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Je l’avoue, je suis la première à me fixer des objectifs grandioses. À me lancer dans des projets qui sortent de l’ordinaire. Parfois, ça fonctionne. D’autres fois, non.
Cette fois, à 5 400 mètres d’altitude, à un peu plus de 300 mètres de ce qui aurait été le plus haut sommet de ma vie, j’ai fait demi-tour.
Petit retour en arrière
En 2023, je suis partie seule pour effectuer ma Grande Traversée : 1 350 kilomètres à travers le Québec, à pied, à vélo et à bord de mon bateau à rames océanique. Je suis revenue avec la conviction que j’étais capable de beaucoup plus que ce que je croyais.
Alors, j’ai continué.
En 2024, je me suis initiée à la course en trail. Une première course dans Charlevoix qui, encore une fois, avait pour but de me forcer à sortir de ma zone de confort.
Puis, il y a eu le mont Blanc, en 2025. Pour la première fois, je découvrais l’alpinisme, la haute altitude, les crampons, la marche en cordée.
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Chaque projet m’amenait à faire quelque chose de nouveau. À apprivoiser l’inconfort des premières fois.
Cette année, le Pérou s’est dessiné à la dernière minute. Une traversée de la cordillère Blanche en autonomie, suivie de l’ascension du Nevado Pisco, un sommet de 5 750 mètres. Encore une fois, je plongeais tête première dans l’inconnu.
Août 2026 | En direct des montagnes péruviennes
Après cinq jours au creux des montagnes, me voilà devant l’étape la plus exigeante de l’expédition : la montée du Nevado Pisco. J’ai visualisé ce moment des dizaines de fois. Le froid. Le noir. Le silence. Les derniers pas. Le sommet. La vue. Puis, la descente. Tranquillement.
En altitude, chaque effort demande plus d’énergie. Cette nuit en particulier, alors que nous commençons l’ascension. J’ai des nausées, je n’ai pas réussi à manger beaucoup dans les derniers jours et j’ai attrapé un rhume qui s’est terriblement aggravé.
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Pendant une montée qui s’étend sur plusieurs heures, je multiplie les stratégies que j’ai pratiquées pendant des mois, voire des années, depuis La Grande Traversée. La respiration, le discours interne, découper l’effort en petits morceaux. Et je me rends compte que, cette fois, ça ne fonctionne pas. Ma tête est de la partie, mais mon corps, lui, ne suit plus. À chaque pas, j’ai l’impression de cracher mes poumons.
Rendue à 5 400 mètres, je le sens au fond de moi, comme une évidence. Si je veux être capable de redescendre, je ne peux pas continuer à monter. À ce moment précis, je renonce à atteindre l’objectif ultime de cette aventure, le plus haut sommet de ma vie.
Je fais demi-tour.
Je suis déçue, évidemment. Quand on investit autant de temps, d’énergie et d’efforts dans un objectif, c’est difficile de ne pas mesurer l’expérience à son résultat. Mais je constate qu’on a beau vouloir quelque chose très fort, ça ne signifie pas qu’on pourra l’atteindre.
Le privilège de rêver
Ce demi-tour m’a amenée à réfléchir à notre rapport aux objectifs qu’on se fixe. On peut passer des mois à se préparer, puis en un claquement de doigts, on résume toute l’expérience à quelques mots : « je l’ai fait » ou « je ne l’ai pas fait ». Comme si toute la valeur se trouvait au bout du chemin. Dans mon cas, au sommet du Pisco.
Pourtant, sans cet objectif, je ne serais probablement jamais partie. Je n’aurais pas parcouru des kilomètres (et beaucoup de dénivelé!!) à travers ces montagnes. Je n’aurais pas découvert ces vallées, ces glaciers, ces sommets qui semblent ne jamais finir. Je n’aurais pas eu à composer avec mes limites, mes doutes, mon inconfort.
Le sommet m’a donné une raison de partir. Tout le reste, je l’ai vécu en chemin.
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On oublie parfois que c’est un privilège d’avoir des objectifs à poursuivre. Le privilège de rêver à quelque chose qui nous dépasse. D’avoir le temps et les moyens de s’y préparer. De pouvoir partir, essayer, échouer, recommencer. De choisir volontairement quelque chose de difficile alors que, fondamentalement, rien ne nous y oblige.
J’ai choisi de monter. J’ai aussi choisi de redescendre. Et étrangement, je ne changerais rien à ce demi-tour. Je suis redescendue sans le sommet, mais avec bien plus que ce que j’étais venue chercher au départ.
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