Les 3 pires médecins-escrocs de l’histoire

Dont l'homme qui inventa les morons.

En écho à la pièce Knock ou le triomphe de la médecine, URBANIA et le Théâtre du Nouveau Monde s’unissent pour vous faire découvrir les pires charlatans de l’histoire de la médecine! 

À chaque fin de décompte du Nouvel An, tous les Québécois ont une tradition : se souhaiter de la santé pour l’année à venir. Ça, et juger le Bye Bye.

Parce que la santé, on le sait que c’est primordial. Mais si on ne connait pas toujours la ressource vers laquelle se tourner lorsqu’on a un bobo. Au lieu de prendre rendez-vous chez un spécialiste, énormément d’internautes préfèrent consulter Dr Google.

Dr Google est constamment en mode panique. Décrivez-lui un petit mal de tête et son diagnostic sera alarmant : vous avez le cancer des sourcils. Prescription : on doit vous amputer la tête!

Comme notre état de santé nous tient à cœur, il est facile pour n’importe qui d’en profiter. C’est d’ailleurs le cas de ces 3 spécialistes de la santé :

L’homme qui a fait croire que les vaccins donnent l’autisme

En 1998, le magazine scientifique The Lancet publie une bombe : le docteur Andrew Wakefield établit un lien de causalité entre les vaccins et l’autisme. 

Mathématiquement, sa recherche ne faisait aucun sens. Avec un échantillon de 12 enfants recrutés à la fête de son fils de 10 ans, il s’agit d’une étude de cas, ce qui est considéré comme la forme de recherche la moins fiable scientifiquement parlant. D’autant plus, il a faussé volontairement les résultats.

Pourquoi? Parce que l’année avant la publication de son papier, Wakefield avait soumis un brevet pour un autre type de vaccin qui n’aurait miraculeusement pas eu ce problème.

Depuis, le Dr Wakefield a perdu son permis médical et plusieurs études crédibles n’ont pas réussi à conclure que les vaccins causent l’autisme. Si seulement on pouvait enfin tous s’entendre là-dessus!

L’homme qui aimait trop pratiquer des lobotomies avec un pic à glace dans l’œil

Nous vivons dans une ère où il n’est généralement plus gênant de dire que nous suivons une thérapie, ou encore de discuter du type de thérapeute que nous consultons. 

Mais dans les années 40, la psychiatrie n’était pas encore développée comme aujourd’hui et sa nouvelle cure miracle était la lobotomie. C’était une telle révolution que son inventeur, Egas Moniz, a même reçu un prix Nobel en 1949.

Quelque temps plus tard, le docteur Walter Jackson Freeman II a trouvé une façon encore plus directe, mais plus sécuritaire de faire l’opération. On immobilise un patient, on soulève une paupière, on glisse un pic à glace entre son arcade sourcilière et son œil puis on donne un gros coup avec un maillet. BANG!

C’est vraiment intense. Même en l’enseignant, on raconte que ses étudiants s’évanouissaient. Si vous avez le cœur solide, vous pouvez voir une vidéo ici.

Ainsi est née la lobotomie transorbitale qui permettait d’exécuter l’opération sans même passer proche d’ouvrir le crâne! Une révolution!

L’affaire, c’est que le docteur Freeman a carrément viré coucou avec son invention qui ne devait qu’être employée que dans certaines situations très précises.

Il est donc tombé en mode Oprah avec des « Vous avez une lobotomie! Vous aussi vous avez une lobotomie! Tout le monde a une lobotomie! »

Comme l’opération coûtait 200 $ à l’époque, Freeman s’en est mis plein les poches en opérant plus de 2500 patients.

Dans un élan de générosité et pour permettre la lobotomie aux moins nantis, il lui arrivait de réduire son prix à 25 $. De toute façon, cette opération n’était pas si longue et ne prenait que 10 minutes à faire.

C’est de cette façon que Rose Kennedy, la sœur de John F Kennedy, s’est retrouvée avec les facultés intellectuelles d’un enfant de 2 ans suite à ce type d’opération.

Freeman s’est même mis à lobotomiser des enfants! On peut écouter le témoignage de Howard Dully, encore vivant de nos jours, lobotomisé parce qu’il tombait dans la lune trop souvent!

C’est quand même toute une menace pour calmer ses enfants : « Écoutez en classe sinon moman va vous faire lobotomiser! »

 

L’homme qui inventa les morons

Dans les années 1890, Emma Wolverton n’avait que huit ans lorsqu’elle est arrivée au New Jersey Home Education and Care of the Feeble-minded Children (qui se traduirait crument par L’Asile des enfants faibles d’esprit du New Jersey).

Elle y performait au théâtre en plus d’y jouer quelques instruments de musiques jusqu’à ce qu’elle fit la connaissance de Henry Goddard à l’âge de 17 ans.

Herry Goddard s’intéressait au vaste sujet de l’intelligence, mais particulièrement à savoir ce qui rendait une personne intelligente ou pas. Et pour ça, il évaluait ses patients en leur faisant passer un test approximatif de QI.

Avec les résultats, Goddard créa une échelle pour ces enfants aux fonctions cognitives sous la moyenne. Du plus bas au plus élevé, on avait : les idiots, les imbéciles et les morons, mot qu’il inventa à partir du grec.

Selon lui, Emma Wolverton tombait pile dans cette catégorie. À la recherche d’une explication, il s’est penché sur la toute nouvelle hypothèse scientifique à la mode de l’époque : la génétique.

On comprenait déjà que certains traits physiques étaient passés de génération en génération. Et si c’était le cas pour l’intelligence? Goddard étudia alors l’arbre généalogique d’Emma.

Il découvrit que son arrière-arrière-arrière-grand-père était un soldat qui avait mis enceintes deux femmes : une aubergiste à l’esprit faible lors d’un voyage et une femme respectable à laquelle il s’est marié.

Bingo! Il pouvait alors comparer deux lignées distinctes! Selon ses recherches, la pauvre tavernière a donné la vie à une suite de morons : des voleurs, de tenanciers de bordel et autres « dégénérés ».

La gente dame puritaine, elle, a donné naissance à des hommes intelligents : des avocats, des médecins, des juges et même un signataire de la déclaration de l’indépendance des États-Unis d’Amérique!

Conclusion : les morons donnent naissance à des morons.

 Fier de sa découverte, Henry Goddard s’empresse à sortir un ouvrage sur le sujet en changeant le nom de Emma Wolverton pour Deborah Kallikak.

Boom. Ça devient viral. Viral pour de vrai. Ben… viral pour 1912, mais quand même, imaginez un livre scientifique populaire au point où un nouveau mot comme moron s’introduit dans le vocabulaire courant!

Les scientifiques de l’époque tirent un constat clair : pour le bien de la société, il faut stériliser les morons pour qu’ils ne se reproduisent plus. Ainsi, on élèverait l’intelligence moyenne.

L’idéologie prend en feu. L’eugénisme devient plus populaire que jamais. Malheureusement, certains « scientifiques » y croient encore.

Parmi les eugénistes de l’époque, on note Alexander Graham Bell et même la sourde, muette et aveugle Helen Keller qui souhaitait se distancier des autres personnes avec des handicaps.

C’est quelque peu compréhensible. Les recherches d’Henry Goddard ont même été à la base de lois forçant la stérilisation de «morons» dans plusieurs États.

Un cas de dispute sur la nouvelle règlementation s’est même rendu en cour suprême dans un cas précis d’enfants hors mariage où le juge de la cour suprême a déclaré : « trois générations d’imbéciles ça suffit. »

Ce bouquin d’Henry Goddard traversa l’océan Atlantique et se retrouva même dans les mains d’Adolf Hitler qui s’en est servi dans sa propagande nazi.

Henry Goddard se trouve donc au sommet de ce palmarès parce que — surprise! – toutes ses études sont la bouette! Remplies de fausses données, il n’a produit ces données que pour éviter que des gènes d’immigrants se diffusent dans sa patrie.

Honte à toi, Henry Goddard!

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Parlant de médecin escroc, la pièce Knock ou le Triomphe de la médecine sera présentée au TNM du 17 septembre au 12 octobre.

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