gros que moi.

Mes listes m’ont engloutie et j’ai pensé ne jamais y arriver ou de partir en total burn-out si j’y arrivais. J’ai sorti ma lampe de luminothérapie, me suis acheté des vitamines et j’ai lâché, ou plutôt essayé de lâcher prise.

Parlant de liste. Une wannabe van lifer avertie en vaut 2. Tu prends, tu appliques, tu me remercieras plus tard.

Les 7 commandements du vaner qui s’apprête à tout crisser ça là pour rouler pendant des mois:

1 Une semaine de vacances tu prendras, pour préparer tes vacances.

2 Une centaine d’heures tu te réserveras, pour : magasiner tes assurances, gérer ton courrier à Poste Canada, aller à la SAAQ pour ta dérogation de pneus d’été en hiver et le remisage de ton véhicule non utilisé, si tu en as un deuxième, aviser la RAMQ de ton séjour longue durée et toutes les « belles surprises » non envisagées.

3 Ton compte de banque tu garniras pour toute de suite le dégarnir :. 500 $ de vaccins, 1200 $ d’assurance voyage, 6000 $ d’entretien sur le truck… on n’est pas encore partis que ça nous a déjà coûté le PIB d’un petit pays d’Afrique.

4 Un break tu prendras au milieu de tout ça pour ne pas virer complètement barjot.

5 Dormir l’hiver, tu te pratiqueras (allô la chaufferette qui n’a pas fonctionné quand on a fait notre test à -10 degrés).

6 Sourire tu feras aux personnes qui te trouvent dont CHANCEUSE de t’offrir ce voyage. « Je suis chanceuse d’être en santé et de pouvoir en profiter » répondras-tu de toutes tes dents, sachant très bien que tu prépares tout ça depuis deux ans et que la chance compte très peu dans le travail.

7 Lâcher prise tu essaieras parce que de toute façon, tu sais très bien que t’as pas le choix. Que la vie va t’amener là où elle le décidera bien.

Faque c’est ça. Si tout va bien. Si la météo est de notre bord, le 27 décembre on devrait rouler quelque part à Manhattan et on devrait dormir dans les rues de Brooklyn. Avec pas d’eau, avec pas de douche. On va sentir, mais on va être partis. E-N-F-I-N.
Le but : défoncer l’année dans un petit bled perdu en banlieue de Baltimore.
La réalité? On verra. Parce qu’on se donne le droit de ça. Voir. Attendre. Rouler. Voir. Encore… pis voir. Encore.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Brûlée et vive

Les carnets d'Anick Lemay.

Dans le même esprit