Le sexe aseptisé

On a vécu une révolution pubienne.
Comme ça, sans trop s’en rendre compte, en prenant pour acquis que certains critères esthétiques, voire hygiéniques, étaient “de base”. On s’est taillé, épilé, rasé le poil, on a parfumé nos genitals.

Ce sera plus beau! Plus propre! Plus frais! Plus accueillant!

Oui, mon corps c’est mon corps ce n’est pas le tien et ce que j’en fais ultimement m’appartient. Mais au-delà des actes que l’on pose, ce qui me fascine et m’interpelle, c’est la réflexion derrière l’action. Dans ce cas-ci, qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on en vienne à cette tendance anti-pilosité doublée de cette crainte des odeurs naturelles?

Retournons back in the days et penchons-nous sur l’époque du couple chouchou des Filles de Caleb. Émilie devait être loin de s’épiler la gambette et de s’essuyer la génitalité avec une p’tite lingette parfumée avant de vivre son sexy time avec son époux. Pour sa part, on va se le dire, Ovila ne devait pas sentir le Acqua di Gio quand il revenait de bûcher.

C’est vrai que le référent peut être discutable parce qu’à cette époque, les gens mouraient jeunes et les relations sexuelles étaient rattachées à la procréation, MAIS jamais une scène n’a été ponctuée d’un “tu sens pas frais, ma belle brume!”.

Autre temps, autres mœurs.

Depuis cette époque, les pratiques sexuelles ont beaucoup évolué. Le plaisir étant désormais l’objectif (du moins on l’espère), on s’adonne à plus de caresses, on s’attarde davantage, on explore le corps et les sensations et oui, ça implique que des fois, la face est pas mal près des organes génitaux pour ne pas dire pleinement étampée dedans.

Mais rappelons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, la pilosité à l’état sauvage était encouragée, voire même érotisée (Google; 1970+naked = la preuve est faite). Appuyées par l’esthétique pornographique et les normes sociales de beauté, les insécurités pileuses se sont par la suite multipliées, les stratégies pour les enrayer aussi. Insidieusement, elles ont gagné du terrain et se sont positionnées comme étant des standards.

Plutôt qu’éduquer sur la réalité génitale et pubienne, on a décidé d’exterminer la cause de nos angoisses.

Ce qui a donné lieu, entre autres, à ce raisonnement couramment entendu lors de mes douces années d’intervention sexologique auprès de la jeunesse moderne :
Vais-je être rejeté(e) par un potentiel partenaire sexuel si j’ai du poil pubien?
Fortes chances.
Vais-je être rejeté(e) par un potentiel partenaire sexuel si je n’ai pas de poil pubien?
Je ne crois pas!

S’épiler intégral = Choix safe!

Le hic, c’est qu’on peut certes cultiver des préférences physiques, mais si jamais quelqu’un nous vire de bord parce qu’il/elle voulait baiser un corps imberbe et non la personne qui vient avec, je pense qu’il y a matière à se questionner sur la qualité du choix de partenaire.
On est toujours bien plus qu’un pubis, pour l’amour!

L’aspect visuel du poil n’est pas le seul souci présent. C’est que le poil capte les odeurs. Donc positionné dans la zone génitale, il peut sembler contribuer aux émanations sexuelles naturelles, qui, avouons-le, sont souvent démonisées.

Quelle odeur est normale? Laquelle ne l’est pas? Est-ce que je sens plus que son ex? Qu’est-ce que je sens? Pourquoi ce n’est pas un doux effluve de Downy fraîcheur d’avril qui sort de mon caleçon?
Parce qu’on est pleinement vivant et qu’on a des glandes!

Prenons cet exemple : des organes génitaux lors de l’excitation sexuelle, ça s’engorge de sang. Ça se colore. Ça lubrifie. Ça transpire. Parce que oui, la lubrification féminine provient en grande partie de la transsudation des parois vaginale. Et comme n’importe quelle transpiration, il y a une odeur qui s’en dégage.

Seulement, c’est qu’on ne le sait pas toujours. On n’en parle pas assez.

Souvent on cherche à sentir la fleur, le fruit, l’arbre, la brise, le ciel, la vie, bref, on nous encourage à sentir tout, sauf l’être humain. Comme si, fondamentalement, notre parfum naturel était plate ou méritait d’être camouflé. Celui des organes génitaux n’échappe pas à la règle.

On va s’entendre sur quelque chose. Comme dans n’importe quelle situation, il y a des extrêmes. Ne faisons pas ici l’apologie de l’insalubrité! Dans la vie, il y a un minimum qui s’appelle se laver et en ce qui concerne les organes génitaux, on propose de le faire quotidiennement. Pas besoin de sortir le savon, la crème et le p’tit parfum! La vulve et le pénis vivent d’amour et d’eau fraîche.
Simple de même!

Je t’entends me dire “Oui, mais j’ai déjà rencontré un-une partenaire qui devait dealer avec de fortes odeurs louches…”. Vrai : il ne faut pas non plus banaliser certains états de santé, du trouble hormonal à l’infection, qui peuvent avoir comme conséquences des odeurs plutôt répulsives et oui, embarrassantes. Dans ces cas, pas de niaisage : une visite chez le médecin s’impose!

Conclusion? Comme être humain, on vit en 3D, en relief et en odorama.

Et ça vient avec certaines réalités qu’on n’a pas nécessairement à masquer dans la honte et le tabou. Les poils, les boutons, les p’tites veines qui ressortent, le p’tit talon sec, les pieds qui puent des fois, les cheveux qui deviennent gras, la transpiration… Ce sont tous des éléments non connotés comme étant turn-on, mais qui peuvent faire partie de la réalité!

Alors, pourquoi ne pas laisser un peu plus de place au naturel dans notre conception de ce qui est désirable? Apprenons à apprivoiser et à aimer nos corps d’êtres humains! Parce qu’après tout, on vit, on sécrète, on sue, on sent et non, on n’est pas dégueulasse pour autant!

Hybride académique d’études en théâtre [elle connait le drame] et en sexologie clinique [elle connait vraiment le drame]. Et si vous avez envie de partager un questionnement existentiel affectico-émotivo-relationnel-sexuel? N’hésitez pas à envoyer vos questions en toute confidentialité à Julie Lemay : julielemay@urbania.ca

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