Éric Faucher

Le ventre et les poches vides, il reste le dépannage alimentaire

Un bonjour, un bon appétit et un repas complet pour moins de 5 dollars.

La faim, c’est souvent la première chose qui nous frappe quand on vit une période de précarité. Avec le prix des aliments qui ne cesse d’augmenter, il devient de plus en plus difficile de s’alimenter correctement à faible coût. Le Kraft Dinner et les nouilles ramen instantanées, ça peut bourrer un certain temps, mais c’est assez loin de respecter le fameux Guide alimentaire canadien.

Heureusement, plusieurs organismes à but non lucratif offrent des services de dépannage alimentaire pour répondre à un besoin de base :  se nourrir.

Heureusement, plusieurs organismes à but non lucratif offrent des services de dépannage alimentaire pour répondre à un besoin de base :  se nourrir. J’ai décidé d’aller visiter l’un d’eux, le Comité social Centre-Sud (CSCS) situé à Montréal, afin d’aller à la rencontre des gens qui fréquentent la cantine communautaire offerte par l’organisme.

Portrait d’un service essentiel pour la communauté.

Un dépanneur pas comme les autres

« Dépanner, éduquer, lutter », telle est la devise du Comité social Centre-Sud. C’est qu’en plus d’offrir de nombreux services de dépannage alimentaire comme une cantine, une banque alimentaire ou encore des ateliers de cuisine collective, on y retrouve également une friperie, une salle d’informatique et un atelier d’art.

Situé au 1710 de la rue Beaudry dans l’ancienne école Salaberry, en plein coeur du Village gai, le CSCS héberge également d’autres organismes communautaires comme le Comité Logement Ville-Marie, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) et le Comité des orphelins de Duplessis victimes d’abus. Sur l’heure du midi, une bonne partie des employés et usagers de ces organismes vient se mêler à la population du quartier pour casser la croûte.

Et contrairement à la cafétéria de mon ancienne école secondaire, c’est honnêtement bon, en plus d’être réellement nourrissant.

Chaque jour en semaine, c’est plus d’une centaine de personnes qui viennent y manger un repas complet, incluant soupe, salade, plat principal, dessert, boisson (sans alcool) et pain pour la modique somme de 5$ (ou encore 3,50$ pour les membres de l’organisme). Et contrairement à la cafétéria de mon ancienne école secondaire, c’est honnêtement bon, en plus d’être réellement nourrissant.

J’ai profité de ma visite des lieux pour m’entretenir avec deux usagers ainsi qu’une employée de la cantine, question de savoir ce qui les amenait sur place et de connaître leur petite histoire.

Santa Noël

La première personne que j’aborde semble plus qu’heureuse de partager son vécu. Il s’agit de Santa Noël, fondateur de l’association caritative Père Noël Sans Frontières qui vise à offrir des cadeaux et des vêtements aux enfants des communautés démunies du Canada, des États-Unis, du Mexique et du Chili. « Tout est bénévole, tout est gratuit », m’explique-t-il.

« J’vais dans des communautés où personne ose aller, même pas les policiers […]. Tu peux avoir un couteau dans le dos icitte à Montréal, tu peux te faire tirer quelque part sans faire exprès. Si y’en a un qui veut me tirer, il me tirera, j’vais mourir d’une façon ou d’une autre », confie l’homme qui passe six mois par année à Aguascalientes au Mexique. « J’ai ma pension, je me promène avec le Santamobile, je voyage », poursuit-il.

« La vie c’est de dormir, pis l’amour, c’est de manger… »

Orphelin de Duplessis, Santa s’est d’abord familiarisé avec la cantine communautaire en fréquentant l’association dédiée à la défense de ces compagnons d’infortune, située dans le bâtiment. Je lui demande ce qu’il ferait s’il était millionnaire, sa réponse est sans équivoque : « Je ferais ce que je fais en ce moment. » Il continue, philosophe : « La vie c’est de dormir, pis l’amour, c’est de manger… »

Sandra Cordero

J’aborde par la suite une femme occupée à manger son repas. Elle m’explique ce qui l’amène au CSCS : « Je viens ici pour faire de la sérigraphie sur des t-shirts. Ça fait partie des campagnes de financement que j’organise pour financer ma poursuite contre la police. » Son nom est Sandra Cordero. Elle avait été brutalement mise en état d’arrestation lors d’une manifestation le 1er mai 2015, avant d’être acquittée près de deux ans plus tard. Elle poursuit aujourd’hui la Ville de Montréal pour détention illégale et exige réparation pour les dommages physiques et psychologiques subis.

« Ça fait une dizaine de fois que je viens ici. Je le fréquentais avant, je venais parfois manger ici, il y avait également du dépannage alimentaire […]. C’est un endroit qui est sécuritaire, j’ai jamais senti que j’étais en danger aux toilettes ou dans les couloirs », me confie-t-elle. « C’est un lieu de rencontres, les intervenants viennent s’asseoir avec les gens. Il y a aussi des gens de la rue. Y’a des personnes âgées qui viennent pour se sentir moins isolées. C’est agréable, c’est vraiment un lieu pour la communauté. »

Si elle était millionnaire, en plus de financer sa poursuite, elle aimerait beaucoup donner de l’argent au Comité social pour l’aider à poursuivre sa mission. « Ici, on se sent respecté. »

Sylvie Raymond

Je profite de la fin de la période de repas pour aller discuter avec une employée qui s’affaire à nettoyer le comptoir de service. « Je suis travailleuse ici depuis 20 ans, je suis la doyenne », déclare-t-elle d’entrée de jeu. Il s’agit de Sylvie Raymond, qui occupe un poste de préposée au service à la clientèle, un emploi qu’elle aime beaucoup, manifestement.

« Si y’a 200 personnes qui passent à la caisse, moi c’est bonjour, bon appétit à chaque personne. C’est important, je suis peut-être la seule personne à qui ils vont parler cette journée-là. »

« J’aime le côté humain. Depuis que je suis toute petite, je voulais devenir infirmière pour venir en aide aux gens. Ici tu côtoies toutes sortes de monde, pis c’est pas juste des pauvres. Y’a des gens qui gagnent 25/30$ de l’heure tout comme y’en a qui sont sur l’aide sociale », explique-t-elle. « Y’a bin des gens qui sont seuls chez eux, pis qui viennent icitte, ils commencent à jaser, ils se font des amis. Si y’a 200 personnes qui passent à la caisse, moi c’est bonjour, bon appétit à chaque personne. C’est important, je suis peut-être la seule personne à qui ils vont parler cette journée-là. »

Qu’est-ce qui a changé depuis 20 ans ? « Je constate qu’il y a plus de gens dans le besoin qu’avant », analyse celle qui rêve qu’un généreux mécène fasse un jour don d’un set de vaisselle uniforme au CSCS. « C’est un peu le bric-à-brac sur ce plan-là, me semble que ça ferait du bien! »

Un mot de la fin? « La vie est belle au Comité social! Venez manger, on va vous accueillir avec le sourire pis ça va nous faire plaisir! » conclut-elle avec un éclat de rire.

Ça donne faim tout ça!

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