WillVision

Le sexe a photoshoppé notre relation

Depuis que je suis toute petite, j’ai tendance à transformer un peu la réalité pour que la vie soit moins plate. J’aime bien penser que les lampadaires sont des étoiles, les pissenlits, des soleils et que le bruit des voitures qui passent dans ma rue quand il pleut, devient le son des vagues qui se cassent sur le rivage.

C’est mignon tout plein pis ça fait pas de mal à personne, sauf quand… je transforme un amour tordu en prince charmant.

Toi, l’Amant transcendant, je t’ai maquillé comme jamais ces dernières années. Ton refus de l’engagement, je l’ai transformé en grande soif de liberté si enviable et en désinvolture tellement admirable. Tes frasques de gars saoul sont devenues des rebonds de ta créativité incontrôlable. Le fait que tu ne donnes pas de nouvelles pendant des jours, c’était la Sriracha dans notre relation. Ton immense besoin de séduire découlait inévitablement de ton magnétisme irrésistible.

T’étais tellement génial, unique, singulier que pas un seul gars t’arrivait à la cheville, ni au talon.

J’ai gonflé, gonflé, gonflé notre belle balloune de “tu proposes, je dispose” à grand coup d’hélium pis de phéromones, comme une vendeuse de baudruches, je me suis ramassée à voler au-dessus de la ville, en considérant tous les autres garçons comme des fourmis.

Pourtant, c’est fou, me semble que je suis capable d’être objective quand il est question de relations hommes-femmes. Je le vois bien quand les choses tournent pas rond… pour les autres entouka.

Oui, j’aime bien voir mon habitat et la faune qui y vit avec des lunettes roses, mais y’a toujours ben des limites, batinsse! Pourquoi je ne décroche pas de toi, Amant envoûtant?

Ça me hante, je cherche sans cesse des raisons du pourquoi je reste accroc même si ça ne sert à rien!

Une amie (qui doit être tellement tannée que je lui casse les oreilles avec mon histoire que je passe sous Photoshop pour la rendre plus vivable) m’a fait parvenir un article qui parle du rôle de l’ocytocine, l’hormone secrétée par les femmes au moment de l’orgasme. Cette substance maléfique aussi appelée hormone de l’amour ou du bonheur, nous fait ressentir de l’empathie, tout en chassant le stress et l’anxiété.

C’est aussi l’hormone du lien, du sentiment d’être connecté à l’autre, de l’attachement qui explose et jaillit lors de l’accouchement et qui fait que la mère fond d’amour en voyant son rejeton tout bouffi, fripé et enduit de vernix.

Puissant quand même, non? Récemment, des chercheurs en neurosciences ont découvert que l’ocytocine a les mêmes effets sur le cerveau que l’alcool. Elle rend euphorique, désinhibe et donne un regain de confiance. Bref, elle altère un peu (dans mon cas, pas mal) le jugement.

Moi qui suis hypersensible à toutes substances (ouais, il doit me manquer une enzyme quelque part parce que je deviens hystérique et je scande des jingles après deux gorgées de café, et disons que je suis pas mal guillerette après une demi-bière), je me suis dit que logiquement, je devais aussi être hypersensible à l’ocytocine.

Dans mon cas, la clé de l’énigme pourrait être : Orgasme de fou = grosse dose d’ocytocine = méga manque de jugement!

Ça expliquerait pourquoi, toi, Meilleur amant à l’ouest de Trois-Pistoles, je te déguise, te magnifie et t’encense depuis toutes ces années, ne laissant aucune chance aux autres prétendants, tout ça à cause d’un méga-brouillard hormonal qui me bloque la vue et m’englue le cœur.

En même temps, tout ça me laisse perplexe : ça veut dire que j’aurais pu tomber amoureuse de N’IMPORTE QUEL quidam ayant des propriétés érotico-suaves dignes de mention?

Tu m’enflammes le génital, et je nous ouvre un compte conjoint?

Je jouis et je deviens Bambi?!

Vraiment?!!

Entouka, admettons que c’est ça l’explication, quelle est la solution?

L’emploi du sac de papier brun sur la tête lors de l’orgasme pour éviter de m’enticher inutilement dans une relation malsaine?

M’acheter de l’ocytocine sur internet, (oui ça a l’air que ça se vend en spray nasal) et me spoucher la narine avant, pendant et après le coït avec “bon-gars-gentil”?

Garder la photo d’un bébé laid sur ma table de chevet et m’y référer après l’amour pour calmer ma recapture d’ocytocine?

Attendre d’être amoureuse avant d’enlever mes vêtements?

Ou simplement, arrêter de trouver des explications scientifiques à tout ça… Décaper le volage, éclater les ballons, couper de lui toutes les parties et peut-être conquérir la beauté, bien au-delà de Trois-Pistoles?

Pour lire un autre texte de Manue des RoseMomz : Je couche avec le voisin…

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