L’ère des crétins

Notre civilisation est tellement obnubilée par la célébrité instantanée qu’elle préfère la fréquentation des cruches et des caves à celle des penseurs et des sages.

La France, notre lointaine cousine, croule sous les pétasses et les débiles qu’elle prend un malin plaisir à exposer sous les projecteurs. La dernière en date s’appelle Nabila. Elle est invitée sur tous les plateaux de télé afin d’y dévoiler sa théorie des formes et sa conception des plastiques.

Pas plus tard que le week-end dernier, Nabila, star de l’émission Les Anges de la télé-réalité, a d’ailleurs étalé son décolleté et l’immensité de son ignorance sur Canal Plus face aux jeux de mots tordus et aux pirouettes langagières d’un brillant humoriste belge.

Si vous n’avez pas vu la scène, ça vaut la peine… rien que pour découvrir la plume agile de Stéphane de Groodt et l’air niais de Nabila.

La pauvresse a fait l’unanimité contre elle dans les réseaux sociaux et les conversations de bureau. Pourtant, on la réinvitera encore et encore et encore. On lui demandera même de commenter l’actualité, de donner son avis sur la situation dans le monde, de juger telle ou telle personnalité politique.

Quand une tête de linotte passe en ondes, c’est un philosophe ou un scientifique qui reste dans l’ombre.

Les États-Unis, notre encombrant voisin, produisent des Americans idolâtrés à la chaîne. Plus on change de poste, plus on s’enfonce dans l’ignorance et la trivialité. On relègue les débats de fond aux pires heures d’écoute et on met en prime time de la réalité télégénique, sans le moindre soupçon de réflexion ou d’éthique.

Au Québec, pas le temps de niaiser, on a aussi notre lot navrant de fils de riche en tabarnak ou de starlettes académiciennes qu’on s’empresse de pointer du doigt et de railler. N’empêche, ces insipides encombrent nos ondes sans y apporter la moindre valeur ajoutée. La multiplication des nouveaux canaux et l’arrivée massive des chaînes spécialisées sont inversement proportionnelles à la diversité de l’offre.

On n’a jamais eu aussi peu de programmes de télé intelligents que depuis qu’on a des centaines de chaînes disponibles dans notre poste.

C’est la loi de l’offre et de la cote d’écoute. Plus il y a de débiles à la télé, plus les gens restent scotchés devant. Pourquoi? Par mimétisme? Par envie de se moquer? Parce que c’est rassurant de voir qu’il y a plus con que soi? Parce qu’il n’y a rien d’autre, ni ici, ni ailleurs ?

Pour se sortir de l’ère des crétins, nous n’avons qu’une seule solution: les zapper. Ou les éteindre. On ne pourra que mieux s’en porter.

Et si vous avez aussi envie de suivre mes fadaises sur Twitter, c’est par ici: @pascalhenrard

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